L’avenir des forêts : réflexions littéraires au prisme du postextractivisme (Passau, Allemagne)
[Deutsch unten]
Colloque international
L’avenir des forêts : réflexions littéraires au prisme du postextractivisme
Marina Ortrud Hertrampf et Franck Collin
Université de Passau, les 22-23 janvier 2027
Sur le territoire de Passau, situé dans la forêt bavaroise, la plus grande zone forestière d’un seul tenant d’Europe centrale, la forêt fait partie intégrante du sentiment d’appartenance à la région. Le dépérissement forestier, qui touche déjà de vastes zones depuis les années 1980 et s’est intensifié ces dernières années en raison de la chaleur, de la sécheresse et des tempêtes liées au changement climatique, est d’autant plus grave. En effet, depuis des décennies, les scientifiques et les associations de protection de la nature réclament en vain, avec le « tournant écologique forestier » (Bode, Wilhelm/Hohnhorst 2000), l’abandon de l’exploitation intensive et le passage à une gestion proche de la nature, qui s’appuie sur les capacités d’auto-guérison de la forêt. Cependant, ce type de revendications entre en conflit avec les intérêts économiques, pour lesquels la forêt doit avant tout être économiquement rentable en tant que monoculture de conifères.
Le motif de la forêt – souvent idéalisé en Allemagne sous la forme du mythe de la forêt allemande (Zecher 2016) – trouve également un écho important dans la littérature française, en particulier depuis le romantisme (Caillet 2013). Henry David Thoreau développe dans son ouvrage pionnier Walden ou la vie dans les bois (1854), empreint d’un profond attachement romantique à la nature, une vision particulière et critique de la forêt, redevenue populaire à l’heure actuelle, comme lieu opposé à la civilisation consumériste.
Au cours des XXe et XXIe siècles, la forêt en tant que motif a fait l’objet de sémantisations très différentes, comme dans le roman de la forêt québécoise, symbole de la fierté et de l’identité du Québec (Décarie/Desrochers 2021), en passant par l’espace naturel archaïque et sauvage comme contrepoint à l’espace urbain civilisé, la forêt comme espace protecteur ou menaçant, jusqu’à la forêt comme lieu de retraite propice à la méditation et à la prise de conscience (cf. Hagen/Dziudzia 2025).
Dans un contexte où les effets du changement climatique sont de plus en plus manifestes d’une part, et où les conséquences destructrices d’une exploitation forestière intensive se font sentir d’autre part, le motif littéraire de la forêt est également en pleine mutation. Dans de nombreux textes écopoétiques contemporains, la forêt est de plus en plus souvent présentée comme menacée par les pratiques extractivistes. Comme le montre de manière impressionnante Véronique Tadjo dans En compagnie des hommes (2017), la déforestation et la destruction de l’habitat des animaux sauvages qui l’accompagne ont également des conséquences dévastatrices pour les populations rurales, comme par exemple l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, provoquée par une zoonose. Les forêts (encore) existantes sont parfois décrites comme des hétérotopies, au sens thoreauvien du terme, c’est-à-dire des espaces contre-discursifs proposant des modèles de vie alternatifs. Ainsi, dans le roman futuriste de Vincent Villeminot Nous sommes l’étincelle (2019), une forêt classée réserve naturelle devient le refuge d’une communauté qui souhaite y mener une vie écologiquement responsable et sans hiérarchie, loin de la société de consommation mondialisée et numérique. De manière similaire, dans Bivouac (2023) de l’autrice québécoise Gabrielle Filteau-Chibas, un groupe de personnes soucieuses de l’environnement cherche dans les forêts canadiennes un mode de vie durable en harmonie avec la nature et en solidarité avec la population autochtone.
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Dans le contexte de la production croissante de textes écopoétiques (Schoentjes 2020 ; 2021), la question se pose de savoir dans quelle mesure ceux-ci reflètent une attitude que l’on pourrait qualifier d’éthique postextractiviste. Le concept de postextractivisme a été développé dans les années 2010 par l’Uruguayen Eduardo Gudynas et a été discuté, notamment en Amérique latine, comme une transition vers un modèle économique et social qui va au-delà de la simple exploitation des matières premières et se concentre sur les besoins locaux, durables et sociaux : « Alors que l’ère à venir est décrite dans le Nord comme étant post-croissance, post-matérialiste, post-économique, post-capitaliste et post-humaine, pour le Sud, elle s’exprime en termes de post-développement, non libérale, post-capitaliste/non capitaliste, biocentrique et post-extractiviste. » (Escobar 2018, 140 ; trad. Hertrampf) Le postextractivisme peut être compris comme une perspective de transition qui « se concentre sur l’élimination de la dynamique de l’extractivisme qui est au coeur des modèles de développement actuels, mais remet également en question la légitimité de l’extractivisme en tant qu’approche durable pour toute forme de société, d’économie ou de gouvernement. » (Serafini 2022, 17 ; trad. Hertrampf) Un aspect essentiel des concepts postextractivistes réside dans la question de l’espace naturel, qui, surtout dans les pays du Sud, est toujours associé à l'accaparement (néo-)colonial des terres, à l’appropriation, à la déterritorialisation et à la reterritorialisation. La négociation de l’espace naturel public en tant que bien commun et habitat spécifique, en particulier pour les populations autochtones, occupe donc une place centrale dans les discours postextractivistes dans le contexte postcolonial.
En effet, il apparaît que le droit à la nature et les droits de la nature entrent de plus en plus en conflit les uns avec les autres, compte tenu des conséquences désormais fatales de la pensée et de l’action extractivistes. Comment les textes écopoétiques contemporains traitent-ils et négocient-ils ce conflit et quelles solutions proposent-ils ? Cette question constituera le point de départ de notre colloque.
À partir de l’exemple des représentations de la forêt, des multiples menaces qui pèsent sur elle et de son avenir dans le monde de demain, nous souhaitons examiner des textes littéraires d’origines diverses afin de déterminer dans quelle mesure ils développent et/ou défendent des approches et des thèses qui s’inscrivent dans le postextractivisme en tant que mode de pensée transgressive. Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure on peut parler d’un développement littéraire d’une éthique postextractiviste et si certaines stratégies esthétiques et narratives peuvent être identifiées dans les textes étudiés comme caractéristiques d’une esthétique postextractiviste.
Les textes à étudier (romans, récits, docu-fictions, romans graphiques, essais fictionnés) doivent avoir été écrits après l’an 2000, traiter principalement de la forêt et provenir de pays germanophones, anglophones, francophones ou hispanophones.
Les langues de communication sont le français et l’allemand.
Les propositions, de 300 mots maximum, devront être accompagnées d’une courte notice biobibliographique.
Elles doivent être transmises par courriel avant le 1er mai 2026 aux adresses suivantes : marina.hertrampf@uni-passau.de et franck.collin@univ-antilles.fr.
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Organisation et comité scientifique
Marina Ortrud Hertrampf (PR littératures francophones, Université de Passau, Allemagne)
Franck Collin (MC HDR, Littératures générale et comparée, antique et médiévale, EA 4095 Crillash, UMR 7172 Thalim, Université des Antilles, France).
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Bibliographie sélective :
Bode, Wilhelm / Hohnhorst, Martin von, Waldwende - Vom Försterwald zum Naturwald, 2000.
Caillet, Vigor (éd.), La forêt romantique, 2013.
Décarie, David/Desrochers, Julien, « Le roman de la forêt au Québec (1934-1947) ou la légitimation d’un espace marginal ». In : Études françaises 57/2 (2021), 155–174. DOI : https://doi.org/10.7202/1078104ar.
Escobar, Arturo, Designs for the Pluriverse : Radical Independence, Autonomy and the Making of Worlds, 2018.
Gudynas, Eduardo, « Caminos para las transiciones post-extractivistas », In : Ana Alayza / Eduardo Gudynas (éd.), Transiciones. Post extractivismo y alternativas al extractivismo en Perú, 2011, 127-216.
Schoentjes, Pierre, « Perspectives écopoétiques : écologie et écriture ». In : Histoire de la recherche contemporaine, Tome X, n°1, 2021, 60-65 ; DOI : https://doi.org/10.4000/hrc.5749.
Schoentjes, Pierre, Littérature et écologie. Le mur des abeilles, 2020.
Serafini, Paula, Creating Worlds Otherwise. Art, Collective Action, and (Post)Extractivism, 2022.
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Internationale Tagung
Die Zukunft der Wälder: literarische Betrachtungen aus der Perspektive des Postextraktivismus
Marina Ortrud Hertrampf und Franck Collin
Universität Passau, 22.-23. Januar 2027
An einem Ort wie Passau, der im Bayerischen Wald und damit im größten zusammenhängenden Waldgebiet Mitteleuropas liegt, gehört der Wald ganz wesentlich zum Heimatgefühl dazu. Umso schwerwiegender ist das Waldsterben, das bereits seit den 1980er Jahren großflächig auftritt und sich durch Hitze, Trockenheit und Stürme als Folgen des Klimawandels in den letzten Jahren zunehmend verstärkt. Tatsächlich fordern Wissenschaftler und Naturschutzverbände seit Jahrzehnten vergeblich mit der „ökologische Waldwende“ (Bode, Wilhelm / Hohnhorst 2000) eine Abkehr von der intensiven Nutzung und eine Entwicklung hin zu einer naturnahen Bewirtschaftung, die auf die Selbstheilungskräfte des Waldes baut. Forderungen dieser Art stehen jedoch in Konflikt mit ökonomischen Interessen, für die der Wald in erster Linie als Nadelholzmonokultur wirtschaftlich effizient sein soll.
Das Motiv des Waldes – in Deutschland vielfach zum Mythos des Deutschen Waldes verklärt (Zecher 2016) – findet insbesondere seit der Romantik auch in der französischen Literatur starken Niederschlag (Caillet 2013). Eine besondere, gerade in der Gegenwart wieder populär gewordene, systemkritische Sicht des Waldes als Gegenort zur konsumorientierten Zivilisation entwickelt Henry David Thoreau (1817–1862) in seinem wegweisenden Werk Walden or, Life in the Woods, das von einer tiefen, romantischen Naturverbundenheit geprägt ist.
Im Verlauf des 20. und 21. Jahrhundert erfährt der Wald als Motiv ganz unterschiedliche Semantisierungen, die wie im kanadischen roman de la forêt als Symbol für den Stolz und die Identität Quebecs (Décarie/Desrochers 2021) über den archaisch-wilden Naturraum als Kontrapunkt zum urbanen Zivilisationsraum und dem Wald als schutzspendendem, respektive bedrohlichem Raum bis hin zum Wald als meditativem und erkenntnisstiftendem Rückzugsraum reichen (vgl. Hagen/Dziudzia 2025).
Vor dem Hintergrund der gegenwärtig immer manifester werdenden Auswirkungen des Klimawandels einerseits und der destruktiven Folgen einer expansiv betriebenen Holzwirtschaft, verändert sich auch das literarische Motiv des Waldes. In zahlreichen ökopoetischen Texten der unmittelbaren Gegenwart wird der Wald dabei zunehmend von extraktivistischen Maßnahmen als bedroht dargestellt. Wie Véronique Tadjo in En compagnie des hommes (2017) eindrücklich zeigt, hat die Abholzung und die damit einhergehende Vernichtung des Habitats wilder Tiere auch verheerende Folgen für die Landbevölkerung; beispielsweise die durch Zoonose ausgelöste Ebola-Epidemie in Westafrika. (Noch) bestehende Wälder werden zuweilen als Heterotopien gezeichnet, als im Thoreau’schen Sinne gegendiskursive Räume alternativer Lebensmodelle. So wird beispielsweise in Vincent Villeminots Zukunftsroman Nous sommes l’étincelle (2019) ein als Naturschutzgebietausgewiesener Wald zum Fluchtort einer Gemeinschaft, die dort ein ökologisch verantwortungsvolles und hierarchieloses Leben fern der globalisierten und digitalen Konsumgesellschaft zu finden beabsichtigt. Vergleichbar sucht eine Gruppe ökologisch bewusster Menschen in Bivouac (2023) der quebeker Autorin Gabrielle Filteau-Chibas in den kanadischen Wäldern eine nachhaltige Lebensform im Einklang mit der Natur und in solidarischem Miteinander mit der indigenen Bevölkerung.
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Vor dem Hintergrund der immer größer werdenden Produktion ökopoetischer Texte (Schoentjes 2020; 2021), stellt sich die Frage, inwiefern sich in diesen eine Haltung herausbildet, die als postextraktivistische Ethik bezeichnet werden kann. Der Begriff des Postextraktivismus wurde in den 2010er Jahren vom Uruguayer Eduardo Gudynas entwickelt und vor allem in Lateinamerika als Übergang zu einem Wirtschafts- und Sozialmodell diskutiert, das über die reine Ausbeutung von Rohstoffen hinausgeht und sich auf lokale, nachhaltige und soziale Bedürfnisse konzentriert: „While the age to come is described in the North as being postgrowth, postmaterialist, post economic, postcapitalist, and post human, for the South it is expressed in terms of being post-development, nonliberal, postcapitalist/noncapitalist, biocentric, and postextractivist.“ (Escobar 2018, 140) Dabei kann der Postextraktivismus als eine Übergangsperspektive verstanden werden, die „sich auf die Beseitigung der Dynamik des Extraktivismus konzentriert, der den Kern der aktuellen Entwicklungsmodelle bildet, stellt aber auch die Legitimität des Extraktivismus als nachhaltigen Ansatz für jede Form von Gesellschaft, Wirtschaft oder Regierung in Frage.“ (Serafini 2022, 17) Ein wesentlicher Aspekt postextraktivistischer Denkkonzepte liegt in der Frage des Naturraums, der vor allem in den Ländern des Globalen Südens immer auch mit (neo-)kolonialer Landnahme, Aneignung, Entterritorialisierung und Reterritorialisierung verbunden ist. Die Verhandlung des öffentlichen Naturraums als gemeinsames Gut und spezifischer Lebensraum insbesondere der indigenen Bevölkerung nimmt daher in postextraktivistischen Diskursen im postkolonialen Kontext eine zentrale Rolle ein.
Tatsächlich zeigt sich, dass das Recht auf Natur und die Rechte der Natur angesichts der mittlerweile fatalen Auswirkungen extraktivistischen Denkens und Handelns in immer stärkeren Konflikt zueinander treten. Wie be- und verhandeln ökopoetische Texte der Gegenwart diesen Widerstreit und welche Lösungsansätze entwerfen sie? An dieser Frage nimmt unsere Tagung ihren Ausgangspunkt.
Am Beispiel von Darstellungen des Waldes, seiner vielfältigen Bedrohungen und seiner Zukunft in der Welt von morgen sollen literarische Texte unterschiedlichster Provenienz dahingehend untersucht werden, inwiefern Ansätze und Thesen entwickelt und/bzw. vertreten werden, die sich in den Postextraktivismus als transgressiver Denkfigur einschreiben. Daran schließt sich die Frage, inwiefern man von der literarischen Entwicklung einer postextraktivistische Ethik sprechen kann und ob sich in den untersuchten Texten bestimmte ästhetische und narrative Strategien herauskristallisieren lassen, die als Merkmale einer postextraktivistische Ästhetik ausgemacht werden können.
Die untersuchten Texte (Romane, Erzählungen, Dokufiktionen, Graphic Novels) sollten ab 2000 verfasst worden sein, sich zentral mit dem Wald beschäftigen und aus dem deutsch-, englisch-, französisch- oder spanischsprachigen Raum kommen.
Vortragssprachen sind Französisch und Deutsch.
Die Vorschläge sollten maximal 300 Wörter umfassen und mit einer kurzen biobibliografischen Notiz versehen sein. Sie sind bis zum 1. Mai 2026 per E-Mail an folgende Adressen zu senden: marina.hertrampf@uni-passau.de und franck.collin@univ-antilles.fr.
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Organisation und wissenschaftliche Leitung
Marina Ortrud Hertrampf (Universität Passau, Deutschland)
Franck Collin (Université des Antilles, Frankreich)
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Auswahlbibliographie
Bode, Wilhelm / Hohnhorst, Martin von, Waldwende - Vom Försterwald zum Naturwald, 2000.
Caillet, Vigor (éd.), La forêt romantique, 2013.
Décarie, David/Desrochers, Julien, « Le roman de la forêt au Québec (1934-1947) ou la légitimation d’un espace marginal ». In: Études françaises 57/2 (2021), 155–174. DOI: https://doi.org/10.7202/1078104ar.
Escobar, Arturo, Designs for the Pluriverse: Radical Independence, Autonomy and the Making of Worlds, 2018.
Gudynas, Eduardo, « Caminos para las transiciones post-extractivistas », In: Ana Alayza / Eduardo Gudynas (éd.), Transiciones. Post extractivismo y alternativas al extractivismo en Perú, 2011, 127-216.
Hagen, Kirsten von/Dziudzi, Corinna (éd.), (Re-)Mythisierungen des Waldes in Zeiten des Digitalen= Eine literarische und kulturhistorische Spurensuche, 2025.
Schoentjes, Pierre, « Perspectives écopoétiques : écologie et écriture ». In: Histoire de la recherche contemporaine, Tome X, n°1, 2021, 60-65 ; DOI : https://doi.org/10.4000/hrc.5749.
Schoentjes, Pierre, Littérature et écologie. Le mur des abeilles, 2020.
Serafini, Paula, Creating Worlds Otherwise. Art, Collective Action, and (Post)Extractivism, 2022.
Zechner, Johannes, Der deutsche Wald: Eine Ideengeschichte zwischen Poesie und Ideologie.