
Appel à communications
« Créations littéraires et lectures »
15-16 avril 2025 à la Faculté Polydisciplinaire de SAFI MAROC
Le Département de Langue, Littérature et Communication Françaises, la Faculté Polydisciplinaire de Safi, l’Équipe de recherche « Représentations Culturelles et Modes de Pensées » (RCMP) et le laboratoire « Analyse du Discours et Systèmes de Connaissances » (ADSC) de la FPS, organisent le IVe Colloque international qui aura lieu à Safi (Maroc) sous le thème : « Créations littéraires et lectures », les 15-16 avril 2017.
Argumentaire du colloque international
La notion de lecture littéraire a été marquée durant les dernières décennies par un renouvellement de ses approches théoriques et critiques, renforçant de multiples perspectives compte tenu de sa complexité conceptuelle et critique. Actuellement, la lecture littéraire est considérée comme une activité culturelle ou esthétique parmi d’autres.
Les théories contemporaines de la lecture littéraire accordent une place déterminante à l'activité des lecteurs dans l'actualisation des œuvres. Autrement dit, un texte littéraire n'adviendrait véritablement que lorsqu’il est pris en charge par un lecteur qui lui aurait donné sa forme finale. Dès lors qu'on pose comme préalable que le texte littéraire ne peut véritablement exister sans l'activité d'un lecteur, deux conceptions générales de la réalisation du texte sont envisageables. La première, désormais traditionnelle, conçoit que le lecteur, pour faire advenir le texte littéraire, doit respecter des limites et contraintes imposées par le texte. Les interprétations doivent être objectivables dans l'espace circonscrit par le texte. Il s'agit de la perspective générale proposée par Iser, Jauss, Charles et Eco. Hors des limites du texte, il n'est pas sûr que le sujet lecteur trouve le salut. En imposant les conditions de sa réception, le texte maintient le lecteur dans un rôle de penseur rationnel qui cherche à expliquer, de manière obéissante, les injonctions du texte. La démarche d'explication oblige à déployer des connaissances potentiellement sans rapport avec les connaissances expérientielles et référentielles du sujet lecteur.
La deuxième conception, plus récente, remplace le lecteur agent du texte par un lecteur mobile, singulier, autorisé à élaborer sa propre compréhension-interprétation des textes littéraires. Conséquemment, elle conçoit aussi que le texte littéraire soit intrinsèquement mobile, le résultat d'une élaboration singulière et subjective par chaque lecteur. Selon cette conception, chaque intervention singulière d'un lecteur fait advenir un texte singulier. C'est le lecteur qui configure le texte littéraire. Consciemment et inconsciemment, il lui donne sa forme ultime en imaginant la majorité des détails qui ne lui sont pas fournis par le matériau textuel. Le lecteur puise dans son univers personnel pour attribuer au texte des éléments qui relèvent de l'atmosphère, du paysage, d'autres qui lui permettent de caractériser les personnages. Le processus d'identification, notamment, permet au lecteur de reconfigurer le texte. Sur le plan axiologique, la lecture subjective amène le lecteur à donner un sens personnel au texte littéraire. Se référant à ses propres valeurs, il pose des jugements moraux sur les personnages, comprend ou conteste les situations décrites et, ce faisant, reconfigure le texte littéraire pour l'interpréter. C'est pour toutes ces raisons qu'on reconnaît aujourd'hui la réalisation du texte littéraire comme fortement dépendante de la subjectivité du lecteur.
Prendre en compte la lecture qui émane d'un sujet, c'est reconnaître que le lecteur joue un rôle actif et singulier dans la réalisation des textes littéraires, c'est porter attention à la façon singulière dont un lecteur habite et réalise un texte littéraire, c'est ouvrir un espace pour s'intéresser à ce texte qu'il fait advenir à la première lecture, mais aussi pour être à l'écoute de sa compréhension-interprétation, c'est ouvrir un espace de rencontre entre le texte et le lecteur, de dialogue entre les lecteurs, c'est, enfin, reconnaître que le lecteur, autant que le texte, impose ses contraintes.
Le texte littéraire, en tant qu'outil de médiation de connaissance entre le monde et le lecteur, participerait à la formation du sujet, à la fois par les regards qu'il porte sur l'autre et sur lui-même dans l'acte de lire. En reposant les questions qui sont nées avec l'humanité et qui se rapportent au conflit toujours actuel entre le bien et le mal, le texte littéraire cadre un enjeu d'ordre axiologique. C'est dans les mailles du texte littéraire que des hommes – dont les auteurs et les lecteurs – mettent en mots des valeurs, créent, par l'analogie, des métaphores porteuses de sens et poussent le lecteur à se demander ce que lui, à la place de l'autre, ferait.
Barthes nous fait penser à ce que l’on pourrait sans doute appeler aussi le pouvoir de la littérature et de sa lecture, un pouvoir qui, comme nous l’avons vu, est complexe et va très au-delà de la surface de ce qui est représenté en elle, touchant de façon subtile l’homme qui lit comme un ensemble : intellect, corps, affects, émotions. Le lecteur en explore tous les langages, revisite ses dimensions philosophiques, culturelles, psychanalytiques, idéologiques et linguistiques, se réfère à des auteurs et à des œuvres qui lui permettent de soutenir et affirmer ses propos. La critique littéraire articule la lecture et l'écriture : dans l'écriture critique, dit Roland Barthes dans « Critique et vérité», on renvoie « l'œuvre au désir de l'écriture, dont elle était sortie. Ainsi tourne la parole autour du livre : lire, écrire : d'un désir à l'autre va toute littérature. ».
L'écriture littéraire offre également une variété de styles et de techniques littéraires. Les lecteurs, en s'immergeant dans ces œuvres, enrichissent leur vocabulaire et leur compréhension des subtilités de la langue. La littérature expose, en effet, le lecteur à un langage riche et varié. L'écriture littéraire inspire souvent le lecteur à développer sa propre créativité. La rencontre avec des styles narratifs variés peut encourager le lecteur à écrire lui-même, à expérimenter et à partager ses propres expériences. La lecture littéraire encourage, en fait, le lecteur à analyser et à interpréter des textes de manière critique. Cela développe des compétences analytiques précieuses.
Ce sont des pratiques profondément interconnectées qui se nourrissent mutuellement et offrent une richesse d'expériences, d'apprentissages et de réflexions. Elles sont une porte ouverte sur la connaissance, l'empathie et la créativité.
Annie Rouxel définit la lecture littéraire, qui découle des théories de la réception comme étant « le fait de lire littérairement un texte littéraire ». Autrement dit, les textes littéraires ont pour spécificité « d’instaurer un mode de communication particulier », de « créer leur propre référent » et de « s’inscrire dans le vaste ensemble de la production littéraire ». La lecture littéraire est une posture de lecture qui confère au texte son caractère littéraire : le lecteur, engagé dans une démarche interprétative, est sensible au fonctionnement du texte et à sa dimension esthétique ; il se permet de lire et de relire pour savourer le texte. Le plaisir esthétique, dimension essentielle à la lecture littéraire, résulte du texte et de l’activité déployée par le lecteur pendant la lecture.
Depuis Qu’est-ce que la littérature ? de Sartre, le lecteur a pris un rôle central dans la théorie et l’analyse littéraire. Il a donné lieu à une multitude de noms : narrataire (Gerald Prince), lecteur implicite ou impliqué (Wolfgang Iser), lecteur modèle (Umberto Eco), etc. Suite à ces évolutions théoriques, on peut dégager deux constantes : Ces théories de la lecture littéraire reconnaissent le rôle que joue le lecteur, celui d'un sujet actif qui construit le sens d'un texte littéraire et selon les mêmes théories, le texte littéraire a pour fonction de contraindre le lecteur à l'intérieur d'un horizon d'attente, de rendre la lecture opératoire dans la relation dialogique entre le lecteur et le texte.
Allant de la création littéraire à sa réception, ce colloque propose donc une analyse critique des théories de la lecture littéraire. De quelle lecture parle-t-on ? Si, comme le soulignait Vincent Kaufmann, « une grande partie des travaux de la critique et de la théorie littéraires s'articulent aujourd'hui autour de la question de la lecture », il convient de situer cette évolution dans le double contexte d'une remise en cause de la thèse de l'autonomie de la littérature, posée par Barthes dans Le Degré zéro de l'écriture. Il faut, en effet, prendre en compte, d'une part, la nouveauté de la question « Pour qui écrit-on ? » posée en 1948 par Jean-Paul Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ?, de l'autre, les théories allemandes de la réception. Ces deux courants de pensée semblent confirmer l'idée de Valéry, selon laquelle c'est moins l'auteur que les fluctuations du lecteur qui constitueraient le vrai sujet de l'histoire de la littérature qui, tout en posant à l'écrivain la question de l'autre, pose le lecteur comme «modèle » préalable de l'écriture pour l'esthétique de la réception. Il est donc intéressant de voir, aujourd’hui, l’évolution de certains genres qui caractérisent le rapport création littéraire ou artistique et lecture. Dans cette perspective, Barthes proposait de passer de l’écriture à la lecture littéraire comme l’on passe d’un code littéraire à un autre. Cette nouvelle conception pourrait produire, selon Jean-Charles Margotton des textes hybrides, comme les essais, où la littérature est associée à des formes extra-littéraires.
C'est cette pratique de la lecture qui est considérée comme un apport du sujet lisant à la réalisation de l'œuvre lue, que nous entendons explorer à travers ce colloque international et qui sera une occasion fructueuse de penser la création et la lecture littéraire dans leurs spécificités théoriques et critiques, et d’échanger sur la création littéraire et la lecture. Il s’agit de faire connaître les recherches récentes qui prennent en compte des axes thématiques variés et interdisciplinaires en cours de développement dans le domaine des études littéraires.
Pour répondre à ces questions complexes, il y a lieu d’étudier tout d’abord, la conception de l’œuvre littéraire et artistique chez les créateurs eux-mêmes, qui se sont impliqués dans cette perspective transversale et qui demeure au centre des réflexions d’un grand nombre d’auteurs, en suite, il s’agit de s’intéresser à l’interaction entre les créations littéraires des écrivains, classiques ou contemporains, et lectures littéraires qui présentent une certaine collaboration pour créer une œuvre littéraire nouvelle ou tout simplement une interprétation de l’œuvre littéraire ou plastique. En abordant notre thématique de cette façon, on la fait émerger à partir de la disparité des matériaux: du côté du texte, des ouvrages, des essais, des correspondances ; du côté de l’œuvre littéraire ou artistique. C’est l’objectif que s’assigne ce colloque, dans le cadre d’une approche interdisciplinaire.
Prenant acte de cette situation, notre propos n’est pas de refaire ce qui a déjà été élaboré par d’autres ni de prétendre renouveler les débats en cours. Cependant et en dépit de ces réserves, les modalités d’aborder le sujet ne sont assurément pas épuisées pour autant.
Ainsi se profile la possibilité réelle, sinon de comprendre, du moins de pouvoir décrire, à travers l’analyse d’une série d’exemples parlants, comment l’écriture littéraire et le texte se rapportent l’une à l’autre.
Les axes thématiques non exhaustifs qui suivent pourront donner lieu à des réflexions :
- Créations littéraires et lectures comme stimulation de la créativité stylistique et littéraire,
- Créations littéraires et lectures comme transmission de la culture et de l'histoire,
- Créations littéraires et lecture comme réflexion critique et théorique.
- L’Ekphrasis comme lecture des œuvres d’art
- Du texte-image à l’hybridité générique.
- Corrélation texte littéraire/image et « être-au-monde » du démiurge.
Loin d’être exhaustif, cet inventaire de suggestions est purement indicatif. On serait à même d’y joindre d’autres axes allant dans le sens de la problématique soulevée et proposée au débat. Une approche pluridisciplinaire exposant les multiples facettes de la relation Ecritures/lectures sera forcément enrichissante. Elle sera d’un profit inestimable.
Modalités de soumission :
Les titres et résumés des communications, d’environ une demi-page, accompagnés d’une notice biographique sont à envoyer uniquement par voie électronique avant le 20 mars 2025 à : colloques-fps@uca.ac.ma
Langues du colloque : Français-Arabe- Anglais
Les contributions prendront la forme de communications de 20 minutes.
Dates importantes
· Date limite d’envoi des propositions: 20 mars 2025
· Décision du comité scientifique : 23 mars 2025
· Date du colloque: 15 et 16 avril 2025 à la salle des conférences de la FPS
- Partenaires: Campus-France Maroc, CNRST Maroc
Une publication des actes du colloque est envisagée dans la Revue Mots et mondes indexée.
Les organisateurs ne prennent pas en charge l’hébergement et le transport.
La participation au colloque est gratuite.
Coordonnateurs:
· Pr. Ali RAHALI : a.rahali@uca.ac.ma
· Pr. Abdelaadim TAHIRI : a.tahiri@uca.ac.ma
Comité d’organisation
· Pr. Abdelaadim TAHIRI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Adil FATHI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Ali RAHALI (UCAM, FPD Safi, Maroc),
· Pr. Brahime NADINE, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Elmustapha LEMGHARI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Hassane TAKROUR, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Ikhlas SAIDI, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Mohamed HABIBALLAH, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Mohssine FATHI, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Mokhtar BELARBI (UMI, Meknès, Maroc),
· Pr. Rajae BABALAHCEN, (UCAM, ENSA Safi, Maroc),
· Pr. Touria LACHHAB, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Les Doctorants de la FPS.
Comité scientifique
· Pr. Abdelaadim TAHIRI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Abir ABID, (Université de Tunis, FSHS de Tunis,Tunisie),
· Pr. Adil FATHI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Ali RAHALI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Bernadette REY MIMOSO-RUIZ (L’Institut Catholique de Toulouse, France),
· Pr. Brahime NADINE, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Driss AIT ZEMZAMI, (UMI, Meknès, Maroc),
· Pr. Elmustapha LEMGHARI (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. José Guimarães (University of Minho, Braga Portugal),
· Pr. Mohammed OUBLOUHOU, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Mokhtar BELARBI (UMI, Meknès, Maroc),
· Pr. Pr. Hassane TAKROUR, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Rahhali Erradouani, (UCAM, FP Safi, Maroc),
· Pr. Rajae BABALAHCEN, (UCAM, ENSA Safi, Maroc),
· Pr. Sadik MADANI ALAOUI, (U M B A, FLSH Dhar El Mehraz Fès, Maroc).
Bibliographie indicative
Barthes R. Le Plaisir du texte, Paris, Seuil, 1973, ,
Charles M. Rhétorique de la lecture, Paris, Seuil, 1977,
Eco U. Lector in fabula, trad. franç., Paris, Grasset, 1985,
Iser W. L'Acte de lecture, trad. franç., Bruxelles, Mardaga, 1985,
Jauss H. R. Pour une esthétique de la réception, trad. franç., Paris, Gallimard, 1978, M. Picard La Lecture comme jeu, Paris, Minuit, 1986,
Ricœur P. Le Conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969,
ROUXEL A. Enseigner la lecture littéraire. Rennes, Presses universitaires de Rennes (Didact. français), 1996,
STIERLE K. : « Réception et fiction », in Poétique.N° 39, 1979.