Le concept de « corps propre » fut parfois employé pour traduire le Leiballemand. Si cette traduction peut sembler indue, elle a pourtant le mérite de mettre l’accent sur la thèse selon laquelle le corps se donnerait au sujet sur le mode d’une appartenance immédiate et originaire – explicitement affirmée par Husserl dans les Méditations cartésiennes, et sous-tendue par certaines descriptions phénoménologiques du corps vécu. Le concept de « corps propre » fut pourtant mis en question par la philosophie contemporaine, de l’extérieur comme de l’intérieur de la phénoménologie, laissant apparaître par endroits les traces de tout ce qui, dans le corps, échappe au sentiment d’appartenance, ainsi qu’à la maîtrise et à la volonté. Afin de nommer cet envers du corps propre, il est possible de parler d’un « corps impropre » qui, pour être vécu par le sujet, ne se donne pas toujours – ni même peut-être d’abord – sur le mode de l’appartenance. Les contributions réunies dans ce dossier font le pari de repenser le Leib depuis la distinction du propre et de l’impropre – ouvrant le corpus phénoménologique à la philosophie sociale, à l’anthropologie, aux études de genre ou à la psychanalyse, et mettant ainsi à l’épreuve la fécondité critique et descriptive du concept de corps impropre.
Sommaire
1. Corps propre, corps impropre
Présentation
Paula Lorelle et Jean-Baptiste Vuillerod …………………………………………………………
I. Expériences corporelles de l’impropre
Désir et plaisir mêlés : la fin d’une téléologie masculine ?
Natalie Depraz ………………………………………………………………………………….
Modalités de l’intercorporéité : de Merleau-Ponty à Husserl
Claudia Serban ...…..……………………………………………………………………………
L’expérience vécue du corps enceint, entre aliénation du corps impropre et attestation d’un corps à soi
Camille Froidevaux Metterie ..……………..…………………………………………………..
Les ambiguïtés de la voix, ou le propre-pour-autrui
Pierre-Jean Renaudie ……………………………………………………………………………
II. Genèse sociale du corps impropre
Corps impropres, corps impurs. Leçons mêlées de Douglas, Fanon, Heinämaa, Nestle, Patočka
Marion Bernard ..……………………………………………………………………………….
La socialisation du corps, aliénation ou appropriation de soi ? Remarques à partir des conceptions hégélienne et bourdieusienne de la pratique
Élodie Djordjevic ……………………………………………………………………………….
Corps et ascèse chez Nietzsche et Weber
Paul Slama ……………………………………………………………………………………...
Du « corps-performance » au « corps-symptôme ». Désœdipianiser Judith Butler
Silvia Lippi ………..…………………………………………………………………………….
III. Domination et corps impropre
Le corps impropre et son refoulement
Paula Lorelle et Jean-Baptiste Vuillerod …….………………………………………………….
Paradoxes de l’expérience incarnée et autres histoires sales
Mickaëlle Provost ..……………………………………………………………………………..
À corps perdu. Le féminin, de l’impropre à la captivité
Delia Popa ….…………………………………………………………………………………...
2. Varia
Sur un Urerlebnis de Jonas : l’ontologie phénoménologique du corps vivant selon la lecture heideggérienne du De anima
Tudor Djamo-Mitchell ….………………………………………………………………………
Prolégomènes pour une phénoménologie de la honte
Cristiana Brandaleone ...………………………………………………………………………...
3. Recensions
Ted Toadvine, The memory of the world: deep time, animality and eschatology, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2024, 344 pages.
Alexandre Iagodkine ……………………………………………………………………………
Philippe P. Haensler, Kristina Mendicino et Rochelle Tobias (éds.), Phenomenology to the Letter: Husserl and Literature, Berlin/Boston, De Gruyter, 2020, 340 pages.
Florestan Delcourt ………………………………………………………………………………
4. Hommage
À François-David Sebbah
Françoise Dastur, Jean-Michel Salanskis, Vincent Houillon, Thierry Hoquet, Natalie Depraz…………………………………………………………………….