Essai
Nouvelle parution
Jean-Paul Jouary, Les Derniers Jours du promeneur solitaire

Jean-Paul Jouary, Les Derniers Jours du promeneur solitaire

Publié le par Marc Escola (Source : Jan Baetens)

Une "docufiction" sur la mort de Jean-Jacques Rousseau, qui reconstitue dans les moindres détails les dernières semaines de la vie de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville où le Marquis René-Louis de Girardin l’accueille dans sa propriété. Ce noble est un disciple de sa philosophie et deviendra un acteur de la Révolution de 1789. Rousseau, persécuté depuis dix-huit ans et se méfiant de tous, trouve ici une totale sérénité, il herborise, joue avec les enfants, bavarde avec la population locale, boit de grands vins, se promène dans le parc et écrit ses Rêveries du promeneur solitaire, ultime œuvre restée inachevée.

Jean-Paul Jouary mêle cette reconstitution romancée des derniers jours de Rousseau à une série de rêves que ce dernier confond avec la réalité. Il se persuade que Diderot, qui fut son meilleur ami avant de le trahir, vient le harceler puis peu à peu se réconcilier avec lui, retraçant ce qui fut une relation d’une exceptionnelle fécondité. Après s’être affontés, les deux hommes se rappellent leur rencontre et leur rupture, leurs discussions et leurs parties d’échecs…

Tout s’avère complexe et contradictoire : la personnalité de Rousseau, son couple, sa mort, le destin de Girardin qui croise la route de Robespierre, autre rousseauiste aussi contradictoire que la Révolution à laquelle il participe. Inhumé dans l’île des peupliers, sur le lac du parc d’Ermenonville, le corps de Rousseau sera transporté au Panthéon, pour des raisons que le philosophe n’aurait sans doute pas approuvées.

« Toutes les paroles qui sont attribuées à Rousseau et Diderot proviennent de leurs œuvres et de leur correspondance, parfois réécrites pour s’adapter au contexte du récit. Pour les détails de la vie quotidienne de Rousseau à Ermenonville, je me suis appuyé sur les écrits d’André Martin-Decaen (Le dernier ami de Jean-Jacques Rousseau, 1912), du Marquis de Ségur (Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville, 1913), de Catherine Cœuré et Jean Sgard (Le journal de l’avocat Bovier, JJR à Grenoble, 2012), de Jean-Claude Curtil (Les jardins d’Ermenonville, 2003), le catalogue de l’exposition Jean-Jacques Rousseau et les arts (2012), et tous les sites consacrés au Café de la Régence, au Procope, à l’histoire des échecs… J’ai pu aussi avoir accès aux fiches de dégustation de la Romanée-Conti et du Corton Charlemagne de Pierre Leferme, parmi les milliers qu’il a laissées avec ses commentaires subtils inimitables. Toutes les paroles de Robespierre sont extraites de ses discours publiés par Claude Mazauric en 1989.

En revanche, Rousseau n’a jamais reçu, même en rêve, la visite de Diderot à Ermenonville quelques jours avant sa mort. Sans doute aussi Girardin n’a-t-il jamais eu d’entretien avec Robespierre. Il est probable mais pas certain que Rousseau ait bu de la Romanée du Prince de Conti, et du Corton-Charlemagne du sieur Le Bault. Tout aurait pu se passer ainsi, toutes les paroles auraient pu être échangées, la plupart ont été prononcées dans des contextes divers ou écrites ici ou là, les moindres détails sont conformes à ce que nous savons, mais c’est là une fiction. » — Jean-Paul Jouary