Cultures POP au(x) présent(s). Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques 2027 (Bruxelles & Namur)
Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques, troisième édition – CPM 2027
Cultures POP au(x) présent(s)
Dates: 17 au 19 mars 2027
Lieux: KBR et Université de Namur (Belgique)
Échéance des propositions : 31 mai 2026
Texte de l’appel
Les Assises CPM 2027 sont organisées par l’Association internationale pour la recherche en Littératures Populaires et Cultures Médiatiques (LPCM). Fondée en 2011 (à la suite de la Coordination Internationale des Chercheurs en Littératures Populaires et Culture Médiatique qui avait été lancée en 1997), la LPCM a pour but d’étudier, dans une perspective résolument pluridisciplinaire et intermédiale, les formes des cultures médiatiques, les pratiques qu’elles ont favorisées et les imaginaires qu’elles ont suscités dans les époques moderne et contemporaine. Depuis sa création, l’Association a fédéré des initiatives interdisciplinaires variées permettant une saisie problématisée des objets produits et diffusés par les industries culturelles et circulant dans l’espace public depuis l’avènement du roman-feuilleton.
Les Assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques constituent un événement scientifique récurrent et centralisateur, visant à réunir les chercheur·ses spécialisé·es dans l’analyse des cultures populaires et médiatiques, quels que soient leurs ancrages disciplinaires (littérature, sciences de l’information et de la communication, sociologie, histoire, économie, musicologie, humanités numériques…) et leurs objets d’études (littérature, bandes dessinées, littérature jeunesse, cinéma, séries télévisées, productions transmédiatiques, musique, jeux vidéo, jeux, figurines, images…). Si, en 2018, les Assises CPM ont tenté de réaliser un état des lieux des recherches qui ont contribué à construire ce domaine d’études, l’édition de 2023 a, pour sa part, choisi d’interroger l’avenir des cultures populaires et médiatiques : en étudiant l’évolution de leurs récits, de leurs institutions, mais aussi des outils, perspectives et concepts qui servent à les éclairer.
Après ces détours par le passé et l’avenir, en 2027, l’événement ramènera le regard vers le présent : quelle est l’actualité ou la pertinence des études sur les cultures populaires et médiatiques dans la société contemporaine ? Quelles sont les approches disciplinaires ou les bricolages méthodologiques en cours de développement ou de structuration dans ces recherches et autour de ces enjeux ? Quel rapport au temps ce domaine culturel convoque-t-il et configure-t-il (par ses pratiques et usages, ses contenus, sa culture matérielle) ?
En effet, si les cultures populaires et médiatiques (CPM) nous invitent à penser les enjeux sociaux contemporains, elles contribuent également à former nos expériences du présent, à modeler et à rythmer notre rapport au temps. Le développement des cultures sérielles et de la forme médiatique du feuilleton s’est, par exemple, adossé à une expérience de synchronisation et de simultanéité nécessaire à la construction de « communautés imaginées » (Anderson, 2006). Souvent associées à l’actualité, à l’éphémère, à l’obsolescence ou à l’instantanéité, les CPM sont ainsi régulièrement perçues comme se vivant au jour le jour plutôt que comme des cultures de la durée et de la transmission dans le temps long. De l’expérience collective que peut former la sortie hebdomadaire d’un nouvel épisode à des pratiques de livestreaming, les cultures populaires et médiatiques articulent un rapport à l’actualité et à un temps synchronisé. Les Assises CPM 2027 invitent ainsi à interroger les temporalités spécifiques aux cultures médiatiques, notamment leurs rapports au présent, voire au présentisme (Hartog, 2003). À l’heure du 24/7 (Crary, 2014), on pourra questionner le rôle qu’ont joué les cultures populaires et médiatiques dans de nouveaux partages temporels, dans des phénomènes d’accélération, de transformations technologiques du rapport au temps, et autres.
Parallèlement, ces interrogations n’excluent en rien les perspectives historiques et l’étude d’objets anciens : au contraire, elles peuvent servir de prisme pour considérer les éclairages mutuels entre passé et présent. Comment les productions actuelles peuvent-elles contribuer à la compréhension des productions éloignées dans le temps et éclairer rétroactivement des phénomènes passés, comme l’envisage l’archéologie des médias ? Et, en retour, comment ces pratiques et objets culturels du passé peuvent-ils nous renseigner sur le monde contemporain ? Plus largement, comment la notion-même de “présent” se décline-t-elle à travers les époques, les aires géographiques, les sphères culturelles ? Le rapport au présent et à la temporalité ne se vit pas nécessairement de la même manière dans ces différents contextes. À ce titre, les Assises CPM 2027 accorderont une attention particulière aux propositions manifestant une ouverture vers les cultures minorisées ou invisibilisées.
Les communications sont invitées à s’emparer des thématiques et questions problématisées dans les quatre axes ci-dessous – en tirant parti de leurs ancrages disciplinaires ou culturels spécifiques et sans exclure d’autres thèmes possibles:
Axe 1 : Actualités et présents des cultures médiatiques d’hier et d’aujourd’hui
Axe 2 : Matérialités des cultures médiatiques : supports, objets, dispositifs
Axe 3 : Bricolage méthodologique en cultures populaires et médiatiques
Axe 4 : Démarches créatives.
- Actualités et présents des cultures médiatiques d’hier et d’aujourd’hui
Attentifs aux rapports de domination, à la construction et à la production des modèles et des normes – en somme, aux imaginaires sociaux –, nombre de travaux se sont penchés sur les cultures médiatiques comme l’un des principaux espaces pour penser le présent (Jameson, 2005). Si, pendant longtemps, le versant anglophone a dominé ce champ, notamment avec les Cultural Studies (Hall, 1982 ; Gilroy, 1987 ; Pasquier, 2005 ; Lauretis, 2007), ces théories ont également eu leur pendant francophone, forgé à partir et en parallèle de ces concepts. L’approche de la Coordination Internationale des Chercheurs en Littératures Populaires et Culture Médiatique – qui a servi de fondation à la création de la LPCM – témoigne également de ces préoccupations, en particulier en matière littéraire, mais sans s’y restreindre (Migozzi, 2000). Riche de ces multiples contributions, cet axe de recherche invite donc à considérer les cultures populaires comme des dispositifs critiques et réflexifs, permettant de penser le contemporain (dans une perspective élargie aux XIXe-XXIe siècles), suivant trois interrogations principales.
Il pourra s’agir d’actualiser des questionnements sociopolitiques portant sur les cultures populaires, en s’intéressant notamment aux imaginaires sociaux qu’elles contribuent à produire et à normaliser. En effet, les cultures populaires représentent un formidable laboratoire pour imaginer d’autres possibles (Langlet, 2021), autant qu’un terrain d’observation privilégié des systèmes de domination (Besson, 2021). Cette mise en scène des rapports sociaux peut alors être abordée à l’aune des processus historiques de (dé)colonisation, mais aussi du contexte politique et économique contemporain néolibéral (Connell, 2021). Dans ce cadre, l’étude de l’imbrication des rapports de pouvoir offre depuis plusieurs décennies aux études culturelles de nouvelles potentialités d’interprétation à la lumière du concept « d’intersectionnalité » (Crenshaw, 2021 [1989]). Issu du Black Feminism, il envisage l’articulation des oppressions de genre, de « race » et de classe au service d’une compréhension plus fine des dynamiques sociales et invite à « décoloniser le féminisme » (Bacchetta, 2015). Les études décoloniales et intersectionnelles sont dès lors investies afin d’analyser, pour illustrer, les résistances à « l’hégémonie culturelle » (hooks, 1992 ; 1994), le concept de postmigration dans la littérature et la musique (Coste et Kopf, 2025), les processus médiatiques de hiérarchisation et de légitimation différenciées du rap (Dalibert, 2020 ; Djavadzadeh, 2021), le racisme au sein des jeux vidéo (Derfoufi, 2021) ou encore l’hégémonie de la blanchité dans les productions cinématographiques et audiovisuelles (Cervulle, 2013). D’autres approches comme le queer (Bourcier, 2008 ; Cervulle et Quemener, 2021 ; De Lauretis, 2007 [1997]) ou les analyses écocritiques mêlant littérature et environnement (Chiari, 2024 ; Posthumus, 2017) s’avèrent enfin autant de pistes d’analyse fructueuses pour penser le social et l’environnement au sein des cultures populaires et médiatiques présentes et passées. Outre cette double réflexion portant autant sur la manière dont les questionnements contemporains permettent de revisiter les cultures médiatiques passées que sur la manière dont ces dernières ont pu être comprises et analysées lors de leur diffusion, c’est-à-dire dans leur propre « présent », il conviendra aussi de s’interroger sur les objets étudiés dans le cadre des cultures médiatiques, et sur la sous-représentation, à la LPCM, de ceux créés par et pour les personnes racisées : des travaux sur le bollywood (Azevedo, 2018), le nollywood, la SF africaine (Mangeon, 2022), la sape congolaise, les films de ninja camerounais (Leroux, 2021) ou le rap, parmi d’autres, sont attendus.
À l’aune des tensions idéologiques et de la culture de crise contemporaine dont on ne peut faire l’économie, cette force des cultures médiatiques pourra également amener à s’interroger sur les questions de censure. Traversées depuis leurs débuts par ces processus – tels qu’ils peuvent s’exprimer strictement dans les régimes autoritaires, mais aussi par les phénomènes d’autocensure, dont le « code Hayes » a pu être un des plus grands exemples (Caïra, 2005) –, les industries culturelles voient se renouveler les controverses et les représailles, tant de la part des publics que de leurs commanditaires. Il s’agit ici de s’interroger sur la permanence et le renouvellement de ces phénomènes, la restructuration de la bataille culturelle à l’aune des investissements des conservateurs, réactionnaires, voire techno-fascistes, dans les industries culturelles et créatives et leurs effets sur les créateur·ices. À ce titre, il est aussi question d’être attentifs aux phénomènes de contournements et de jeux avec la censure, à l’image des grandes heures de la science-fiction. Enfin, le renouvellement des questionnements et l’attention à la configuration des tensions idéologiques inhérentes aux cultures médiatiques appellent nécessairement à prendre en compte les nouveaux processus de création, en questionnant notamment leur rapport aux nouvelles technologies. En contexte d’algorithmisation et de plateformisation de la culture (Bullich, 2021), mais aussi de dépendance aux « indicateurs » construisant autant d’artefacts du « public » et de ses « attentes » qu’il faudrait ensuite honorer (Bullich, 2016), les cultures médiatiques sont aujourd’hui traversées par un ensemble de débats portant sur le geste créatif dont on retrouve, pour certains, des origines dès les débuts de la culture de masse au début du XIXe siècle (Kalifa, 2001). L’Intelligence Artificielle Générative et/ou Agentique pourra être spécifiquement appréhendée à l’aune des transmutations des cultures médiatiques qu’elle permet et produit, notamment dans le cadre de l’incarnation (voix, visages, corps) des récits et de ses incidences en matière sociale et écologique.
- Matérialités des cultures médiatiques : supports, objets, dispositifs
Sous l’impulsion de la « poétique historique du support » appelée de ses vœux par Marie-Ève Thérenty (2009), cet axe s’intéressera aux formes matérielles des médias et à la manière dont elles affectent l’expérience des publics. Dans cette perspective, il s’agira d’envisager les productions culturelles comme objets et comme pratiques, et de déplier les intrications, dans leur conception aussi bien que dans leur consommation, des usages narratifs, ludiques, esthétiques et commerciaux.
Comme l’archéologie des médias (Parikka, 2018 [2012]) s’attache à le montrer, les machines et appareils (lanternes magiques, postes de radios, caméras, téléviseurs, photocopieuses, magnétoscopes, ordinateurs, imprimantes, smartphones…) s’articulent à des usages socioculturels, formant ainsi des dispositifs qui cristallisent des modes d’énonciation, de présentation et de consommation (Fevry, 2022). À revers d’une conception téléologique de l’histoire médiatique, Gaudreault et Marion (2006, 2021) privilégient une approche intégrative, sensible à la « friction » entre nouveaux médias et médias préexistants. Celle-ci pourra être appliquée aussi bien aux médias anciens – voire oubliés – qui ont contribué à dessiner le paysage médiatique actuel, qu’aux dispositifs numériques afin de questionner les mutations qu’ils impliquent (hybridations, remédiations, rematérialisations…). Ce questionnement d’ordre historique gagnerait à être complété par un élargissement géographique : les travaux actuels tendent à se concentrer sur les aires occidentales et asiatiques (et plus spécifiquement sur le Japon ou la Corée). Si les pistes de recherches sont loin d’être épuisées de ces côtés du globe, les Assises CPM 2027 pourront également être l’occasion d’interroger les usages et les appropriations des supports et des dispositifs dans d’autres continents et pays, qu’elles concernent une échelle locale ou globale (dans le cas par exemple des industries de divertissement indiennes, turques, nigérianes ou encore mexicaines).
Les industries culturelles ont instauré une continuité entre logiques marchandes et logiques créatives, mise en avant par Matthieu Letourneux, qui plaide pour la « nécessité de réintégrer les cadres économiques et industriels dans la poétique et l’esthétique des œuvres sérielles contemporaines » (2020, §1). Ce mode de fonctionnement jette le trouble sur la frontière entre textes et paratextes : celle-ci ne peut plus simplement être abordée dans le cadre d’une « opposition fonctionnelle entre un coeur narratif et des éléments d’autre nature, par exemple publicitaire » comme l’a relevé Raphaël Baroni (2019, 200). Il pose aussi à nouveaux frais la question des sensibilités esthétiques en régime médiatique et des manières dont les industries culturelles les sollicitent (Böhme, 2001, Ngai, 2012). Suivant cette perspective, il pourra être pertinent d’interroger, par exemple, le statut ancillaire auquel sont généralement associés les produits dérivés (jouets, figurines, vaisselle, objets décoratifs…), qui engrangent pourtant des bénéfices souvent supérieurs aux fictions auxquelles ils se rattachent.
On pourra également se pencher sur la gestion des contraintes de production, de diffusion et de circulation par les acteur·rices impliqué·es dans le champ médiaculturel : les affordances médiatiques seront abordées dans leur dimension concrète, en détaillant les étapes des processus de création, de distribution, et les différents métiers impliqués, qui déploient des savoir-faire et compétences techniques variés (voir Lesage et Suvilay, 2019 pour la bande dessinée). Du côté des consommateur·rices, les pratiques de lecture, de visionnage ou encore d’écoute gagnent à être ressaisies dans leurs dimensions corporelle et sociale, qui combinent fréquentation d’espaces de distribution, mobilisation d’un répertoire de gestes adaptés aux dispositifs et aux formats, postures de réception, réappropriations, etc.
- Bricolage méthodologique en cultures populaires et médiatiques
Cet axe se propose d’explorer les façons dont les chercheur·ses travaillant sur les cultures populaires et médiatiques peuvent être amené·es à investir le bricolage méthodologique au service de leurs recherches. Cette notion de bricolage, héritée de Claude Lévi-Strauss (1962), est loin de désigner un tâtonnement hasardeux au service d’une cohérence méthodologique artificielle. Elle nous invite plutôt à rendre visibles les démarches composites, dans le sens usité par Michel de Certeau (1990 [1980]), et les questionnements bâtis à partir de la confrontation avec les difficultés, mais aussi les potentialités propres aux objets entrant dans le cadre des CPM. Si la notion n’est donc pas nouvelle, elle recouvre des problématiques adaptatives renouvelées comme la mobilisation d’outils interdisciplinaires ou l’archivage des médias, qu’ils soient papiers ou numériques (Lécossais & Quemener, 2018). Ainsi, lors de la conférence plénière des Assises CPM 2023 consacrée aux plaisirs de l’archive, Jan Baetens nous invitait à réfléchir à nos propres pratiques d’archivage de collectionneur·ses. La notion invoque aussi la question de l’inventivité des chercheur·ses artistes, comme dans le cadre de la recherche-création proposant de produire de nouveaux savoirs en imbriquant pratique artistique, science et expérimentation (Glicenstein, 2024). Il s’agit également de s’interroger sur la posture des chercheur·ses fans, ou aca-fans, tel Henry Jenkins (1992), aux prises entre intégration à une communauté de fans et recours à une distance critique (Cristofari & Guitton, 2015). Enfin, l’investissement des chercheur·ses au sein et/ou au service des industries culturelles et créatives, médiatisé d’ailleurs actuellement par le biais du programme Iccare piloté par le CNRS, peut également être abordé. Cet intérêt pour les façons toujours plus renouvelées de faire de la recherche s’inscrit alors dans un courant plus général, à l’heure où les sciences promeuvent les fablabs et la « do-it-yourself biology », ou biologie de garage (Meyer, 2012), et où le biopunk représente une nouvelle manière de pratiquer la science en dehors des universités (Wohlsen, 2011). Si cette notion de bricolage nous invite donc à nous pencher sur des méthodes innovantes d’enquête, elle peut aussi impliquer de (re)découvrir des méthodes de recherche héritées de chercheur·ses d’hier et d’aujourd’hui qui constituent alors autant de « bricolages » éprouvés ayant accédé au statut de solide assise méthodologique pour la recherche actuelle. Cette articulation entre passé et présent peut dès lors nous permettre de comprendre comment les cultures populaires et médiatiques émergentes sont aussi héritières de celles antérieures, comme le démontrent les possibilités d’approches scientifiques communes qu’elles charrient au service de leur appréhension.
Dans ce cadre, nous nous intéresserons donc aux propositions faisant du bricolage un moteur d’innovations méthodologiques originales en cultures populaires et médiatiques anciennes ou contemporaines.
- Démarches créatives
La recherche-création littéraire a une longue histoire aux États-Unis, où les ateliers d’écriture ont pignon sur campus depuis le début du XXe siècle. Il faudra attendre un siècle pour que des masters de création s’ouvrent en France sur le modèle des Master of Fine Arts outre-atlantiques (Houdart-Merot & Mongenot, 2013). Mais, même alors, la fiction dite populaire est sous-représentée par rapport à la littérature générale. Un ouvrage collectif a proposé un état des lieux dans ce second domaine (Houdart-Merot et Petitjean, 2021) – qu’en serait-il dans le premier ? Et en quoi pourrait consister l’avenir d’une telle hybridation ? Que pourrait apporter la recherche-création aux cultures médiatiques ? Et inversement ? Certaines voix se sont élevées contre le risque de formatage, d’amateurisme, voire de charlatanisme encouru par un tel croisement en arts et en lettres (Talon-Hugon, 2021), mais d’autres en ont défendu au contraire les potentialités revitalisantes et subversives, tel Yves Citton dans un article de la revue AOC qui répond aux critiques de Carole Talon-Hugon (Citton, 2024).
Plusieurs pistes d’exploration, non exhaustives, peuvent être envisagées dans ce cadre. Par retournement du stigmate, il serait possible d’assumer les vertus de l’amateurisme, d’autant plus dans un domaine où les fans jouent un rôle central. Les fan studies et les pratiques d’écriture de la fanfiction et du shifting pourraient être à cet égard riches d’enseignement. De manière complémentaire, on peut aussi aller voir du côté des professionnel·les de l’écriture, dans les manuels, essais, témoignages et autres textes ou discours où des auteur·rices, des éditeur·rices et autres acteur·rices engagé·es dans le processus (dont les fans qui sont aussi créateur·rices) parlent de leurs méthodes d’écriture et de création, du worldbuilding, de leur rapport plus ou moins distant au storytelling, aux tropes, clichés et stéréotypes de leurs genres de prédilection. Enfin, les dernières avancées en Intelligences Artificielles Génératives nous conduisent à considérer ce qu’on pourrait appeler de l’écriture assistée par ordinateur (sur le modèle de la MAO). Entre condamnation réactionnaire et technophilie béate, une troisième voie est-elle possible, où l’on écrirait avec l’aide de la machine sans s’y laisser asservir, comme le propose Grégory Chatonsky dans ses textes théoriques et son roman de SF expérimentale Internes ? Là aussi, comme pour les deux pistes précédentes, la question des tropes et d’une écriture plus ou moins stéréotypée (et ici vectorisée) serait centrale.
Formats et modalités de soumission
Les Assises CPM 2027 s’adressent aux chercheur·ses confirmé·es aussi bien qu’aux jeunes chercheur·ses (les contributions des doctorant·es sont les bienvenues). Elles visent à nouer un dialogue épistémologique et méthodologique entre les disciplines et à favoriser la discussion entre des approches issues d’espaces géographiques et culturels différents.
Les sessions viseront avant tout à stimuler l’interdisciplinarité et à s’affranchir des découpages habituels fondés sur l’affiliation disciplinaire, la parenté des corpus ou les proximités institutionnelles. Les propositions devront donc clairement annoncer la méthode utilisée, le corpus étudié et le positionnement théorique du·de la chercheur·se afin que le comité scientifique puisse composer des panels conformes à cette attente et cette exigence d’échanges interdisciplinaires. Les sessions regrouperont trois intervenant·es qui disposeront chacun·e de 20 minutes pour présenter leur contribution. Lors de chaque session, un temps important sera réservé à une discussion interdisciplinaire approfondie, sous la responsabilité d’un·e répondant·e, sollicité·e à l’avance sur la foi de son expertise par le comité scientifique et qui sera chargé·e d’animer ce dialogue.
Il est possible de proposer des communications groupées, mais ce bouquet de contributions devra alors expressément être interdisciplinaire et permettre un travail de croisement entre les objets, les disciplines, les méthodes et les théories.
Une partie des communications fera l’objet de publications.
Les propositions de communication feront un maximum de 300 mots ou 2000 signes et devront se conformer aux éléments de cadrage présentés ci-dessus. Elles devront être accompagnées d’une courte notice biographique des intervenant·e·s. Elles sont à adresser à assisescpm2027@protonmail.com au plus tard pour le 31 mai 2026.
Les participant·es seront tenu·es de s’affilier à la LPCM, dont les frais de cotisation annuelle s’élèvent à 25€ (tarif réduit de 15€ pour les étudiant·es).
Les frais de transport et d’hébergement seront à la charge des participant·es.
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Comité organisateur
Fanny Barnabé (Université de Namur)
Vivien Bessières (Université de Limoges)
Anne Besson (Université d’Artois)
Marie Lucie Bougon (Université Paris Nanterre)
Marion Coste (Sorbonne Université)
Benoît Crucifix (KBR & KU Leuven)
Marine Delliaux (Université de Lille)
Victor Faingnaert (Université de Lorraine)
Flavie Falais (Université de Poitiers)
Sébastien Fevry (Université catholique de Louvain)
Nicolas Gauthier (Université de Waterloo)
Anaïs Goudmand (Sorbonne Université)
Aurélie Huz (Université Paris Nanterre)
Alice Jacquelin (Bibliothèque des Littératures Policières – BiLiPo)
Matthieu Letourneux (Université Paris Nanterre)
Annabelle Marion (Université de Limoges)
Maël Rannou (Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines)
Sarah Sepulchre (Université catholique de Louvain)
Olivier Stucky (Indépendant)
Marc Vervel (Université Paris Cité)
Comité scientifique
Maaheen Ahmed (UGent)
Leticia Andlauer (Université de Lille)
Anne Besson (Université d’Artois)
Alain Boillat (Université de Lausanne)
Marta Boni (Université de Montréal)
Mélanie Bourdaa (Université Bordeaux Montaigne)
Julien Bouvard (Université Jean Moulin Lyon 3)
Michelle Bumatay (Florida State University)
Olivier Caïra (Université Paris Saclay)
Delphine Chedaleux (Université de Technologie de Compiègne/COSTECH)
Marion Coville (Université de Poitiers)
Mehdi Derfoufi (Université Paris 8)
Keivan Djavazadeh (Université Paris 8)
Björn-Olav Dozo (Université de Liège)
Florent Favard (Université de Lorraine)
Henri Garric (Université de Bourgogne)
Fanny Georges (Université Sorbonne Nouvelle)
Abdoulaye Imorou (Université du Ghana)
Jason Julliot (Université de Rouen-Normandie)
Priscilla Kasongo (Université de Kinshasa)
David Javet (Université de Lausanne)
Nicolas Labarre (Université Bordeaux Montaigne)
Sylvain Lesage (Université de Lille)
Buata Malela (Université de Limoges)
Jérémy Michot (Université Clermont Auvergne)
Jacques Migozzi (Université de Limoges)
Servanne Monjour (Sorbonne Université)
Magali Nachtergael (Université Bordeaux Montaigne)
Rachel Nadon (Université de Sherbrooke / Université Paris Nanterre)
Thibault Philippette (Université catholique de Louvain)
Lucia Quaquarelli (Paris Nanterre)
Florence Rio (Université de Lille)
Denis Saint-Amand (Université de Namur)
Julien Schuh (Université Paris Nanterre)
Marie-Eve Therenty (Université Paul Valéry Montpellier 3)
Yoan Vérilhac (Université de Nîmes)
Sébastien Wit (Université de La Rochelle)
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