Édition de Guillaume Fau, Gérard Nguyen Van Khan et Briec Philippon.
Histoires de Samora Mâchel n’est pas un livre comme les autres. C’est un volume légendaire annoncé dès les années 1980, toujours retardé par Pierre Guyotat qui ne cessa jamais d’y travailler. Les artistes si nombreux qui l’admirent en avaient vu des fragments publiés ici et là, ils avaient entendu son auteur en parler dans des entretiens. Et pourtant, rien ne sortait. Pierre Guyotat, ce moderne radical héritier de Rimbaud, continuait son aventure dans la langue, ce français qui rassemble tous les français dont il est l’instigateur, et Histoires de Samora Mâchel demeurait invisible.
C’est un grand massif de la modernité française qui se révèle aujourd’hui. Personne ne s’attendait à découvrir un inédit d’une telle ampleur ni d’une telle qualité. Partant de Samora Mâchel, le révolutionnaire du Mozambique, Pierre Guyotat en faisait une de ses créatures, les putains, mêlant réalité, monde parallèle, figure de l’oppression et ambition dans la langue. Il donnait à voir un théâtre à vivre en soi, en lecture intime.
Dans une époque où nous pensons que l’histoire est de nouveau en marche, vers le lire, où nous avons donc besoin d’un élan moderne, lire Pierre Guyotat, lire Histoires de Samora Mâchel, c’est faire confiance à la poésie de la langue, renouer avec une aventure intérieure où nous nous ouvrons aux figures des autres mondes, de notre monde, auquel Pierre Guyotat donne naissance.