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Expériences (dés)incarnées : nos réalités, au carrefour des arts, des cultures et des sciences. InterCulturalia, 8e édition (Iași, Roumanie & en ligne)

Expériences (dés)incarnées : nos réalités, au carrefour des arts, des cultures et des sciences. InterCulturalia, 8e édition (Iași, Roumanie & en ligne)

InterCulturalia : Colloque international pour les étudiants et les jeunes chercheurs

8e édition : « Expériences (dés)incarnées : nos réalités, au carrefour des arts, des cultures et des sciences »

Université Alexandru Ioan Cuza, Iași, Roumanie

Type d'événement : hybride (présentiel+distanciel)

Période de déroulement : 03-04.04.2026 ; délai d'inscription : 15.03.2026.

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Organisateur : Département de Langues et littératures étrangères, Faculté des Lettres, Université Alexandru Ioan Cuza, Iași, Roumanie

Public cible : étudiants / jeunes chercheurs (niveau licence, master, doctorat)

Durée de la communication orale : 15 minutes

Date limite de soumission des résumés : 15.03.2026 (formulaire d'inscription Google)

Modalité d'intervention : présentiel/distanciel

Langues du colloque : allemand, anglais, espagnol, français, italien

Frais d’inscription : non

Contact (en français)

Publication (choix de communications) : dans la revue Intercultural Perspectives / Perspectives interculturelles / Interkulturelle Perspektiven (ISSN : 2668‐3369, 2668-3520 online), en cours d’indexation dans les bases de données internationales

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Argumentaire et bibliographie (français)

L’édition 2026 du Colloque InterCulturalia pour les étudiants et les jeunes chercheurs invite à une réflexion approfondie en marge des multiples manières d’envisager le corps, l’incarnation, la désincarnation, de leur examen dans divers domaines, ainsi que de leurs possibles intersections.

Ces concepts peuvent changer de définition et de manifestation suivant le champ d’études ou encore le point de vue adopté. Par exemple, à certains moments, les sciences humaines ont considéré le langage comme l’incarnation de la pensée. La culture, à son tour, peut être vue comme l’incarnation du langage, tout comme la société peut être l’incarnation des cultures qui la composent. Tout cela influence nos expériences multidimensionnelles, qu’il s’agisse de nos activités quotidiennes, de nos loisirs, de notre vie professionnelle, des livres que nous lisons, des médias que nous consommons, etc. Le degré auquel nous incarnons ces expériences correspond, dans une large mesure, à l’enracinement dans les cultures auxquelles nous nous identifions (ou auxquelles nous sommes autorisés à nous identifier). Des aspects aussi variés que notre identité, notre ethnicité, nos traditions, notre niveau de littératie, notre maîtrise des médias, nos préférences culinaires rendront les expériences différentes et uniques pour chaque individu. Les réalités qui nous entourent prennent forme et corps en incarnant ces expériences de vie, ou bien ces idées, idéaux, idéologies. Les femmes vivant dans une société profondément patriarcale peuvent avoir des difficultés à incarner pleinement leur identité ou leur féminité. Un fan inconditionnel de musique pop peut vouloir aller jusqu’à l’extrême pour incarner l’éthos particulier de la culture pop après un concert de son artiste préféré. 

L’intérêt pour le corps est vieux comme le monde. Un des dessins les plus célèbres est une représentation corporelle, L’Homme de Vitruve (L’Uomo vitruviano ou le proporzioni del corpo umano secondo Vitruvio) de Léonard de Vinci, traduction de l’idéal du temps : l’homme – mesure de toute chose, aux proportions idéales, inscrites dans un cercle et un carré. Le tabou antique de la dissection des corps humains, généralement perpétué au Moyen Âge, est levé par le geste révolutionnaire de les ouvrir au regard de la science accompli par le médecin et anatomiste humaniste Andreas Vesalius : sa production archétypale, De humani corporis fabrica (1543), devient, en 2022, film documentaire, où Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor explorent les réalités des hôpitaux contemporains. La médecine est avant tout étude et guérison du corps, ce métaparadigme du système des soins : corps sentant et conscient, fonctionnement biophysiologique, lecture des symptômes, examen clinique. Johann Wolfgang von Goethe, qui s’y intéresse à son époque, attiré par l’anatomie comparée, la morphogénèse, les personnages hybrides, l’unité du vivant, est moderne aussi par ses préoccupations scientifiques.

Le mariage plus récent de la médecine et de la technologie en constante évolution rend possible une large gamme d’expériences et de métamorphoses physiques qui sont en même temps des sujets sensibles, au cœur des débats sur la personnalité, l’identité, l’avenir de l’humanité. Les polémiques n’épargnent pas cette révolution technologique et l’avènement de l’Écran, du tout numérique, des réseaux en ligne, avec une dématérialisation massive, souvent accompagnée d’une désincarnation du sujet, des communicants, d’une interaction à distance, d’une télé-présence envahissant à la fois nos vies personnelles et professionnelles.

Aux mythifications et aux démythifications successives du corps et de la (dés)incarnation contribuent, le long du temps, certains positionnements dans la phénoménologie (Maurice Merleau-Ponty), la psychanalyse (Anton Ehrenzweig), l’ontoéthologie (Gilles Deleuze, Félix Guattari, François Lyotard), les arts (Paul Klee, John Cage). Pour la théologie et le christianisme, des éléments centraux sont l’Incarnation du Verbe et du Fils ou encore la transsubstantiation, ce phénomène surnaturel de conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ pendant l’Eucharistie, sous l’action du Saint-Esprit, à travers les paroles de la consécration.

Le rapport au corps, à son usure, au deuil de la beauté, à l’approche de la vieillesse, de la maladie, de la mort, est repensé aujourd’hui à la lumière de solutions ou de formules typiques de la civilisation moderne, censées conserver la jeunesse et la fraîcheur physiques : l’hygiène, l’alimentation saine, le sport, la cosmétique, la chirurgie esthétique. Le poids de l’attention passe ainsi du « corps que l’on a » au « corps que l’on est », de la corporéité à la corporalité (Hennezel, 2008 : 92). 

Ces questionnements sont spécifiques également des arts du spectacle et de la littérature. Ouvrage emblématique des théories théâtrales au début du XXe siècle, Le Comédien désincarné de Louis Jouvet (1954) clame la cognition corporelle et le travail de l’acteur devant désinvestir son corps pour en faire un simple symbole du personnage. Un personnage fictif ayant subi un grave traumatisme corporel menant à la transplantation de son cerveau dans un corps mécanique et à une vie inévitablement différente est une parfaite illustration de l’idée de désincarnation, comme dans le cas de Deirdre de « No Woman Born » de l’Américaine Catherine Lucille Moore (1944). En 1886 déjà, L’Ève future d’Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, un des premiers romans de science-fiction, met en scène l’andréide, un automate humanoïde, une femme belle et intelligente, mais artificielle, fabriquée de toutes pièces par l’ingénieur Thomas Edison. La réflexion sur le langage sous-tend constamment ces cheminements : l’opuscule La leçon d’Abrard ou le français désincarné de Gabriel Audisio (1940) paraît dans un contexte politique où le poids et le choix des mots s’avèrent déterminants. Techniquement, à l’écrit, le corps est aussi corps de la lettre, le corps du texte, ou encore corpus, avec son inévitable désagrégation, déstructuration ou dématérialisation contemporaine. En informatique, le concept d’incarnation virtuelle (IV) est associé à un avatar représentant un utilisateur lors de son immersion dans la réalité virtuelle.

L’univers du corps et de ses multiples états ou déclinaisons représente un vaste champ à explorer et à expérimenter, ouvert à de nombreuses interprétations. Le concept de désincarnation n’étant d’ailleurs pas nécessairement l’opposé binaire implicite de l’incarnation, mais plutôt la source d’une multitude de nuances possibles, de différents degrés d’incarnation, une palette qui traduit et rend compte de la variété de nos expériences. Ce sont autant de questions d’intérêt pour le regard critique philologique ou épistémologique, la rigueur scientifique ou la créativité artistique. 

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 Sont attendues des contributions portant sur les domaines suivants (sans s’y limiter) :

●       Critique et histoire littéraires

●       Sciences du langage, linguistique

●       TEFL, FLE, DAF, DELE, ILS, CILS

●       Traductologie

●       Sciences de l’information et de la communication

●       Sciences de l’éducation

●       Études culturelles : anglophones/(inter-)américaines, francophones, germanophones, hispanophones, italophones

●       Études filmiques et adaptation

●       Études de genre

●       Anthropologie, ethnologie, études religieuses

●       Philosophie, psychologie, sociologie

●       Histoire, archéologie

●       Sciences de la Vie, de la Santé et de la Terre

●       Études environnementales et développement durable

●       Presse, culture médiatique, réseautage social

●       Arts, histoire des arts

●       Études juridiques

●       Études informatiques

●       Sciences et techniques

●       Approches interdisciplinaires

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Bibliographie indicative 

AGACINSKI, Sylviane, 2019, L’homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Paris, Gallimard.

BERNARD, Michel, 2002, « De la corporéité fictionnaire », Revue internationale de philosophie, 4 (222) : 523-534.

BERNARD, Michel, 2020 [1972], Le corps, Paris, Points.

BOURDON, Jérôme, 2018, « Désincarnation, délai, dissémination : la télé-présence dans l’histoire, de la correspondance aux réseaux sociaux », Le Temps des médias, 2 (31) : 76-89.

BRETON, Dominique et al. (éd.), 2017, Du pantin à l’hologramme : le personnage désincarné sur la scène hispanophone contemporaine, Binges, Orbis tertius.

DUJARIER, Marie-Anne, 2017, Le management désincarné : enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte.

GUILLEBAUD, Jean-Claude, 2013, Voulons-nous d’un monde désincarné ? Promesses et menaces de la cyberculture, Montréal, FIDES. 

HENNEZEL, Marie de, 2008, « Corporéité et corporalité », dans Danièle Bloch, Benoît Heilbrunn, Gérard Le Gouès (éds), Les représentations du corps vieux, Paris, PUF, 91-96.

HENRY, Michel, 2000, Incarnation, Paris, Seuil.

OLIVETTI, Marco M. (éd.), 1999, Incarnation, Rome, Archivio di Filosofia.

PICARD, Clarisse (dir.), 2021, Incarnation, question ancienne, enjeux actuels. Approches philosophiques et théologiques, Paris, Classiques Garnier.

PRAK-DERRINGTON, Emmanuelle, 2020, « Répétition et incarnation dans l'énonciation », SHS Web of Conferences, 78, en ligne : https://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2020/06/shsconf_cmlf2020_01031.pdf.

ROUAUD, Jean, 2002, La désincarnation, Paris, Gallimard.