Voici l’histoire d’un dessin, celui que Picasso réalise, à la demande d’Aragon, pour illustrer la une du numéro des Lettres Françaises consacré à la mort de Staline en 1953. À peine publié, ce portrait d’un Staline juvénile provoque un scandale dans les rangs communistes, parmi les militants comme dans la direction du PCF, où certains saisissent l’occasion pour régler son compte au poète Aragon, protégé de Maurice Thorez alors en convalescence à Moscou… Lequel s’empressera dès son retour quelques semaines plus tard de clore l’affaire par un non-lieu tandis qu’Aragon, meurtri par les critiques, parachève sa revanche…
À travers cette anecdote et ses protagonistes, c’est le portrait d’une époque tourmentée – et oubliée – qui se dessine, dans un récit riche en rebondissements : les débats sur l’art et le rôle des intellectuels dans la lutte des classes s’entrecroisent avec les conflits stratégiques dans une pittoresque rhétorique de guerre froide. On découvre enfin les échos indirects mais profonds de toute cette polémique dans la lente et chaotique déstalinisation politique et culturelle du PCF.
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Laurent Lévy est l’auteur à La fabrique de "La gauche", les Noirs et les Arabes (2005), et a présenté Lénine, l’État et la révolution (2012), ainsi que Marc Bernard, Faire front. Les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934 (2018).