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Écritures de vie, figurations du moi et humanités numériques critiques (Aveiro, Portugal)

Écritures de vie, figurations du moi et humanités numériques critiques (Aveiro, Portugal)

Publié le par Marc Escola (Source : Maria Eugénia Pereira)

Congrès International « Écritures de vie, figurations du moi et humanités numériques critiques » 

Sala de Atos - Université d’Aveiro, Portugal 

19 et 20 novembre 2026

Au cours des dernières décennies, les écritures de vie et les diverses figurations du moi (de l’autobiographie canonique aux récits hybrides entre fiction et non-fiction, en passant par les journaux, les témoignages, les autoethnographies, les récits graphiques et les formes numériques) se sont imposées comme l’un des domaines les plus dynamiques des études littéraires. Dans le prolongement de ce mouvement, l’attention portée aux dimensions d’hybridité, de créativité et de transgression qui traversent les manières de dire « je », les négociations identitaires et les modalités d’inscription du sujet s’est intensifiée dans des contextes marqués par des inégalités de genre, de classe, de race, de sexualité et de localisation géopolitique.

Des travaux de référence, tels que ceux de Sidonie Smith et Julia Watson (2010, 2017, 2024), ont contribué à systématiser ce champ en proposant des catégories permettant de penser les récits de vie comme des actes autobiographiques situés et performatifs. Dans une autre étude, Alain Milon suggère en outre que, si l’écriture peut se concevoir comme un accueil de soi à soi (sur soi, pour soi et par soi), elle peut également devenir un espace d’ouverture à un autre que soi (2005, p. 17). Des essais tels que Witnessing Girlhood. Toward an Intersectional Tradition of Life Writing (Gilmore & Marshall, 2019) montrent également que la figure de la jeune fille témoin constitue un lieu privilégié de dénonciation des injustices structurelles et d’exigence d’une réponse éthique, inscrivant l’écriture du « je » dans un horizon plus large de responsabilité politique et de justice sociale.

Dans le champ des écritures de vie consacrées à l’enfance et à la jeunesse (et, dans certains cas, en dialogue avec des formats et des publics jeunesse), la critique a souligné que les rapports de pouvoir entre adultes et sujets jeunes (qu’ils soient destinataires, objets de représentation ou agents de l’énonciation) produisent des modalités spécifiques de voix, d’autorité et de subjectivité (Nikolajeva, 2009 ; Shavit, 1986). Même lorsque l’écriture ne se présente pas comme une autobiographie au sens strict, la récurrence de formes diaristiques et d’une énonciation à la première personne (incluant des dispositifs de remémoration, d’archivage et de jeu autobiographique) met en évidence que l’enfance et la jeunesse sont fréquemment construites comme des scènes privilégiées de constitution du « je » et de négociation avec des régimes sociaux de normativité (Cardell, 2014 ; Barnett, 2013 ; Poletti, 2013 ; Douglas, 2022).

Les écritures de vie et les écritures du « je » s’inscrivent simultanément dans des champs littéraires nationaux et transnationaux, marqués par des rapports de pouvoir inégaux. La théorie du champ de Pierre Bourdieu permet d’appréhender la production, la circulation et la réception des textes comme des effets de positions différenciées au sein de structures de consécration et de légitimation (Bourdieu, 1993). Pascale Casanova, dans La République mondiale des lettres, montre comment la circulation mondiale de la littérature s’organise autour de hiérarchies linguistiques et géopolitiques, définissant des centres et des périphéries littéraires et conditionnant la visibilité des auteurs et des œuvres (Casanova, 1999). Sur le plan de la critique, Rita Felski problématise la prédominance d’une herméneutique du soupçon, en soulignant la nécessité de diversifier les modes de relation aux textes, notamment au moyen de formes de lecture articulant affect, reconnaissance et usage social (Felski, 2015).

Le tournant numérique a introduit de nouvelles méthodologies et de nouveaux défis. La proposition de lecture distante (distant reading) de Franco Moretti (2013) reconfigure les échelles de l’analyse littéraire, en articulant de vastes corpus et des visualisations afin de décrire l’évolution des genres et des systèmes littéraires. Parallèlement, la consolidation des humanités numériques (digital humanities) s’est accompagnée de débats soulignant la diversité des pratiques et l’importance des infrastructures, comme en témoigne le volume collectif Debates in the Digital Humanities 2019, dirigé par Gold et Klein (2019), ainsi que de mises en garde quant aux risques de reproduire des inégalités par le biais des données et des algorithmes, formulées de manière particulièrement incisive par Risam (2018). La proposition de Catherine D’Ignazio et Lauren Klein d’un féminisme des données intersectionnel (data feminism) met précisément l’accent sur les rapports entre données, pouvoir, genre et justice sociale (D’Ignazio & Klein, 2020).

Ces transformations s’articulent avec l’émergence d’une « culture algorithmique », dans laquelle les systèmes de recommandation, les moteurs de recherche et les plateformes numériques conditionnent l’accès à l’information et à la culture (Striphas, 2015). L’expansion récente de l’intelligence artificielle (IA) générative intensifie ce paysage, en ouvrant un débat sur l’auctorialité, la créativité et la valeur littéraire de textes produits avec, par ou pour des algorithmes (Colella, 2025 ; Danesi, 2025 ; Shukla & Singh, 2025). Des questions telles que : Qui (ou quoi) écrit ? Comment le pacte de lecture se redéfinit-il ? De quelle manière le travail d’écriture est-il redistribué entre humains et machines ? gagnent une place centrale dans les débats contemporains sur la littérature et la technologie.

À partir de ces horizons, le congrès « Écritures de vie, figurations du moi et humanités numériques critiques » propose :

  • de discuter des formes contemporaines des écritures de vie et du « je » dans différentes traditions et différents genres littéraires ;
  • d’analyser les figurations du sujet en transit (entre langues, genres, âges, espaces postcoloniaux et dispositifs numériques) ;
  • d’explorer l’inscription de ces écritures dans le champ littéraire et au sein des industries culturelles ;
  • de réfléchir de manière critique aux méthodologies numériques ainsi qu’à l’impact de l’IA sur la production, la médiation et la lecture des textes littéraires.

Axes thématiques

Les propositions doivent s’inscrire dans au moins l’un des axes suivants (un axe secondaire peut être indiqué, le cas échéant).

Axe 1 - Écritures de vie, figurations du moi et poétiques de l’hybridité

Cet axe privilégie des approches théoriques et d’analyse textuelle des écritures de vie et des figurations du moi dans la littérature contemporaine, en mettant l’accent sur les poétiques de l’hybridité, la créativité formelle et la transgression des frontières génériques. Les thématiques suivantes peuvent notamment être abordées :

  • redéfinitions des « écritures de vie » et des « récits de vie » dans la théorie contemporaine ;
  • autofiction et zones d’indiscernabilité entre autobiographie, roman et essai ;
  • écritures de vie multimodales : autobiographies graphiques, photobiographies, romans sous forme de journal, projets articulant texte, image et son ;
  • stratégies de montage, de collage et de fragmentation, ainsi que le recours à des archives personnelles et familiales ;
  • rapports entre hybridité formelle, expérimentation esthétique et remise en question de catégories telles que l’auteur, le sujet, le témoignage et l’archive.

Axe 2 - Écritures de vie, champ littéraire, industries culturelles et culture de masse

Cet axe accueille des travaux abordant les écritures de vie et les écritures du « je » en tant que pratiques inscrites dans des champs littéraires nationaux et transnationaux, traversés par les industries culturelles et par les logiques de la culture de masse. Parmi les thématiques possibles :

  • les écritures de vie et le capital symbolique : consécration, marginalisation et hiérarchies de valeur dans le champ littéraire ;
  • la « République mondiale des lettres » et la circulation des écritures de vie entre centres et périphéries linguistiques ;
  • les marchés de l’autobiographie et de l’autofiction : mémoires de personnalités publiques, récits de traumatisme, de scandale et de célébrité ; régimes de vérité, marketing et spectacularisation du privé ;
  • les relations entre littérature, cinéma, télévision, plateformes de streaming, podcasts, bande dessinée et jeux vidéo narratifs ; adaptations des écritures de vie et du « je » dans des écosystèmes transmédiatiques ;
  • les tensions entre des projets d’auteur indépendants ou expérimentaux et des logiques industrielles de visibilité, de sérialisation et de « marques d’auteur ».

Axe 3 - Humanités numériques critiques, données et IA dans les écritures de vie

Cet axe accueille des propositions mobilisant des outils, des méthodes ou des cadres issus des humanités numériques, et interrogeant de manière critique la médiation algorithmique et l’intelligence artificielle dans la littérature contemporaine. Les thématiques proposées incluent :

  • la lecture distante (distant reading), l’analyse de réseaux et d’autres approches computationnelles appliquées à des corpus d’écritures de vie ;
  • les archives numériques de lettres, journaux, témoignages, blogs et réseaux sociaux, envisagées à partir de perspectives postcoloniales et intersectionnelles ;
  • les débats en humanités numériques autour des méthodologies mixtes, des infrastructures, de la politique des données et des inégalités épistémiques ;
  • la culture algorithmique et les régimes de visibilité littéraire dans les moteurs de recherche, plateformes de vente, classements et systèmes de recommandation ;
  • l’IA générative et l’auctorialité littéraire : textes coécrits avec l’IA, simulation de styles, narrateurs non humains et reconfiguration de la figure de l’auteur ; propositions théoriques et études de cas sur l’« auctorialité algorithmique ».

Axe 4 - Éthiques de la mémoire, de l’archive et de l’auctorialité à l’ère numérique

Cet axe propose une réflexion élargie sur les implications éthiques et politiques des écritures de vie, en articulant les enjeux de mémoire, de témoignage, d’archive et d’auctorialité avec les défis posés par les technologies numériques. Les thématiques envisagées sont notamment :

  • les pactes autobiographiques, les régimes de vérité et falsification dans les récits de vie, y compris les fausses mémoires et les controverses autour de l’authenticité auctoriale ;
  • les écritures de vie en contextes de violence politique, de guerre, de migration forcée, de dictature et de justice transitionnelle ; articulations entre traumatisme, récit et histoire ;
  • les politiques de l’archive (personnelle, familiale, communautaire, institutionnelle, numérique) : critères de sélection, de visibilité et d’oubli ; archives de vie dans une perspective postcoloniale et intersectionnelle ;
  • l’intimité, l’exposition et le consentement dans l’édition et la circulation de journaux, de lettres et de biographies réelles ou fictionnalisées, y compris dans des cas impliquant des enfants et des jeunes ;
  • les questions d’auctorialité, de travail et de reconnaissance dans le contexte de l’IA générative et de la culture algorithmique, y compris les débats sur la responsabilité auctoriale et la crédibilité de textes partiellement automatisés.

Bibliographie

Barnett, T. (2013). “Reading saved me”: Writing autobiographically about transformative reading experiences in childhood. Prose Studies, 35(1), 84-96. https://doi.org/10.1080/01440357.2013.781413

Bourdieu, P. (1993). The field of cultural production: Essays on art and literature. Columbia University Press. 

Cardell, K. (2014). Dear World: Contemporary Uses of the Diary. University of Wisconsin Press.

Cardell, K., & Douglas, K. (Eds.). (2015). Telling tales: Autobiographies of childhood and youth. Routledge.

Cardell, K., & Douglas, K. (2013). Telling tales: Autobiographies of childhood and youth. Prose Studies, 35(1), 1-6. https://doi.org/10.1080/01440357.2013.781340

Caruth, C. (2016). Unclaimed experience: Trauma, narrative, and history (20th anniversary ed.). Johns Hopkins University Press. 

Casanova, P. (1999). La République Mondiale des lettres. Seuil 

Colella, S. (2025). “The language of the digital air”: AI-generated literature and the performance of authorship. Humanities, 14(8), 164. https://doi.org/10.3390/h14080164

Danesi, M. (2025). AI-generated literature: Whither literary creativity? In P. Hacker (Ed.), Oxford intersections: AI in society. Oxford University Press. 

Douglas, K. (2022). Children and biography: Reading and writing life stories. Bloomsbury Academic. 

D’Ignazio, C., & Klein, L. F. (2020). Data feminism. MIT Press. 

Felski, R. (2015). The limits of critique. University of Chicago Press. 

Gilmore, L., & Marshall, E. (2019). Witnessing girlhood: Toward an intersectional tradition of life writing. Fordham University Press. 

Gold, M. K., & Klein, L. F. (Eds.). (2019). Debates in the digital humanities 2019. University of Minnesota Press. 

Lynch, C. (2013). Ante-autobiography and the archive of childhood. Prose Studies, 35(1), 97-112. https://doi.org/10.1080/01440357.2013.781414

Milon, A. (2005). L’Écriture de soi. Ce lointain intérieur. Encre marine.

Moretti, F. (2013). Distant reading. Verso. 

Nikolajeva, M. (2009). Power, voice and subjectivity in literature for young readers. Routledge. https://doi.org/10.4324/9780203866924

Poletti, A. (2013). Autobiography and play: “A conversation with my 12 year old self”. Prose Studies, 35(1), 113-123. https://doi.org/10.1080/01440357.2013.781415

Risam, R. (2018). New digital worlds: Postcolonial digital humanities in theory, praxis, and pedagogy. Northwestern University Press. 

Shavit, Z. (1986). Poetics of children’s literature. The University of Georgia Press. 

Shukla, A. K., & Singh, N. K. (2025). Algorithmic authorship: AI and the changing nature of literary creation. International Journal of Research in English, 7(2), 425-430. 

Smith, S., & Watson, J. (2024). Reading autobiography now: An updated guide for interpreting life narratives (3rd ed.). University of Minnesota Press. 

Smith, S., & Watson, J. (2017). Life writing in the long run: A Smith & Watson autobiography studies reader. Maize Books. 

Smith, S., & Watson, J. (2010). Reading autobiography: A guide for interpreting life narratives. University of Minnesota Press. 

Striphas, T. (2015). Algorithmic culture. European Journal of Cultural Studies, 18 (4-5), 395-412.

Dates importantes

  • Soumission des propositions de communication/panel : jusqu’au 30 avril 2026
  • Notification d’acceptation : au plus tard le 31 mai 2026
  • 1ère phase d’inscription : du 1er au 15 juin 2026
  • 2ème phase d’inscription : du 16 au 30 juin 2026
  • Divulgation du programme provisoire : 19 octobre 2026.

Tenue du congrès

19 et 20 novembre 2026

Soumission des propositions

Les propositions de participation devront être soumises au format électronique à l’adresse suivante : dlc-escritasdevida@ua.pt

Chaque proposition doit inclure :

  • Titre de la communication
  • Nom du/de la ou des candidat·e·s
  • Affiliation et adresse électronique de contact
  • Indication de l’axe thématique
  • Résumé (entre 200 et 300 mots)
  • Cinq mots-clés
  • Notice biographique du/de la ou des candidat·e·s (max. 100 mots) 

Langues

Les propositions de communication peuvent être soumises en portugais, en espagnol, en français ou en anglais.

Les communications peuvent être présentées dans l’une de ces langues, quelle que soit la langue du résumé.

Modalité de participation

Le congrès se déroulera en présentiel.

Frais d'inscription

  • Membres de l’UA: gratuit
  • Doctorant·e·s: 50 €
  • Participant·e·s avec communication : 80 € (jusqu’au 15 juin) / 100 € (jusqu’au 30 juin) 
  • Participant·e·s sans communication (avec attestation de présence) : 20 €

Des attestations de présentation et des attestations de participation seront délivrées.

Coordonnées pour le paiement

Universidade de Aveiro

Numéro d’Identification Fiscale: 501461108

IBAN: PT50 0035 0836 00001785230 70

BIC SWIFT: CGDIPTPL 

Le justificatif de paiement devra être envoyé à l’adresse électronique suivante : dlc-escritasdevida@ua.pt

Publication

La publication d’une sélection de textes présentés lors du congrès est envisagée selon les modalités suivantes :

  • Cahier des résumés, au format numérique, avec ISBN/ISSN ;
  • E-book en accès ouvert, soumis à une évaluation scientifique (peer review), comprenant une sélection de textes issus des communications présentées.

Les consignes de soumission des textes intégraux seront communiquées après le congrès.

Contacts

Pour toute question ou information complémentaire :

Maria Eugénia Pereira

Márcia Neves

Maria João Lopes

Sofia Ribeiro

courriel: dlc-escritasdevida@ua.pt

Comité d’organisation
Andreia Oliveira, Andreia Salgueiro Varela, Carina Rodrigues, Filipe Senos, Márcia Neves, Maria Eugénia Pereira, Maria João Lopes, Sofia Ribeiro

Ce congrès international est financé par des fonds nationaux, par l’intermédiaire de la Fundação para a Ciência e a Tecnologia, I.P. (FCT, I.P.), dans le cadre du projet UID/4188/2025, identifié par le DOI