Colloque annuel des étudiant.e.s de maîtrise et de doctorat en études françaises et francophones
Université McMaster, Hamilton, Ontario
Les 13 et 14 mai 2026
Repenser la blessure dans les littératures française et francophone
Qu’elle soit physique, psychique ou symbolique, visible ou invisible, la blessure constitue un motif récurrent dans les littératures d’expression française depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Cette thématique traverse les récits, charriant avec elle une histoire à lire et à entendre qui s’inscrit dans le parcours socio-émotionnel d’un sujet. C’est une trace dans la mémoire et une empreinte inscrite dans la chair et dans l’esprit. Si elle peut rappeler un évènement violent – comme dans les récits de guerre où le corps mutilé incarne la violence subie – elle peut aussi servir de lieu d’évaluation morale de l’action humaine. Chez Henri Barbusse (Le feu, 1916), Roland Dorgelès (Les croix de bois, 1919), Roger Nimier (Le hussard bleu, 1950), Alexandre Najjar (L’école de la guerre, 1999), Révérien Rurangwa (Génocidé, 2006) ou encore Gaël Faye (Jacaranda, 2024), la blessure révèle l’absurdité du conflit, la brutalité du pouvoir et la vulnérabilité des êtres humains. Cependant, la véritable déchirure n’est pas uniquement visible : elle s’infiltre dans l’âme, laissant des cicatrices invisibles mais dévastatrices. Ainsi, la blessure peut aussi représenter une souffrance psychique, inscrite dans l’intime, révélant des traumatismes liés à la perte, à l’exil ou à l’oppression. Chez Marguerite Duras (La douleur, 1985), elle est l’expression d’un cœur endolori qui s’accroche à la vie, cœur auquel l’écriture sert de bouée de sauvetage. Mais chez Assia Djebar, la notion de blessure dépasse la dimension individuelle pour devenir une métaphore des traumatismes historiques et des fractures identitaires. La blessure s’inscrit ainsi dans un mouvement oscillant entre silence et parole, destruction et création, mouvement qui conduit la littérature à tenter de signifier l’indicible et, parfois, à offrir une forme de réparation.
Au-delà de sa dimension thématique, la blessure interroge la capacité de l’art, y compris le langage, à traduire la douleur en une forme esthéticisée. Les écrivain.e.s confronté.e.s au trauma recourent souvent à des stratégies narratives spécifiques comme la fragmentation du récit, les silences et les ellipses qui traduisent la rupture et la discontinuité propres à l’expérience de la blessure. Elle devient alors non seulement un moteur de création, mais aussi une stratégie d’écriture qui encourage une réflexion d’ordre éthico-moral, autour du concept de soin inhérent à la blessure. L’écriture aurait-elle donc le pouvoir de panser ou de réparer la blessure pour en conjurer d’autres occurrences ?
La blessure, loin de se réduire seulement à l’évocation de la douleur, peut être pensée comme un modèle de transformation positive. Inscrite dans un processus herméneutique, elle permet de concevoir des formes de subjectivation où la vulnérabilité se reconfigure en sens et en récit. Cette dynamique favorise l’émergence de la résilience, entendue comme la capacité à surmonter l’épreuve et à en tirer une force nouvelle qui permet au sujet de redistribuer ses repères, d’instituer de nouvelles médiations avec le monde et d’envisager des modalités de réparation esthétiques, éthiques ou communautaires. Par conséquent, la blessure ne se limite pas uniquement à la destruction. Elle constitue aussi un point de bascule, ouvrant la réflexion sur les mécanismes de réparation et de résilience à l’œuvre dans la production littéraire française et francophone. La littérature permet ainsi d’explorer le passage de la souffrance à la reconstruction de soi et la guérison, révélant alors la potentialité réparatrice et ligaturale de l’expérience.
À la croisée de l’individuel et du collectif, du vécu et du ressenti, la blessure condense donc histoire et mémoire pour faire émerger une esthétique de la douleur favorable à une approche interdisciplinaire qui convie au dialogue des domaines tels que philosophie, psychanalyse, narratologie, analyse du discours et études culturelles. Ce colloque interrogera la capacité de la littérature à faire parler la blessure à travers le langage, en tenant compte des enjeux physiques, psychiques, moraux, culturels, historiques, mémoriels et identitaires.
Les communications pourraient s’inscrire dans les axes ci-dessous, sans nécessairement s’y limiter :
1. Corps, blessure et plaie. Altération du soi et archive vivante.
2. Trauma et littérature. Entre processus de subjectivation et dynamiques mémorielles collectives.
3. Histoire, mémoire et blessure. Écrire pour témoigner, transmettre et reconstruire.
4. Blessures et société. Expériences partagées, marqueurs identitaires, injustice et exclusion, corruption et pauvreté.
5. Blessure, résilience et réparation. La littérature comme espace de réhabilitation.
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Modalités de soumission :
Les communications doivent être rédigées en français et ne devront pas dépasser 20 minutes.
Veuillez envoyer les propositions de communication à l’adresse colloque.frmac2026@gmail.com en y incluant :
- Le titre
- Le résumé (250 à 300 mots)
- Une courte notice biographique
- Vos coordonnées
Ce colloque aura lieu en présentiel à l’université McMaster (Hamilton, Ontario, Canada), les 13 et 14 mai 2026. Nous prévoyons une séance virtuelle sur Zoom avec des places limitées, réservées à ceux et celles qui ne seront pas capables de se déplacer à Hamilton. Si vous souhaitez donner une communication virtuelle, veuillez signaler cette préférence dans votre proposition de communication. Notez toutefois que la participation à une session virtuelle ne peut pas être garantie.
La date limite pour soumettre la proposition est le 15 février 2026.
Pour tout autre renseignement, veuillez communiquer avec le comité organisateur à l’adresse courriel : colloque.frmac2026@gmail.com.
Site web :
Consultez le site du Département de français de l’Université McMaster : https://french.humanities.mcmaster.ca.
Comité organisateur :
Syrine Ben Amor, Céline Assaf, Abiodun Alphonse Bode.
Références bibliographiques :
Anaut, Marie et Boris Cyrulnik. Résilience. De la recherche à la pratique. 1er congrès mondial sur la résilience. Odile Jacob, 2014.
Barbusse, Henri. Le feu, journal d’une escouade. Flammarion, 1946 [1916].
Bataille, Georges. L’expérience intérieure. Gallimard, 1983.
Bokanowski, Thierry. « Les déclinaisons cliniques du traumatisme en psychanalyse : traumatisme, traumatique, trauma ». Carnet/psy, vol. 155, no. 6, 2011, pp. 41–46. https://doi.org/10.3917/lcp.155.0041.
Chetouani, Noura. « L’écriture de la blessure, fractures et montages dans les littératures francophones : M. Haddad, A. Kourouma et M. Ollivier ». Akofena, vol. 3, no. 12, 2024. https://doi.org/10.48734/akofena.n012.vol.3.28.2024.
Cyrulnik, Boris et Gérard Jorland. Résilience : connaissances de base. Odile Jacob, 2012.
Cyrulnik, Boris. Les âmes blessées. Odile Jacob, 2014.
---. Sauve-toi, la vie t’appelle. Odile Jacob, 2012.
Djebar, Assia. L’amour, la fantasia. Albin Michel, 1995.
Dorgelès, Roland. Les croix de bois. Front de Daragnès. Albin Michel, 1919.
Dusaillant-Fernandes, Valérie. Écrire les blessures de l’enfance. Inscription du trauma dans la littérature contemporaine au féminin. Peter Lang, 2020.
Duras, Marguerite. La douleur. Collins, 1986.
---. L’amant. Éditions de minuit, 1984.
Ernaux, Annie. La honte. Gallimard, 1997.
---. L’autre fille. Nil, 2011.
Fanon, Frantz. Les damnés de la terre. F. Maspero, 1968.
---. Peau noire, masques blancs. Éditions du Seuil, 1975.
Faye, Gaël. Jacaranda. Bernard Grasset, 2024.
Ferenczi, Sándor, et al. Le traumatisme. Payot & Rivages, 2006.
Freud, Sigmund. L’homme Moïse et la religion monothéiste. Gallimard, 1986.
Glissant, Édouard. Le discours antillais. Seuil, 1981.
---. Poétique de la relation. Gallimard, 1990.
Gür, Adrien. La blessure et le mal littéraire dans l’œuvre de Joë Bousquet. Presses universitaires du Mirail, 1998.
Jung, Carl Gustav. La guérison psychologique. 6ème éd., Georg, 1993.
Khadra, Yasmina. L’attentat. Julliard, 2005.
Khodja, Goucem Nadira. « L’émotion esthétique ou la mise en récit des blessures mémorielles dans le roman 1994 de Adlène Meddi ». Ziglôbitha (En Ligne), vol. 4, no. 11, 2024, pp. 155–170. https://doi.org/10.60632/ziglobitha.n011.10.vol.4.2024.
Kristeva, Julia. Les nouvelles maladies de l’âme. Fayard, 1993.
Le Guay, Damien. « La parole et le récit pour faire face aux blessures invisibles ». Inflexions, vol. 2, no. 23, 2013, p.143–152. https://shs.cairn.info/revue-inflexions-2013-2-page-143?lang=fr.
Najjar, Alexandre. L’école de la guerre. Balland, 1999.
Nimier, Roger. Le hussard bleu. Gallimard, 1950.
Noetinger, Elise. L’imaginaire de la blessure. Étude comparée du Renégat ou un esprit confus d’Albert Camus, de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, de Light in August de William Faulkner, et de The Snows of Kilimanjaro d’Ernest Hemingway. Brill, 2021.
Roisin, Jacques. De la survivance à la vie. Essai sur le traumatisme psychique et sa guérison. Puf, 2010.
Rurangwa, Révérien. Génocidé. Presses de la Renaissance, 2006.
Ung, Kaliane. « Joë Bousquet, crip exemplaire ? Poétique et éthique de la blessure de guerre ». L’esprit créateur, vol. 61, no. 4, 2021, pp. 114–126. https://doi.org/10.1353/esp.2021.0051.