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Appels à contributions
Politiques du roman francophone africain. Enjeux esthétiques (revue Convergences francophones)

Politiques du roman francophone africain. Enjeux esthétiques (revue Convergences francophones)

Publié le par Esther Demoulin (Source : Emmanuel Mbégane NDOUR)

Appel à contributions pour le numéro 9.1 de la revue Convergences francophones :

"Politiques du roman francophone africain. Enjeux esthétiques"

dir. Emmanuel Mbégane Ndour & Morgan Faulkner

S’il est vrai que les écrivains francophones africains d’aujourd’hui élaborent des modes de fiction en phase avec les modes de vie contemporains, leurs expressivités prennent également en charge des problématiques sociopolitiques soulevées dans divers espaces nationaux et transnationaux, telles les questions d’injustice, de marginalisation ou d’oppression. Leurs modalités esthétiques opèrent des transformations du territoire (vers un lieu expansif) et du sujet (vers une écriture autoréflexive), ainsi que des réorientations culturelles (de l’acculturation à la transculturation). Elles inventent également de nouvelles perspectives du déplacement (de la diaspora vers la métaspora). Ces nouvelles positions constituent aujourd’hui « le terrain esthétique » (Rancière 2000 : 8) qui donne forme à la dimension politique de ces expressivités littéraires. 

L’objectif de ce volume est d’examiner la mise en scène – poétique – d’une politique de la littérature dans les fictions romanesques des francophonies africaines. Selon la définition de Jacques Rancière : « L’expression “politique de la littérature” implique que la littérature fait de la politique en tant que littérature » (Rancière 2007 : 11). Ainsi, il importe de préciser que nous explorerons la politique non pas en termes d’« engagements personnels » des écrivains dans des débats politiques ou sociaux (ibid.). Il s’agira plutôt d’observer comment, à partir des œuvres, les auteurs proposent d’appréhender le monde et les communautés qui le constituent et, aussi, opèrent des réaménagements politiques. Ainsi, ce dossier s’intéresse-t-il tout particulièrement aux représentations des hiérarchies sociales, des dynamiques d’exclusion et d’inclusion, aussi bien qu’aux procédés par lesquels les auteurs africains proposent des renversements de l’ordre établi ou des redistributions du pouvoir. 

À titre d’exemples, comment les romans de Ken Bugul opposent-ils la dévalidation des perspectives de femmes noires dans les sociétés occidentales ? Comment les œuvres écologiques de Yamen Manai ou d’Aïcha Bouabaci plaident-elles pour l’adoption de modes de vie alternatifs et de nouveaux rapports à la nature ? En quoi les romans de Max Lobe et de Mohamed Mbougar Sarr problématisent-ils l’hétéro-normalité ? Comment, à travers des pratiques d’écriture autoréflexives, des auteurs et autrices comme Fatou Diome, Fouad Laroui et Kossi Efoui scrutent- ils une variété de contextes de marginalisation d’individus et de groupes, notamment en Afrique et en Europe, et en cernent les enjeux relatifs au discours et au sujet parlant ? Aussi, dans notre contexte postcolonial et postmoderne, comment des auteurs comme Edem Awumey, Alain Mabanckou ou encore Léonora Miano procèdent-ils à une double esthétisation de la pensée et de l’écriture pour rendre compte d’imaginaires et de positions métasporiques, car « corps radicalement étranger dans la communauté qui l’accueille et l’appelle à l’acculturation, l’égaré, l’acculé, se nourrit de patries intimes, expériences abruptes du monde et de la vie qu’il transforme en expériences esthétiques par des actes pratiques de savoir, élargis aux nervures du monde, aux dimensions de la mémoire, de l’Histoire et du langage » (Des Rosiers 2013 : 51) ? 

Les romans francophones africains ont souvent été considérés comme « engagés » en raison de leur investissement dans des contextes politiques, notamment au niveau des thèmes des œuvres, tels que le rapport entre les pays colonisateurs et les pays anciennement colonisés ou encore les dictatures et violences postcoloniales. Ce volume recentre le débat autour des pratiques et enjeux esthétiques contemporains qui renouvellent « les formes d’inscription du sens de la communauté »  à travers les découpages offerts dans les textes du visible, de la prise de parole, du temps et des espaces relatifs à un « commun partagé » (Rancière 2000 : 16). Il s’agira, tout particulièrement, d’observer comment les œuvres africaines proposent des mises en scène esthétiques qui sont en prise avec les rapports de pouvoir au sein des communautés. 

Références : 

Des Rosiers, Joël, Métaspora. Essai sur les patries intimes, Montréal, Les Éditions Triptyque, 2013.
Lévy, Jacques, Juliette Rennes & David, Zerbib, « Jacques Rancière : “les territoires de la pensée partagée” ». EspacesTemps.net., 2007, https://www.espacestemps.net/articles/jacques-ranciere-les- territoires-de-la-pensee-partagee/
Rancière, Jacques, Le partage du sensible. Esthétique et politique, Éditions La Fabrique, 2000.
- Politique de la littérature, Paris, Éditions Galilée, 2007. `

Axes : 

·       Politiques romanesques

·       Esthétique et politique 

·       Éthique de l’écriture 

·       Fiction et communauté 

·       Engagement formel 

·       Marginalité, exclusion, inclusion, injustice 

·       Féminismes et fictions queer 

·       Métatextualité et autoréflexivité 

·       Fictions migratoires 

·       Écritures métasporiques 

·       Fictions écologiques 

Présentation & soumission des articles : 

Les propositions d’environ 300 mots accompagnées d’une courte biobibliographie sont à envoyer à l’adresse suivante : emmanuel.ndour@wits.ac.za
 
Calendrier : 

·       Soumission des propositions : avant le 15 décembre 2022

·       Notification des auteurs : le 10 janvier, 2023

·       Soumission des articles : avant le 1 juin, 2023

·       Date de publication : 1er trimestre 2024 

Comité scientifique :

Alice Chaudemanche (INALCO - Paris)

Bernard De Meyer (Université du KwaZulu Natal, Afrique du Sud)

Elara Bertho (CNRS / LAM - France)

Karel Plaiche (Université du Cap – Afrique du Sud) 

Markus Arnold (Université du Cap – Afrique du Sud)

Ninon Chavoz (Université de Strasbourg – France)

Vincent Simedoh (Université Dalhousie – Canada)



Numéro coordonné par :

Emmanuel Mbégane Ndour, Université du Witwatersrand, Afrique du Sud, emmanuel.ndour@wits.ac.za

Morgan Faulkner, Université Saint Francis Xavier, Canada, mfaulkne@stfx.ca