Voici l’histoire d’un dessin, celui que Picasso réalise, à la demande d’Aragon, pour illustrer la une du numéro des Lettres Françaises consacré à la mort de Staline en 1953. À peine publié, ce portrait d’un Staline juvénile provoque un scandale dans les rangs communistes, parmi les militants comme dans la direction du PCF, où certains saisissent l’occasion pour régler son compte au poète Aragon, protégé de Maurice Thorez alors en convalescence à Moscou… Lequel s’empressera dès son retour quelques semaines plus tard de clore l’affaire par un non-lieu tandis qu’Aragon, meurtri par les critiques, parachève sa revanche…
À travers cette anecdote et ses protagonistes, c’est le portrait d’une époque tourmentée – et oubliée – qui se dessine, dans un récit riche en rebondissements : les débats sur l’art et le rôle des intellectuels dans la lutte des classes s’entrecroisent avec les conflits stratégiques dans une pittoresque rhétorique de guerre froide. On découvre enfin les échos indirects mais profonds de toute cette polémique dans la lente et chaotique déstalinisation politique et culturelle du PCF.
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On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un premier article sur cet ouvrage…
ainsi que l'essai de Théo Roumier : "L’art, le peuple et le parti".
Il faut imaginer Aragon au téléphone chez lui, dans son appartement parisien, ce 12 mars 1953. Il vient de boucler le dernier numéro des Lettres françaises, publication liée au Parti communiste qu’il dirige depuis quelques semaines. Au bout du fil, son rédacteur en chef, Pierre Daix. C’est à lui qu’il lâche : « Toi et moi avons pensé à Picasso, à Staline. Nous n’avons pas pensé aux communistes. » L’affaire du portrait de Staline vient d’éclater. Elle est le sujet d’un petit volume, passionnant, paru à La Fabrique. Son auteur, Laurent Lévy, en déplie les méandres avec un réel talent de conteur. Il en propose même une exploration méticuleuse, s’attaquant aux questions esthétiques, théoriques et politiques qu’elle soulève.
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Laurent Lévy est l’auteur à La fabrique de "La gauche", les Noirs et les Arabes (2005), et a présenté Lénine, l’État et la révolution (2012), ainsi que Marc Bernard, Faire front. Les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934 (2018).