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Nouvelle parution
Mathilde Desaché, Le sigisbée

Mathilde Desaché, Le sigisbée

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne

Sigisbée : chevalier servant d’une dame, choisi par son mari, qui s’engage à l’assister et à l’accompagner en toutes circonstances, palliant ainsi les absences, ou parfois l’indifférence, de celui-ci. La pratique est courante dans l’Italie du XVIIIe siècle.

Venise n’est que splendeurs et fêtes pour la belle Caterina Querini. Peut-être parce qu’elle est doublement amoureuse : de son époux et du jeune Français que celui-ci lui a choisi pour sigisbée. De ce trio amoureux est née une fille, Giulia. Le jour où la fillette est enlevée par l’un de ses deux pères, Caterina voit son monde s’effondrer.

Quinze ans plus tard, Caterina, recluse dans un couvent, écrit à son ami Henri Beyle – jeune écrivain qui ne signe pas encore Stendhal – pour le charger de retrouver Giulia.

En inventant une ascendance romanesque à Giulia, le dernier amour de Stendhal, Mathilde Desaché dépoussière avec esprit le roman épistolaire.

Lire un extrait…

On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un billet sur cet ouvrage :

"Le cicisbeo, chevalier servant d’une noble dame, proche du patito qu’on croise dans les romans de Balzac ou de Germaine de Staël, a pour mission de l’accompagner en soirée quand son mari est absent. Selon le marquis d’Argens, toutes les dames en Italie ont leur sigisbée : « C’est ainsi qu’on appelle l’Ami de Cœur du Mari, qui se donne dans le Public pour Soupirant de la Femme. » Ce triangle affectif sert d’ouverture au Sigisbée, simple en apparence : « Ils étaient amis. Ils vous aimaient tous deux. Nous nous aimions tous les trois. »

Le roman s’inspire du dernier amour de Stendhal pour Guilia Rinieri, pupille d’un diplomate toscan, Daniele Berlinghieri, qui s’est opposé à leur mariage, trouvant Stendhal trop âgé, et sa charge récente de consul insuffisante, car il ne croyait pas à la stabilité du nouveau régime. Mathilde Desaché place Berlinghieri au croisement d’une construction ingénieuse, les lettres adressées de 1813 à 1831 par Caterina à sa fille Giulia, qui lui a été enlevée à l’âge de deux ans, et à son ami, le Signor Beyle, chargé de la retrouver. Elle y peint avec talent la Venise enchantée de sa jeunesse avant l’arrivée néfaste du général Bonaparte, son mariage avec Giovanni Querini, leur séparation quand il est nommé ambassadeur, la laissant livrée à l’autorité tyrannique du capofamiglia Andrea Querini et aux créanciers de son époux, abandonnée au seul soutien de son sigisbée, la naissance de Giulia huit mois après le retour de Giovanni.

La conduite des protagonistes, lâches, cruels, en contradiction flagrante avec les sentiments généreux que leur prête Caterina, s’éclaire au fil des pages. En miroir, invitée à lire l’ouvrage en cours du Signor Beyle, elle lui conseille d’en changer le titre, qui devrait souligner la dualité du héros avec des mots simples, par exemple « ‘Le Lys et le Chardon’, ‘Le Sucre et le Sel’, ‘Le Blanc et le Noir’… Ce serait à la fois intelligible et énigmatique. » — Dominique Goy-Blanquet.