Actualité
Appels à contributions
Guerres civiles espagnole et grecque : mémoires plurielles et commémorations (revue K@iros)

Guerres civiles espagnole et grecque : mémoires plurielles et commémorations (revue K@iros)

Publié le par Marc Escola (Source : Nicolas Pitsos)

« Guerres civiles espagnole et grecque : mémoires plurielles et commémorations »

Coordinateurs du numéro spéciale de la revue K@iros :

Olivia Salmon Monviola & Nicolas Pitsos

Le 18 juillet 1936, le soulèvement militaire orchestré par les troupes nationalistes en Espagne marque le début d’une guerre civile qui durera trois ans et bouleversera durablement les populations. Épisode fondateur de l’histoire contemporaine espagnole, ce conflit a laissé un traumatisme collectif qui perdure encore aujourd’hui, en Espagne comme au‑delà de ses frontières. La diaspora républicaine née de l’exil forcé incarne une blessure ontologique transmise de génération en génération, tandis que, pour celles et ceux qui sont restés en Espagne, la violence de la répression franquiste a laissé des marques profondes, visibles dans la société actuelle. 

Depuis le début des années 2000, la question de la mémoire de la guerre civile occupe une place centrale dans le débat public espagnol. La mise au jour des fosses communes abritant les victimes du franquisme a stimulé de nombreuses initiatives de récupération et de transmission de la mémoire historique. Parallèlement, au‑delà de la frontière, des actions culturelles, associatives et créatives contribuent à préserver et à transmettre cette mémoire, témoignant de la vitalité des processus de transmission intergénérationnelle. 

De 1946 à 1949, la guerre civile grecque plonge un autre pays d’Europe du Sud dans une confrontation prolongée. Si la guerre civile espagnole est souvent considérée comme la prémisse de la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile en Grèce annonce l’avènement de la Guerre froide. Dans les deux cas, les vaincu·es sont longtemps soumis à des pratiques de discrimination et/ou d’intimidation au sein de leurs sociétés respectives, au moins jusqu’aux transitions démocratiques des années 1970, et nombre d’Espagnol·es et de Grec·ques rangé·es du côté des vaincu·es prennent le chemin de l’exil, devenant des réfugié·es politiques en France, au Royaume‑Uni, au Mexique ou dans les pays de l’Europe de l’Est. 

Ce numéro de K@iros se propose d’étudier les registres, temporalités et échelles mémorielles de ces deux séquences historiques, au sein des sociétés directement concernées comme à travers l’héritage mémoriel de ces événements dans d’autres espaces. Il s’agira à la fois de retracer les chemins parallèles arpentés par ces mémoires et de repérer leurs destins croisés dans les supports multiples qui les médiatisent. 

Parmi ces supports, on peut évoquer la dimension et la « mission » mémorielles développées par la presse fondée par les exilé·es et réfugié·es politiques grec·ques et espagnol·es, mais aussi par la presse plus récente dans le cadre de commémorations. La mémoire littéraire constitue un autre terrain d’enquête : comment les événements associés aux opérations militaires, les expériences de l’exil, mais aussi la notion même de guerre civile, ont‑ils été représentés dans les littératures espagnole, grecque et internationale ? Une pléthore de romans voit le jour en Espagne, tandis qu’en Grèce on peut citer, entre autres, Siège d’Alexandros Kotzias (1953), Cités à la dérive de Stratis Tsirkas (1964), La marche des neuf de Thanassis Valtinos (1963), La caisse d’Aris Alexandrou (1975). Les guerres civiles espagnole et grecque ont aussi inspiré des écrivains tels que Javier Cercas (Soldados de Salamina, 2001), Ángela Banzas (Cuando el viento hable, 2025) ou encore Almudena Grandes (Inés y la alegría, 2010). 

Il existe également une mémoire chantée et musicale, véhiculée par des répertoires militants, populaires ou d’auteur·rices. Les cinéastes se sont largement emparés de ces conflits. On pourra interroger la manière dont les séquences de guerre civile ont été revisitées dans les productions cinématographiques, qu’il s’agisse de films espagnols ou de films grecs comme Les clandestins de Nikos Koundouros (1958), Kierion de Dimos Théou (1967), Voyage à Cythère de Theo Angelopoulos (1985), Capetan Kemal, le camarade de Fotis Lambrinos (2008), Âme profonde de Pantelis Voulgaris (2009), ainsi que des films espagnols tels que La trinchera infinita (Jon Garaño, Aitor Arregi, José Mari Goenaga, 2019), Mientras dure la guerra (Alejandro Amenábar, 2019) ou El lápiz del carpintero (Antón Reixa, 2003). 

Les politiques mémorielles constituent un autre champ d’exploration, qu’il s’agisse, par exemple, de la loi dite de Mémoire historique adoptée par le gouvernement Zapatero en 2007 en Espagne, ou des débats qui ont agité la Grèce dans les années 1990 au sujet du sort à réserver aux archives sur les citoyen·nes fiché·es pendant et après la guerre civile. On pourra également s’intéresser à la place accordée aux rituels de commémoration, aux lieux de mémoire, à l’architecture et à la sculpture commémoratives. Parmi de nombreux exemples, on peut mentionner le Museu Memorial de l’Exili (MUME) à La Jonquera, les statues à la mémoire des personnalités de l’Armée démocratique (établie par le Parti communiste grec à partir de 1946), comme celles d’Aris Velouchiotis à Lamia ou de Stéphanos Sarafis à Trikala, le musée de l’Armée démocratique à Theotokos (massif du Grammos, où se sont déroulées les dernières batailles de la guerre civile grecque), ou encore les monuments à la mémoire des victimes de l’Armée démocratique à Lykorrachi (Konitsa) ou à Florina. 

La mémoire de ces événements se rejoue aussi dans des dispositifs de patrimonialisation tels que les musées, et se renégocie dans les récits historiographiques dominants au fil des périodes et des régimes politiques. Les héritages photographiques, autobiographiques et archivistiques constituent autant des sources précieuses pour la reconstitution des événements que des matériaux qui nourrissent la mémoire collective et les débats publics contemporains en Grèce et en Espagne. 

Ce numéro souhaite ainsi réinterroger les deux guerres civiles dans une perspective d’histoire culturelle des mémoires, en mettant au jour des discours et pratiques parallèles de remémoration, tout en dégageant les spécificités mémorielles de chaque conflit, liées aux dynamiques internes propres aux deux sociétés. 

Axes (indicatifs)

Les articles proposés pourront, entre autres, s’inscrire dans les axes suivants (liste non exhaustive) :

Les pratiques mémorielles

Études des pratiques sociales, politiques, familiales et diasporiques par lesquelles les sociétés espagnole et grecque, ainsi que les communautés d’exil, se souviennent de leurs guerres civiles : commémorations, rituels, associations de victimes, exhumations collectives, mobilisations militantes, dynamiques transgénérationnelles. Il s’agira d’interroger les acteurs, les dispositifs concrets et les enjeux de ces pratiques, qui reconfigurent la mémoire collective et les clivages hérités des conflits. 

La mémoire dans la littérature

Analyses des représentations littéraires des guerres civiles (roman, poésie, théâtre, témoignage, autofiction) et des figures de victimes, bourreaux, témoins ou héritier·es. On s’intéressera aux silences, aux traumatismes, aux transmissions familiales, ainsi qu’aux réécritures contemporaines des conflits et des dictatures, dans une perspective monographique ou comparée (Espagne/Grèce, circulations internationales, traductions). 

La mémoire dans le cinéma

Études consacrées au cinéma de fiction, au documentaire et aux séries télévisées. L’accent pourra être mis sur les choix narratifs et esthétiques, les régimes d’images, les circulations transnationales, la réception et les controverses publiques, ainsi que sur les usages politiques ou militants des œuvres. 

Photographie, expositions et dispositifs visuels

Contributions portant sur la photographie, les expositions artistiques ou documentaires, les dispositifs visuels et numériques (sites, archives en ligne, musées virtuels, podcasts, archives sonores), envisagés comme supports de mémoire. On pourra analyser la façon dont ces images et ces dispositifs donnent à voir les traces de la violence, rendent visibles les absents, fabriquent des récits alternatifs et circulent entre Espagne, Grèce et d’autres espaces. 

Musées et dispositifs mémoriels

Analyses des musées, centres d’interprétation, sites patrimonialisés, mémoriaux urbains et plateformes virtuelles consacrés aux guerres civiles. Les contributions pourront questionner les choix de scénographie, la place accordée aux différentes catégories de victimes, les conflits d’interprétation, ainsi que les usages pédagogiques, civiques et touristiques de ces dispositifs. 

La presse de l’exil et les médias

Études de la presse de l’exil (titres, réseaux, lectorats, dispositifs mémoriels) et des médias contemporains (presse, radio, télévision, médias numériques et réseaux sociaux) dans la construction, la transmission et la mise en débat des mémoires des guerres civiles espagnole et grecque. 

Modalités de soumission

Les auteur·rices sont invité·es à soumettre :

Une proposition d’article (titre et résumé de 1 500 caractères maximum, espaces compris) en français ou en anglais.
Une brève notice bio‑bibliographique.
Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante :

 memoiresguerresciviles2026@gmail.com

Calendrier

Envoi des propositions : 15 avril 2026.
Notification aux auteur·rices : fin avril 2026.
Remise des articles complets : automne 2026.
Évaluation en double aveugle et retours : selon les procédures de K@iros.
Parution du numéro : fin 2026. 
Langues du numéro : le français et l’anglais. Une ouverture à l’espagnol et au grec pourra être envisagée en fonction de la politique éditoriale de la revue K@iros.