Essai
Nouvelle parution
Hélène Morlier, Les guides Joanne. Du voyage au tourisme (1841-1919)

Hélène Morlier, Les guides Joanne. Du voyage au tourisme (1841-1919)

Publié le par Mihai Duma (Source : Service de presse Droz)

Au XVIIIe siècle, des guides de voyage réputés décrivaient les routes empruntées par les voitures hippomobiles. Dans la première moitié du XIXe siècle, le développement rapide des transports ferroviaires et maritimes facilite les déplacements en France comme en Europe, puis autour de la Méditerranée. Des éditeurs comprennent l’intérêt intellectuel et financier du nouveau marché des guides de voyage : Murray en Angleterre, Baedeker en Allemagne, Hachette en France.

Louis Hachette installe des kiosques dans les gares pour vendre ses publications adaptées aux trajets en chemins de fer. Dès lors, les guides de voyage prennent leur essor au sein de la Librairie Hachette. Sous l’égide d’Adolphe Joanne et de son fils Paul, puis de Marcel Monmarché, la collection de guides se diversifie : des séries sont créées pour les visiteurs d’une ville, les villégiateurs puis les automobilistes. Cette évolution est le fruit de la concurrence avec les autres éditeurs de guides comme Baedeker, à la fois sources d’inspiration et compétiteurs.

Avant de devenir les guides Bleus en 1919, les guides Joanne conçus pour les voyageurs accompagnent désormais les touristes, toujours plus nombreux au seuil de la Première Guerre mondiale.

Hélène Morlier, docteure en histoire et civilisations, est chercheuse associée au Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CNRS, EHESS, Collège de France). Ses recherches portent sur les différentes collections de guides de voyage et, à travers elles, sur l’histoire du tourisme.

Table des matières

Avertissement

Remerciements

Avant-propos. — Le voyage des guides : du mépris à la considération

I. Un guide de voyage : un ouvrage de compilation

II. Des ouvrages méprisés par certains auteurs

III. Le lectorat des guides 

IV. Un intérêt récent pour les guides de voyage 

V. Des sources pour l’historien 

VI. Généalogie et histoire des guides Joanne 

Introduction. — La fabrication complexe d’un livre polymorphe

I. Les couleurs des couvertures : une signalétique indispensable

1. Panorama chromatique des couvertures de guides de voyage

2. Le Rouge, ou la couleur de référence 

2. Le Bleu, ou comment se distinguer ? 

3. Le Vert, un outsider d’avenir 

II. Les formats : un choix évolutif 

1. Allégement des guides : tomes séparés, brochures détachables, coffret…

2. Les monographies brochées : héritières des brochures détachables ? 

III. Les pages intérieures : de nombreuses contraintes

1. L’impression et les mises à jour : un travail continu

2. La cartographie et l’illustration : des inventions graphiques

3. Les catalogues des guides Joanne : de la liste à la carte

4. Une intrusion critiquée, mais une documentation exceptionnelle : les publicités commerciales

IV. Des guides chers pour un public aisé

Première partie : Les guides précurseurs. Reichard, Richard et la Bibliothèque des chemins de fer

Chapitre premier. — Le Guide des voyageurs en Europe de Reichard (1793-1823)

I. Les guides de Reichard : la mise en place d’un système 

1. Handbuch für Reisende aus allen Ständen (1784)

2. Le Guide des voyageurs en Europe (1793)

3. Les publications auxiliaires

4. La première collection de guides européens ? 

5. Les contrefaçons, rançon d’un succès éditorial 

II. Un adversaire français : Hyacinthe Langlois

III. Le duel Reichard / Langlois : voyage ou idéologie ?

1. « Les conseils aux voyageurs » : comment un guide peut avoir d’autres fonctions moins neutres

2. Un guide pour les militaires ou un guide militant ?

3. La mise au point de la structure du guide de voyage

Chapitre II. — Les guides Richard publiés par Audin (1823-1836)

I. Une idée de génie d’un copieur sans scrupule

II. Quels guides Audin publiait-t-il ?

1. La France, une valeur sûre

2. La Suisse et la découverte de la haute montagne

3. L’Italie : le grand classique

4. Les autres destinations

III. Des guides pour les voyageurs romantiques

IV. J.-B. Richard contre Richard

V. Une diffusion moderne

Chapitre III. — Louis Maison « éditeur des guides Richard » (1836-1855) 

I. Un simple successeur ? 

1. Première période 1836-1840 : la succession d’Audin 

2. Deuxième période 1841-1850 : la collaboration avec Louis Quétin, le rédacteur fantôme 

3. Troisième période 1851-1855 : l’envol et la vente

II. Évolution des guides publiés par Louis Maison

1. La France monumentale : la parution du guide pittoresque attendu

2. Une production dominée par les pillages et les contrefaçons

3. L’établissement d’un réseau d’informateurs

4. Les auteurs : Quétin et la relève des nouveaux rédacteurs

5. Comment la révolution des chemins de fer provoqua celle des guides

6. Le thermalisme

7. Un nouveau lectorat : les colons

8. L’Orient : la fixation d’un cadre

III. S’adapter ou disparaître : un catalogue évolutif et de nouvelles idées

1. Pourquoi et comment Richard passa au second plan

2. Vers une reconnaissance de la propriété intellectuelle ?

3. Les débuts d’une normalisation visuelle : format et couleur

4. Des ventes et des coéditions : des pratiques courantes ?

V. Les guides de Louis Maison

1. France

2. Suisse

3. Italie

4. Allemagne et Bords du Rhin

5. Belgique et Hollande

6. Angleterre, Écosse et Irlande

Chapitre IV. — La Bibliothèque des chemins de fer (1853-1857) et les guides Richard de la Librairie Hachette

I. L’idée de la création de la Bibliothèque des chemins de fer

II. Un projet ambitieux et coûteux

1. Les contrats avec les compagnies de chemin de fer

2. L’entreprise de Napoléon Chaix

3. La guerre ouverte Chaix-Hachette

III. La Bibliothèque des chemins de fer en 1852 : structure, buts et sujets

IV. Le rachat du fonds Bourdin (1853)

1. La librairie illustrée d’Ernest Bourdin

2. L’acquisition du fonds de guides (1853)

3. Des combinaisons de titres pour gonfler le catalogue

V. Le rachat du fonds Maison (1855)

VI. Les guides de la Bibliothèque des chemins de fer (1853-1857)

1. Une signalétique peu novatrice

2. La Bibliothèque des Chemins de fer de mai 1853 à juin 1855

3. La Bibliothèque des Chemins de fer après juin 1855et jusqu’en 1857

4. Une collection disparate

VII. La fin de la Bibliothèque des chemins de fer et la naissance des guides Joanne

Deuxième partie : Les guides Joanne. Les itinéraires bleu de prusse

Chapitre V. — Des voyageurs pour diriger des guides de voyage

I. Les hommes à la direction des guides Joanne

1. Adolphe Joanne, une personnalité multiple

2. Paul Joanne, un nouveau souffle ?

3. Marcel Monmarché, vers le renouveau ?

II. La rédaction d’un guide : contenu et présentation

1. Les contrats avec les auteurs : vers une professionnalisation

2. Le guide de voyage selon Adolphe Joanne

3. Qui étaient les auteurs ?

4. Une direction des guides toute puissante ?

5. Des auxiliaires décisifs : les cartographes de la Libraire Hachette

III. Les premiers guides Joanne

1. Un démarrage en trombe

2. Les guides pour la France : une série très embryonnaire

3. Les guides pour l’étranger : un catalogue très limité

4. La création des nouvelles séries vouées à un grand succès

Chapitre VI. — Paris, Paris et ses environs. De l’encyclopédie au guide touristique

I. 1854-1855 : les premiers guides de Paris publiés par Hachette

1. Paris illustré 1854 et 1855 : la gloire de Napoléon III

2. Le Petit guide de l’étranger à Paris : le précurseur d’une série à venir ?

II. 1863 : une refonte complète et la fixation du plan du guide de Paris

1. Un contenu organisé et fixé pour l’avenir

2. L’intégration de la banlieue dans le guide de Paris

3. Les « modèles d’itinéraires » pour faciliter la visite

4. Le Guide parisien 1863 : enfin un guide touristique ?

III. 1867 : de nouveaux guides pour l’Exposition universelle

1. Le Guide parisien 1867 ou la reprises d’une recette plébiscitée

2. Paris-Guide : un guide qui n’a de guide que le nom

IV. 1870-1871 : la tourmente de la guerre et la Commune

1. Quelques nouveautés monumentales et graphiques

2. Les périls de 1870

3. Le guide au service des hôtels ou comment transformer un guide en objet publicitaire (II)

4. Une nouvelle technique de mise à jour : l’exemple de l’appendice daté de 1877

V. 1878 : l’Exposition universelle et les stigmates de la Commune

VI. 1889 : Paul Joanne et la naissance du guide touristique moderne 

VII. 1892 : des nouveautés pratiques pour le touriste

VIII. 1900 : le premier guide de Paris en petit format avec des innovations graphiques

IX. 1905 : la cartographie simplifiée et le retour des gravures au service du touriste

X. Les Environs de Paris : la naissance d’un nouvel espace

1. Les Environs de Paris illustrés en 1855 ou la transition des territoires et des transports

2. Les Environs de Paris en 1868 : un guide allégé de la banlieue

3. Les Environs de Paris en 1878 : un guide peu plébiscité

4. Les Environs de Paris en 1889 : l’introduction massive de la cartographie en couleurs 

5. Les Environs de Paris en 1900 : des itinéraires pour les cyclistes 

6. Les Environs de Paris avant et après-guerre (1914-1919)

Chapitre VII. — L’Itinéraire général de la France. Une vitrine de la modernisation de la France

I. Itinéraires des chemins de fer français : les « guides ferroviaires »

1. Quels sont les buts des guides ferroviaires ?

2. Une extrême centralisation contreproductive

II. L’Itinéraire général de la France (IGF) : une série phare

1. Une création ex nihilo ?

2. Principales évolutions

3. Pourquoi un tel projet ?

4. Des vases communicants entre les différentes collections

5. Des projets complémentaires et des influences réciproques

6. De la carte départementale fixe à une cartographie touristique

7. L’intrusion de l’automobile : les profils du relief routier

8. Réception de l’IGF : un curieux mélange des genres 

9. Une source d’inspiration peu concurrencée

III. Présenter son pays : Murray au Royaume-Uni, Meyer et Baedeker en Allemagne, le Touring Club Italiano en Italie

Chapitre VIII. — Les itinéraires de l’Orient. Du périple scientifique au voyage touristique

I. L’Algérie, la Tunisie et Tanger : un Orient de proximité

1. Les guides de l’Algérie : entre orientalisme et modernité coloniale

2. La Tunisie et Tanger : un regard différent

3. Un centre d’intérêt typiquement français

II. L’Orient : du guide fondateur à la Trilogie du Proche-Orient

1. L’Orient 1861 : le guide fondateur 

2. 1873-1878-1882 : la Trilogie de l’Orient

3. En route : un voyageur Joanne n’est pas un touriste frivole

4. L’évolution de la Trilogie 

III. Des guides autonomes pour une nouvelle manière de voyager en Orient

1. La relève de nouveaux auteurs

2. De Paris à Constantinople : l’attrait de l’Orient-Express

3. États du Danube et des Balkans : un titre fascinant pour un échec commercial

4. La Grèce : un succès de librairie ? 

5. L’Égypte : une destination phare

6. Palestine et Syrie : un abandon regrettable ?

Chapitre IX. — Les itinéraires pour les pays d’Europe. Abandon puis renouveau

I. L’Italie : le titre indispensable

II. La Suisse : le pays le plus visité d’Europe

III. L’Espagne et le Portugal : des destinations plus confidentielles

IV. L’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande : un succès mitigé

V. La Belgique, la Hollande et les Bords du Rhin : des valeurs stables

VI. L’Allemagne, les Bords du Rhin et l’Autriche-Hongrie : un monde germanophone unitaire

VII. Les pays d’Europe du Nord et de l’Est : les oubliés

VIII. Le Guide du voyageur en Europe et les Bains d’Europe : le retour à l’Europe de Reichard ?

1. Le Guide du voyageur en Europe (1860 et 1867) : un guide réinventé

2. Les Bains d’Europe (1860, 1880 et 1888) : un guide ancien pour l’avenir 

IX. Un cadre géographique inchangé

Troisième partie : Concurrence, diversification et naissance des guides bleus

Chapitre X. — Les guides Joanne face à la concurrence nationale et étrangère 

I. La concurrence inattendue de Baedeker

1. La Suisse : l’emprunt d’une gravure connue

2. Paris : une première contrefaçon

II. Les titres publiés en français par Baedeker

III. La domination cartographique des Baedeker 

IV. Le contenu touristique des Baedeker

V. Une approche différenciée de la ville pour des lectorats différents 

VI. Les astérisques ou étoiles de Baedeker

VII. La force de Baedeker : le lectorat international de la petite et moyenne bourgeoisie montante

VIII. La guerre des prix existait-elle ?

Chapitre XI. — Les guides Diamant. L’Europe dans la poche

I. Comment fut créée la collection Diamant ?

1. L’origine du nom

2. Une nouvelle présentation raffinée mais fluctuante à ses débuts

3. Un développement inégal

II. La géographie des guides Diamant

1. Paris et les Environs de Paris : la capitale dans la poche

2. La France en un volume : une gageure !

3. Les régions de France les plus visitées

4. Les villes de France des guides Diamant

5. Quelques nouveautés pour les pays européens

III. Les particularités des guides Diamant

1. Une cartographie renouvelée pour des guides illustrés de gravures ?

2. Les guides des « routes les plus fréquentées »

3. Une innovation abandonnée : le guide annuel

4. Des compétiteurs existaient-ils ?

5. Atouts et faiblesses de la collection Diamant

Chapitre XII. — Les monographies. Des brochures touristiques bon marché

I. Les monographies ferroviaires

1. Les guides alphabétiques des réseaux

2. Les guides des environs de Paris par réseaux

3. Le Guide du voyageur en France par Richard

II. Les monographies : héritières des brochures détachables et laboratoire des couvertures

1. De l’Art nouveau à l’Art déco : des couvertures instables

2. À quelle nécessité ces monographies répondent-elles ?

3. Les monographies des villes françaises : une tentative de désenclavement touristique ? 

4. La mise en valeur des stations balnéaires 

5. La relève des monographies pour les stations thermales 

6. L’attrait non démenti des châteaux royaux aux environs de Paris

7. Les monographies pour l’étranger : des guides opportunistes ?

III. Une collection novatrice et astucieuse 

1. Quelle géographie les monographies dessinent-elles ? 

2. Un modèle nouveau ou une copie de guides concurrents ? 

3. Une curieuse monographie source de confusion

Chapitre XIII. — Les guides illustrés et les guides pour automobilistes. Un élan brisé par la Première Guerre mondiale

I. Des guides illustrés pour de nouveaux touristes

1. La visite des villes : une approche simplifiée ?

2. Les guides de la villégiature par excellence

II. Le nouveau marché des guides pour les automobilistes

1. Les road books des châteaux de la Loire

2. La Route par l’image

3. Sur route 

4. L’Algérie et la Tunisie en automobile

Chapitre XIV. — Le devenir des guides Joanne. Les guides Bleus alliés aux Blue Guides

I. 1914-1918 : les guides dans la guerre

1. Les guides Joanne pendant la guerre : nouveautés et mises à jour

2. Un effort de guerre méconnu : les guides Plumon 

II. 1919 : l’année charnière

1. Les guides pour les alliés : Joanne Brief Guides 

2. Des parutions militantes ?

3. La (re)création des guides Diamant en 1919 

III. 1919 : la guerre des guides et la victoire des alliés sous la bannière bleue

1. La naissance des guides Bleus 

2. Vaincre Baedeker à deux puis à trois

3. La France en quatre volumes : l’influence de Baedeker ?

4. Les titres édités en commun

IV. Quel fut l’impact de la guerre sur le tourisme ?

1. Pendant la guerre

2. Après la guerre 

3. Une alliance pour l’avenir

Conclusion. — Un espace géographique sans frontière créé par les guides et régi par les transports

I. Une nouvelle manière de voyager

II. Voyager librement en Europe

III. Évoluer pour séduire des publics différents 

IV. La tentation de l’automobile

Références

Sources : archives 

Sources : guides de voyage et publications contemporaines 

Bibliographie

Index thématique

Index des noms de personnes 

Index géographique

Planches 

Tableaux