« En effet, dès lors que le “plan-séquence” ou plan long, promouvant un temps étiré, entre en résistance avec la doxa d’une pratique majoritaire de la “grammaire filmique” assujetti au plan court, de quoi son usage est-il le dépositaire sur les plans politique, idéologique, éthique et socio-culturel dans les oeuvres ? Loin d’être une pure expérimentation visuelle systématiquement virtuose, il développe une véritable vision de l’homme et du monde, du lien qui les unit, à travers la technique cinématographique. »
Terme déjà problématique, popularisé en France dans les années 1950 par André Bazin, le « plan-séquence » possède une définition flottante et ambiguë. Étirant le temps, synchronisant les temps de tournage, du plan et de sa réception, le plan-séquence possède cette faculté de mobiliser l’attention du spectateur et de questionner la représentation du monde, tendu entre champ et hors-champ, immersion et distanciation spectatorielle, par la médiation d’une technique qui vient faire rupture avec une « grammaire » cinématographique qui n’a cessé, au cours de son histoire, de privilégier les plans de plus en plus courts.
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Amandine D’Azevedo et Julien Achemchame sont maîtres de conférences en cinéma à l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Elle travaille sur les cinématographies indiennes contemporaines et a publié chez Mimesis, Mythes, films, bazar. Elle co-dirige la collection, « Cinémas en champ-contrechamp ». Spécialiste de David Lynch, il travaille actuellement sur l’histoire des formes et à la notion de réflexivité dans le cinéma et les séries américaines contemporaines.