International Merleau-Ponty Circle – Université de Strasbourg
Organisé par S. Kristensen, B. Thomas et M. Labbé
ACCRA (UR 3402) / CREPhAC (UR 2326)
Appel à contributions
Corps et paysage(s)
«Si nous pouvons montrer que la chair est une notion dernière, qu’elle n’est pas union ou composé de deux substances, mais pensable par elle-même, s’il y a un rapport à lui-même du visible qui me traverse et me constitue en voyant, ce cercle que je ne fais pas, qui me fait, cet enroulement du visible sur le visible, peut traverser, animer d’autres corps aussi bien que le mien, et si j’ai pu comprendre comment en moi naît cette vague, comment le visible qui est là-bas est simultanément mon paysage, à plus forte raison puis-je comprendre qu’ailleurs aussi il se referme sur lui-même, et qu’il y ait d’autres paysages que le mien.» (Le visible et l’invisible, 183)
Le colloque 2026 du International Merleau-Ponty Circle sera spécial à plusieurs titres : il s’agit de la 50e édition d’une aventure collective qui a commencé en 1976, et il aura lieu à Strasbourg, et il se bilingue français et anglais. La thématique choisie est celle du rapport entre les corps et les paysages, de leur chiasme, leur solidarité et leurs interdépendances.
Dans la société et la culture actuelles, la question de savoir comment s’orienter est particulièrement prégnante. L’expérience de se sentir perdu dans le temps et l’espace, de se sentir dépaysé, de manquer de liens avec les lieux que nous habitons, de chercher en vain un sentiment d’appartenance, est de plus en plus commune. Il n’est pas étonnant que de nombreux artistes aujourd’hui mettent l’accent sur des pratiques situées, qu’ils travaillent selon la conviction qu’une œuvre d’art, quel qu’en soit le medium, doit être lié à un lieu, selon la certitude que l’œuvre est à chaque fois différente selon le lieu où elle se trouve placée. On peut y discerner le soupçon que le lieu fait partie de l’identité d’un sujet, qu’il soit humain, animal ou non vivant, que tout sujet est forcément le sujet d’un paysage.
Le lien entre un sujet et ses paysages peut être aussi une clé pour discerner les rapports de domination entre sujets : en effet, la domination coloniale implique toujours d’écraser les paysages des peuples que l’on soumet et d’importer ses propres paysages et les superposer aux territoires conquis, et même d’interdire au colonisé de faire paysage, en le maintenant l’échine courbée. Le lien entre corps et paysage peut être une clé également pour resituer les humains dans le monde plus qu’humain, au voisinage et en échange constant avec les autres vivants et les êtres terrestres. La notion paysage vise en ce sens la dimension agissante du milieu et ouvre au discernement du régime des interdépendances.
L’œuvre philosophique de Maurice Merleau-Ponty offre des pistes de réflexion fécondes à propos de la vie en situation, de la corrélation entre le corps percevant et le paysage, ou encore de l’interdépendance des sujets et de leurs milieux, mais encore des tensions et conflits entre les sujets qui partagent un même territoire, chacun à sa façon. Parmi les questions suscitées : quelles différences entre un paysage « naturel » et un paysage urbain ou industriel ? Qu'est-ce qui fait d’un lieu un paysage et pour qui ? Ce paysage est-il communicable et sous quels rapports risque-t-il de « se renfermer sur lui-même » comme le dit Merleau-Ponty ? Quelles conceptions de l’appartenance et de l’enracinement se dessinent par là ? Comment les différents sens concourent à un paysage cohérent, ou dissonant (paysage visuel, tactile, sonore, etc.) ?
Ces questions se posent dans l’ensemble des champs de recherche et de création qui impliquent des sujets vivants : l’art dans tous les domaines, mais aussi les sciences de la vie et de l’environnement, les sciences sociales au voisinage des non-humains, la psychologie, les sciences sociales, parmi d’autres.
Le colloque sera accueilli par l’Université de Strasbourg, à travers les deux unités de recherche ACCRA (arts) et CREPhAC (philosophie). Nous attendons la soumission de textes rédigés (max. 3500 mots) envoyés anonymisés pour l’évaluation à l’adresse <IMPC@unistra.fr>, avant le 1.5.2026.
Selon l’usage, toute proposition relative à la pensée de Merleau-Ponty, en plus de la thématique du colloque, est également la bienvenue. Les réponses concernant la sélection des participants sera envoyée avant la fin du mois de mai 2026.
Le colloque comprend le prix M. C. Dillon, qui récompense le meilleur article par un étudiant diplômé, ainsi que le prix en mémoire de Ron Morstyn, qui récompense un article inter- ou multidisciplinaire rédigé par un-e chercheur-euse sans poste fixe. Les étudiants diplômés ayant rédigé des articles interdisciplinaires peuvent demander que leur article soit pris en considération pour les deux prix en parallèle. Si vous souhaitez être pris en considération pour l'un ou l'autre de ces prix, ou les deux, veuillez l'indiquer dans votre message.
Enfin, le colloque aura lien en principe en présentiel. Pour être pris en compte en vue d’une participation à distance en raison de problèmes d’accessibilité insurmontables (y compris économiques), indiquez-le dans votre message de candidature. Nous vous invitons également à nous faire part à l’avance de tout besoin particulier en matière d’accessibilité.
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Image: Asger Jorn, The Still of the Eye (1971)