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Éditer la poésie (XIXe–XXIe siècle). Histoire, acteurs, modes de création et de circulation (séance 6)

Éditer la poésie (XIXe–XXIe siècle). Histoire, acteurs, modes de création et de circulation (séance 6)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Serge Linarès)

Sixième séance : 5 mai 2022, 16h-19h
Université Sorbonne Nouvelle
Maison de la Recherche, salle Mezzanine
4 rue des Irlandais, 75005 Paris
 
Marine Le Bail (Toulouse Jean Jaurès) : « La Muse oubliée? Place de l’édition de poésie dans les sociétés de bibliophiles (XIXe-XXe siècles) »


On pourrait penser que l’édition de textes poétiques, par les contraintes formelles et typographiques qu’elle engage, constituerait un terrain de jeu privilégié pour les diverses sociétés de bibliophiles qui, à la fin du XIXesiècle, contribuent à redéfinir les frontières, les publics et les modes de conception de l’édition d’amateur. Or, un rapide parcours des listes de publications associées aussi bien à la « Société des Amis des Livres » qu’aux « Bibliophiles contemporains » ou aux « Cent bibliophiles » montre que les textes de poésie occupent une place somme toute plutôt limitée dans leur production. En outre, les quelques ouvrages de poésie publiés dans ce cadre ne semblent recevoir aucun traitement spécifique et reconduisent sans surprise les codes habituels de l’édition de luxe : présence d’illustrations originales et nombreuses, tirages limités sur grands papiers, ornementation fastueuse, etc. Tout se passe, en somme, comme si l’édition de poésie constituait un impensé de la conception bibliophilique du livre telle qu’elle s’élabore dans le cadre institutionnel de ces sociétés.
C’est précisément cette ellipse, apparente ou réelle, que nous souhaiterions interroger, en tâchant de répondre à la question suivante : dans quelle mesure l’édition poétique donne-t-elle lieu (ou pas) à un traitement et à une pensée spécifiques de l’art du livre dans le cadre des sociétés de bibliophiles ?
 
Marine Le Bail est maîtresse de conférences en littérature du XIXe siècle à l’université Toulouse Jean Jaurès. Ses travaux portent de manière privilégiée sur l’articulation entre histoire littéraire, poétique des textes et histoire du livre. Elle a notamment fait paraître en 2021 un ouvrage issu de sa thèse de doctorat, L’Amour des livres la plume à la main : écrivains bibliophiles du XIXe siècle, aux Presses Universitaires de Rennes, et a consacré plusieurs articles à la matérialité signifiante de l’objet-livre (« Le livre comme objet polysensoriel chez les bibliophiles », Épistémocritique, n°19, 2021 ; « Le Blanc et le Noir : la gravure comme mode de (re)lecture du Rouge et le Noir dans quelques éditions d’amateur (1884-1922) », Revue Stendhal, 2022). Elle a également codirigé un numéro de la revue Histoire et Civilisation du Livre consacré à « L’histoire littéraire des bibliophiles » et codirige actuellement avec Benoît Tane le projet de recherche « Biblioclasmes » qui porte sur les destructions de livres et leurs enjeux symboliques, esthétiques et idéologiques.
 
Gaëlle Théval (Rouen) : « Éditer la poésie en action : les éditions NèPe (1972-2005) »


Julien Blaine est poète, performer et éditeur, trois activités qu’il conjugue sans les dissocier. Il entre, à l’instar d’un Pierre Albert-Birot par exemple, dans la catégorie des poètes-typographes, ou plutôt poètes-imprimeurs. Comme lui, en tant que créateur et promoteur d’une poésie visuelle, qu’il qualifie d’« élémentaire », il considère les propriétés matérielles de la lettre, du signe, mais aussi des moyens de reproduction et des supports, comme parties intégrantes du poème, même. Mais comme performer, créateur et promoteur d’une poésie de performance, d’une « poésie action », il entre également dans la catégorie des poètes qu’on nomme parfois « hors du livre », support avec lequel il entretient une relation paradoxale et contestataire.
 
C’est à la maison d’édition « Nèpe », crée par le poète en 1972, dans l’effervescence de la presse libre et de l’activisme poético-politique, que nous souhaitons ici nous intéresser, considérant sa place singulière dans le champ de l’édition poétique. Située dans une marge contestataire, elle est représentative d’une frange éditoriale émergeant à la fin des années 1970, dans un mouvement de décentrement volontaire et de rejet des structures éditoriales en place, en lien direct avec le caractère expérimental des poésies qui s’y publient, à la recherche de nouveaux formats, mais aussi de nouveaux régimes de circulation de la poésie : d’une poésie en action.
Cette intrication forte, entre une poétique marquée par l’attention aux manifestations matérielles du poème, les modalités de circulation des poèmes au sein de réseaux alternatifs (ceux du mail art notamment), et la pratique éditoriale comme activité poétique et artistique (par l’usage de photocopieuse comme moyen de création), produit des « para-livres », objets paradoxaux où se donne à voir un point resté aveugle dans l’histoire de l’édition de poésie. 
 
Ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Lyon, Gaëlle Théval est Professeure agrégée à l’Université de Rouen (IUT). Chercheuse membre du laboratoire MARGE (Université Lyon 3) et Chercheuse associée au THALIM de l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, ses travaux portent sur  les poésies expérimentales et contemporaines, dans le livre (comme espace de création) et hors du livre (poésie sonore, performance, vidéopoésie, poésie numérique..). Elle a publié Poésies ready-made, XXe-XXIe siècles, Paris, l’Harmattan, 2015, coll. « Arts & médias »; avec Hélène Campaignolle et Sophie Lesiewicz (dir.), Livre/Poésie : une histoire en pratique(s), Paris, Éditions des Cendres, 2017 et Livre/Typographie : une histoire en pratique(s), Paris, Éditions des Cendres, 2019  ; avec Olivier Penot-Lacassagne (dir.), Poésie & performance, Nantes, Cécile Defaut, 2018.
 
Responsables
Isabelle Diu, directrice de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet
Serge Linarès, professeur de littérature française à l’université Sorbonne Nouvelle
 
Institutions partenaires
Bibliothèque littéraire Jacques Doucet (Paris)
UMR THALIM, CNRS / Université Sorbonne Nouvelle en partenariat avec l’ENS (Paris)