Les marchés de l’érotisme galant (1650-1720)
Fribourg, les 10-12 juin 2027
Depuis une dizaine d’années, de nombreux débats sur la galanterie, selon l’acception que la notion a prise au sein des études françaises sur l’époque moderne, ont interrogé sa double polarité de valorisation du genre féminin, dans une perspective égalitariste, et d’instrument de la domination masculine. À bien des égards, cette ambivalence se retrouve dans les discours et représentations érotiques élaborées dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle et au début du siècle suivant, en France, ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. Or la même époque voit également l’expansion et la segmentation du marché des biens culturels (livre, gravure, peinture, image, musique), sous l’influence de cette culture galante. L’érotisme ne demeure pas en reste : entre « galanterie » et « marché culturel », il devient à la fois un produit, un langage et un espace d’expérimentation pour les représentations du désir, des rapports de genre et des normes sociales.
Le colloque se propose d’explorer et d’interroger ce nouveau marché des productions érotiques (imprimés, manuscrits, musique, peinture, arts décoratifs), qui prend forme au sein ou en parallèle du développement de la galanterie, en portant un regard sur l’économie des biens culturels dans sa dimension européenne et en prenant en compte l’évolution des représentations au cours du siècle. On sera attentif, en premier lieu, au fait que les années 1650 en France sont marquées par l’essor d’un érotisme nouveau, qui reconfigure et questionne les formes « satyriques » ou grivoises qui dominent dans le premier XVIIe siècle. Loin de se réduire à des actes subversifs ou transgressifs, les publications érotiques s’actualisent à un « art d’écrire » visant un public acquis à des valeurs « gynocentriques ». Cette production abondante, traduite dans une diversité inédite de genres (nouvelles, romans, contes, théâtre, etc.), véhicule ainsi des représentations renouvelées des rapports entre hommes et femmes : l’accent est mis sur des exigences d’égalité et de plaisir partagé, les formes ludiques et heureuses de relations sexuelles sont favorisées, le consentement est valorisé.
À partir d’éclairages fondés sur des enquêtes transversales ou des études de cas, mais aussi d’approches prenant d’autres aires géographiques et d’autres disciplines, le colloque ambitionne de mettre en lumière ce que la prise en compte, à l’échelle européenne, des conditions de production et de réception (configuration du marché, circonstances de publication, acteurs et actrices de la création et de la diffusion) fait à la compréhension de ces discours « galants » (ou « anti-galants ») sur la sexualité. Par un mouvement inverse, il s’agira aussi de montrer ce qu’apporte une perspective genrée à l’analyse du marché de l’érotisme et de ses acteurs. On s’interrogera également sur les relations qu’entretient la représentation de l’érotisme avec les modèles de comportement et les conduites : est-il envisageable que les scènes représentées aient un rapport quelconque avec des pratiques effectives ? Ces œuvres, qui s’efforcent de produire un effet sur les lectrices et lecteurs, aboutissent-elles à des actions concrètes ? En écho aux travaux récents sur les violences sexistes et sexuelles, ces questionnements pourront faire une place aux rapports de pouvoir et de domination, notamment genrés et sociaux, qui se jouent dans les discours et représentations érotiques.
Si ces phénomènes sont bien perceptibles dans la France du XVIIe siècle, le colloque a toutefois pour ambition d’interroger également leur existence et leur circulation dans les espaces culturels et linguistiques voisins. Sa vocation est, en outre, résolument interdisciplinaire, en appelant à la contribution d’enquêtes relevant de l’histoire sociale et culturelle, de l’histoire du livre et des collections, des études littéraires et de l’histoire des arts (peinture, gravure, musique...).
Les communications pourront aborder, de manière non limitative, les pistes suivantes :
1. Marchés et production, en France et en Europe
- Acteurs et actrices de la production des œuvres érotiques (dans un contexte où de nombreux signes attestent une participation accrue des femmes à la création et à la consommation culturelles)
- Marchés à double niveau : autorisé vs non autorisé, imprimé vs manuscrit (y compris copies)
- Interactions ou autonomie des marchés, envisagés à l’échelle européenne
- Techniques de production, réemplois, recueils
- Tactiques polémiques et économie de la réaction
- Politiques de l’offre, création et segmentation de marchés
- Contrôle des écrits, police du livre, censure
- Illustrations et réillustrations des ouvrages imprimés
2. Discours, esthétiques et postures
- Male / female gaze : qui écrit, qui parle, qui regarde ?
- Genres picturaux, musicaux ou littéraires privilégiés dans le marché de l’érotisme
- Érotisme et normes du bien-dire ou de la bienséance, acceptabilité ou non des discours
- Les mots du sexe : lexique et reconnaissance de l’érotisme dans les textes du passé, actualisation au goût galant
3. Réception, circulation, lecture
- Publics : lecteur·rices, spectateur·rices (émergence du public féminin), publics imaginés et consommation documentée
- La scène sexuelle envisagée à travers la notion de script sexuel (scénarisation sociale, rôles de genre, normativité, etc.)
- Bibliothèques de France et d’ailleurs, collections érotiques et cote « Enfer » de la BnF
- Réception, circulation, traductions et adaptations à l’échelle européenne
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Les propositions d’environ 350-500 mots, accompagnées d’un CV actualisé, sont à envoyer d’ici le 15 juillet 2026 à l’adresse suivante : colloque_erosgalant2027@googlegroups.com. Elles peuvent être rédigées en anglais ou en français.
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Comité d’organisation :
Claude Bourqui, Université de Fribourg
Mathilde Bombart, Université Lumière - Lyon 2
Michèle Rosellini, ENS de Lyon
Anouk Delpedro, Université de Fribourg
Arnaud Wydler, Université de Fribourg
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Comité scientifique :
Jean-Christophe Abramovici, Université Paris-Sorbonne
Nathalie Grande, Université de Nantes
Sophie Houdard, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
Vitus Huber, Université de Fribourg
Véronique Lochert, Université de Haute-Alsace
Cinthia Meli, Université de Genève
Nina Mueggler, Université de Neuchâtel
Marie-Frédérique Pellegrin, Université Grenoble-Alpes
Déborah Steinberger, University of Delaware
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Galant Eroticism and Its Markets (1650-1720)
June 10-12, 2027
Over the past decade, many debates have examined the dual nature of galanterie, as the term is now understood within French early modern studies: on the one hand, its valorization of women from an egalitarian perspective; on the other, its paradoxical function as an instrument of masculine domination. In many respects, this ambivalence also informs the erotic discourses and representations produced in the later seventeenth and early eighteenth centuries, in France as well as in other European contexts. This period saw the expansion and increasing segmentation of the markets for cultural goods (books, prints, paintings, images, music), a development observable across Europe—despite local specificities—and shaped in part by galant culture. Eroticism is no exception: positioned between galanterie and the cultural market, it simultaneously becomes a commodity, a language, and a space for experimenting with representations of desire, gender relations, and social norms.
The conference aims to investigate the emergence of this new market for erotic works (printed and manuscript texts, music, painting, decorative arts), which takes shape within—or alongside—the development of galant culture. It seeks to examine the economy of cultural goods from a European perspective, as well as the evolving representations throughout the long seventeenth century. Particular attention will be paid to the rise of a new kind of erotic market in 1650s France—one that reconfigures and challenges the “satirical” and bawdy forms that had prevailed earlier in the century. Far from being reducible to merely subversive or transgressive gestures, erotic publications were reshaped into an “art of writing” addressed to a readership attuned to more women-centred values. This abundant production, disseminated in an unprecedented variety of genres (novellas, novels, tales, theatre, etc.), renewed conceptions of gender relations: it seemingly emphasized equality and mutual pleasure, privileged playful and harmonious forms of sexual interaction, and foregrounded consent.
The conference welcomes broad thematic approaches, focused case studies, and comparative or interdisciplinary perspectives. It invites participants to examine how attention to the conditions of production and reception on a European scale—market configurations, publication contexts, and the agents involved in creation and dissemination—reshapes our understanding of galant (or anti-galant) discourses on sexuality. Conversely, the conference also seeks to explore how gendered perspectives are crucial to understanding the erotic market and its actors. Another line of inquiry concerns the relationship between representations of eroticism and behavioural models: to what extent do these scenes relate to lived practices? Can works designed to affect readers or viewers shape concrete behaviours? In dialogue with recent scholarship on gender-based and sexual violence, such questions further provide an opportunity to re-examine the power dynamics—particularly gendered and social—at play in erotic discourses and representations.
While these phenomena are clearly visible in seventeenth-century France, they also take shape in neighbouring linguistic and cultural areas. The conference therefore seeks to investigate their existence and circulation across these contexts. It is resolutely interdisciplinary in scope, welcoming contributions from social and cultural history, book history, literary studies, and art history (painting, printmaking, music, etc.).
Possible topics for papers include, but are not limited to:
1. Markets and Production in France and Europe
- Actors and agents involved in the creation of erotic works (in a context marked by increased participation of women in cultural production and consumption)
- Two-tier markets: authorized vs. unauthorized; print vs. manuscript (including copies)
- Interactions between, or autonomy of, markets on a European scale
- Production techniques, reuse, and anthologization
- Polemical tactics and the economy of reaction
- Supply-side strategies, market creation, and segmentation
- Regulation of writing: book policing, censorship
- Illustration and re-illustration of printed works
2. Discourses, Aesthetics, and Postures
- Male/female gaze: who writes, who speaks, who looks ?
- Pictorial, musical, and literary genres prominent in the erotic market
- Eroticism and the norms of propriety or bienséance: acceptable and unacceptable discourses
- The language of sex: lexical issues and the recognition of eroticism in historical texts; adaptation to galant taste
3. Reception, Circulation, Reading
- Audiences: readers and spectators (including the emergence of female publics); imagined audiences and documented consumption
- The sexual scene approached through the notion of sexual script (social scripting, gender roles, normativity, etc.)
- Libraries in France and beyond, erotic collections, and the Enfer of the BnF
- Reception, circulation, translations, and adaptations across Europe
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Proposals of approximately 350–500 words, accompanied by a current CV, should be sent by 15 July 2026 to the following address : colloque_erosgalant2027@googlegroups.com. Proposals may be written in either English or French.
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Organizing Committee :
Claude Bourqui, Université de Fribourg
Mathilde Bombart, Université Lumière - Lyon 2
Michèle Rosellini, ENS de Lyon
Anouk Delpedro, Université de Fribourg
Arnaud Wydler, Université de Fribourg
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Scientific Committee :
Jean-Christophe Abramovici, Université Paris-Sorbonne
Nathalie Grande, Université de Nantes
Sophie Houdard, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
Vitus Huber, Université de Fribourg
Véronique Lochert, Université de Haute-Alsace
Cinthia Meli, Université de Genève
Nina Mueggler, Université de Neuchâtel
Marie-Frédérique Pellegrin, Université Grenoble-Alpes
Déborah Steinberger, University of Delaware.