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Appels à contributions
Clément Rosset (Revue Alkemie, n° 39)

Clément Rosset (Revue Alkemie, n° 39)

Publié le par Marc Escola (Source : Aurélien Demars)

CLÉMENT ROSSET

Appel à contribution pour le numéro 39 d’Alkemie

Revue semestrielle de littérature et philosophie

Clément Rosset semble avoir très tôt saisi – en découvrant les œuvres d’Arthur Schopenhauer, Blaise Pascal, Michel de Montaigne, et bientôt celle de Lucrèce, ou celle de Friedrich Nietzsche – que le philosophe et l’artiste obéissent au même mobile, au sens où on parle du mobile d’un crime dans une investigation policière. Ils partagent inévitablement leurs jouets et leurs cuivres habituels : les mots. De même que, pour forcer une serrure, le cambrioleur sort de sa trousse les ustensiles du serrurier, de même, plus souvent qu’on ne le croit, le philosophe commet l’effraction et l’artiste procède à la réouverture ou à la constatation des dégâts, des larcins, à l’évaluation du pedigree du visiteur. Ce fut largement le cas des penseurs évoqués plus haut, c’est le cas de Clément Rosset lui-même, dont les intuitions – le tragique, puis le double – ont travaillé les artistes, ou le simple quidam lettré, bien avant les universitaires.

Tout comme le poète, ou même comme l’auteur d’intrigues policières, le philosophe instruit des crimes imaginaires, mais si bien taillés dans l’étoffe du crime réel – crime parfait que de naître, crime encore plus parfait que de vivre (Rosset) – qu’on ne sait jamais dire, du récit et du commentaire philosophiques, lequel en divertit et lequel en instruit. Voyez Platon et son fameux parricide, Platon dont on ne doit pas simplement dire que sa philosophie et ses dialogues sont indissociables, mais bien qu’ils sont indiscernables. Le philosophe, lui aussi, consacre sa vie au problème de l’existence (Schopenhauer), ou plutôt au fait de l’existence, au fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien. Simplement – et on pourrait là encore poursuivre le parallèle avec les artistes – certains philosophes se voient toucher à un réel extérieur à l’existence, et néanmoins censé l’éclairer comme de l’intérieur, tandis que d’autres esprits, pourtant eux-mêmes géomètres accomplis, en voient les principes autour d’eux, au milieu de nous tous (Pascal). La philosophie du tragique de Clément Rosset appartient, on le sait, à cette seconde famille de philosophes pour qui le réel est suffisant, parfait. Et comme Nietzsche, Rosset entendait dans une certaine musique, qu’elle soit savante (Ravel, Mozart, Offenbach) ou populaire (la Jota majorquine), l’adhésion inconditionnelle à l’existence dont il ferait sa philosophie.

On peut sans doute invoquer là, et dans une certaine mesure à juste titre, une sorte de déformation professionnelle consistant, pour un philosophe mélomane, à entendre dans la musique une philosophie sans mots. Mais Clément Rosset commet bien plutôt la gageure inverse de dire avec des mots – et en l’occurrence avec des raisonnements et des investigations philosophiques – ce que toute musique dit de sa réalité, de sa vie, de son fait. On doit donc plutôt parler d’un philosophe musicien, à propos de Rosset, en premier lieu parce que l’intuition qui serait son pari et sa méthode philosophiques – à la fois son chemin, sa matière et sa manière – est d’abord une intuition musicale, la révélation musicale du fait de l’existence – singulière et, sans explication, expliquant tout –, à l’écoute du Boléro de Javel (Rosset avait alors cinq ou six ans et ne savait pas encore bien prononcer les noms). L’objet musical, insolite, à la fois familier et déconcertant, lui offrira beaucoup plus tard, avec l’intuition du double (à l’écoute de la présentation, à la radio, de l’argument de l’opéra Œdipe de Georges Enesco, sur un livret d’Edmond Fleg), d’examiner le fait de l’existence, son énigmatique singularité, sous l’éclairage d’un unique problème philosophique : celui de la joie péremptoire éprouvée à exister, joie indifférente à l’irréel (au double), mais également à tous les arguments « taillant en pièces l’amour de la vie », arguments qu’une sensibilité lucide ne peut manquer de se présenter.

Les écrits philosophiques de Rosset oscillent ainsi entre la musique de ses mots (sa philosophie) et la philosophie « sans mot » de la musique. Ces deux musiques n’en font évidemment qu’une, et cela ne peut être étranger au fait que certains lisent ses abrégés de philosophie comme on écoute des pièces musicales : pour le simple plaisir de la coïncidence avec l’existence et avec soi-même (et celui de la cogitation, par la même occasion). Rosset, tragique d’instinct, est tout autant un Ravel, ou un Mozart de la philosophie, qu’un Spinoza mettant ses pas dans les empreintes de ceux du divin Lucrèce, ou encore dans celles de Parménide. Ce côté musical explique sans doute aussi le fait qu’on oscille le plus souvent soi-même, à sa lecture, entre deux impressions dont aucune ne veut céder l’exclusivité à l’autre, comme dans la bucolique fable de Tchouang Tseu : l’impression de se réveiller philosophe, au détour d’une cogitation, d’une anecdote ou d’un argument de Rosset, comme d’un songe où l’on viendrait de mener la vie éphémère d’un artiste (d’un papillon, d’un musicien-danseur), mais sans pouvoir totalement se déprendre de l’impression d’être bien plutôt, à présent, un artiste (un papillon) se rêvant philosophe.

Voilà bien le pire que nous pouvons nous souhaiter en pratiquant, en guise d’hommage et pour présenter la philosophie de Clément Rosset, les registres d’écriture dans lesquels il était passé maître : l’essai, l’aphorisme, la dissertation, le récit, le portrait philosophique, la fable ou autre traité miniature et buissonnier. – Stéphane Prat

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