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Colonialité/décolonialité (revue Cygne noir)

Colonialité/décolonialité (revue Cygne noir)

Publié le par Marc Escola (Source : Emmanuelle Caccamo)

Appel à contributions

Cygne noir, revue d’exploration sémiotique, no 14, 2026 : « Colonialité/décolonialité »

Dossier dirigé par Simon Levesque

Cinquante ans après l’explosion sémiotique des années 1970, où dominait l’obsession d’une théorie unifiée capable d’embrasser tout phénomène de signification ou de communication[1], nous nous trouvons face à un paysage épistémologique radicalement transformé. La pensée décoloniale a émergé principalement d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie depuis les années 1990, dans le sillon de Frantz Fanon et d’Aimé Césaire[2]. Elle a mis au jour ce que la modernité maintenait dans l’ombre : la colonialité. Mais c’est en Amérique du Sud que ce mouvement de pensée s’est tout particulièrement développé grâce aux études sémiotiques et avec elles[3]. Selon Aníbal Quijano, la colonialité n’est pas un résidu historique du colonialisme politique, mais la face obscure constitutive de la modernité elle-même[4]. Il n’existe pas de modernité sans colonialité : l’histoire de la modernité est l’histoire de la colonialité. D’un point de vue décolonial, le phénomène colonial, ou colonialité, existe bien au-delà de la subordination politique étatique ou économique : il a des racines dans l’imaginaire, dans les systèmes de croyance et de connaissance ; nos représentations en sont imprégnées. Ainsi, la colonialité, « loin de n’être qu’un résidu ou une séquelle d’une violence originelle – le colonialisme – dont la modernité se serait progressivement éloignée, constitue en réalité [la] matrice épistémique » de la modernité[5]. 

Cet appel à contributions invite les chercheur·e·s à explorer comment les études sémiotiques contribuent de manière critique à l’analyse de la colonialité et des processus de décolonisation. Plus précisément, nous souhaitons examiner comment la sémiose – comprise comme processus de production, de circulation et d’interprétation des signes – est traversée par la colonialité, et comment elle peut également devenir un lieu de résistance, de reconstitution et de libération épistémique[6]. 

Les sections suivantes présentent une série de concepts s’articulant à la thématique du numéro. Les informations pour soumettre une proposition se trouvent en fin de document.

Sémiose coloniale et colonialité de la sémiose

Walter Mignolo établit une distinction conceptuelle capitale entre sémiose coloniale et colonialité de la sémiose[7]. La première expression désigne l’analyse sémiotique des phénomènes coloniaux. Il s’agit alors d’utiliser les outils de la sémiotique pour étudier les systèmes de signes – langues, cartographies, histoires, images – qui ont participé à la constitution et au maintien du pouvoir colonial. La seconde expression inverse radicalement la perspective : elle affirme que la colonialité est dans la sémiose elle-même, que les processus de signification sont toujours déjà colonisés, structurés par la matrice coloniale du pouvoir[8].

Cette distinction soulève des questions fondamentales pour les études sémiotiques : nos cadres théoriques, nos méthodes d’analyse, nos catégories conceptuelles sont-ils eux-mêmes porteurs de colonialité[9]? Mignolo insiste sur la nécessité d’une déliaison (delinking), comme pour couper la chaîne signifiante plutôt que de la reconduire : il ne s’agit pas d’ajouter la décolonialité comme un nouveau champ d’études ou une méthodologie supplémentaire aux disciplines constituées, mais d’opérer un déplacement dans notre perception et nos modes de raisonnement[10]. La décolonialité requerrait ainsi une certaine désobéissance épistémique et disciplinaire, seule capable d’opérer dans la recherche un refus des promesses de la modernité (salut, progrès, développement, destinée) qui légitiment et dissimulent la colonialité[11].

Asymétries sémiotiques et violence épistémique

La colonialité s’exprime à travers ce que nous proposons d’appeler des asymétries sémiotiques : des inégalités structurelles dans la capacité de produire, de faire circuler, d’imposer, d’interpréter et de légitimer des signes, des significations et des régimes de sens. Ces asymétries ne relèvent pas seulement d’un déséquilibre quantitatif (qui parle plus ou moins?), mais d’une violence épistémique qui détermine qui a l’autorité de définir ce qui compte comme connaissance valide, comme signe légitime, comme discours rationnel[12]. Dans le contexte colonial, les systèmes de signes entre colonisateurs et colonisés ne coïncident pas. Les représentations fracturées[13] témoignent de cette non-coïncidence : ce que le colonisateur voit, nomme et signifie ne correspond pas à l’expérience vécue et signifiée par le colonisé. Plus encore, le colonisateur impose ses grilles interprétatives comme universelles, naturalisant ainsi une herméneutique monotopique – c’est-à-dire issue d’un seul lieu d’énonciation – qui efface la pluralité des perspectives et la variété des systèmes de signes en usage[14]. Face à cette monotopie, la pensée décoloniale appelle à des herméneutiques pluritopiques : des modes d’interprétation qui reconnaissent et valorisent la multiplicité des lieux d’énonciation et des perspectives situées[15]. Il ne s’agit pas d’un simple relativisme, mais d’une épistémologie qui assume que toute connaissance est incarnée, localisée, produite depuis un corps et un lieu spécifiques – ce que les féministes décoloniales, notamment, nomment la géopolitique de la connaissance[16].

Cette perspective résonne avec le multiperspectivisme développé par Juri Lotman dans la sémiosphère culturelle[17]. Pour Lotman, influencé par les études orientales soviétiques et leur critique de l’eurocentrisme, aucun langage idéal unique ne peut représenter optimalement la réalité. La condition même d’existence de la signification réside dans la présence d’au moins deux langages et dans leur incapacité mutuelle à embrasser seuls le monde extérieur. Cette incapacité n’est pas un défaut mais le moteur du dialogue et de la créativité culturelle. Chaque système sémiotique offre une perspective sur le monde, et c’est dans la traduction – toujours imparfaite, toujours transformatrice – entre ces perspectives que se génère la connaissance nouvelle. 

Pensée frontalière et plurivers

La pensée frontalière, concept clé chez Mignolo, désigne une épistémologie qui opère depuis les marges, depuis les lieux de contact et de conflit entre systèmes sémiotiques distincts[18]. Elle ne cherche pas à occuper le centre ni à reproduire la logique centre/périphérie, mais à habiter créativement la frontière, cet espace liminal où les traductions s’effectuent, où les codes se confrontent, où émergent de nouvelles possibilités sémiotiques. Cette pensée frontalière s’oppose à la prétention universaliste de l’épistémologie moderne, qui pose un point de vue (européen, masculin, blanc, hétérosexuel, propriétaire) comme neutre et universel. Elle assume pleinement sa localisation, son incarnation, sa partialité – non pour renoncer à la vérité mais pour reconnaître que toute vérité est produite depuis une perspective située.

Le plurivers représente l’horizon politique et épistémologique de cette pensée frontalière : un monde où coexistent de multiples mondes, où aucun système de connaissance ne prétend subsumer tous les autres[19]. Le pluriversalisme ne relève pas du multiculturalisme libéral qui tolère la diversité à condition qu’elle reste folklorique et inoffensive, mais d’une reconnaissance radicale de l’égalité ontologique et épistémique de tous les modes d’existence et de connaissance. Cette vision pluriverselle résonne avec l’idée lotmanienne selon laquelle la sémiosphère – l’espace sémiotique global où se déploient tous les processus de signification – est nécessairement hétérogène, multilingue, polyphonique, mais pas égalitaire ni juste ; aucun métalangage ne peut totalement subsumer cette diversité sans violence réductrice. Or la richesse créative de la culture provient précisément de cette hétérogénéité irréductible.

Grammaires, circulation et indexicalité

La notion de grammaire politique permet d’appréhender comment les systèmes de règles – souvent implicites – organisent la convergence des représentations, des pratiques et des expériences, tant au niveau de la production que de la reconnaissance des signes[20]. Comme le souligne Eliseo Verón dans sa sémiotique de la circulation, entre le sens investi (production) et le sens reconnu (réception), il existe toujours un écart. Cet écart n’est pas un dysfonctionnement communicationnel mais le lieu même où s’effectue le travail social d’investissement des matérialités signifiantes[21]. Les grammaires de production et les grammaires de reconnaissance diffèrent nécessairement, et la circulation – comprise non comme un processus transparent mais comme le nom de cet écart – révèle les transformations historiques de sens[22]. Dans un contexte colonial, cet écart devient abyssal : les signes produits par les colonisés sont systématiquement mal reconnus, déformés, traduits dans les grammaires du colonisateur, ou tout simplement rendus inaudibles. À l’inverse, les signes du colonisateur s’imposent avec la force de l’évidence, comme s’ils n’étaient pas produits depuis une position particulière mais émanaient d’une rationalité universelle.

L’indexicalité – dimension du signe qui pointe vers son contexte d’énonciation – devient ici cruciale[23]. Tout signe porte en lui des traces des conditions matérielles et historiques de sa production. Reconnaître l’indexicalité des signes, c’est refuser leur réification, c’est insister sur leur hétéronomie constitutive. Un texte, une image, un concept ne flottent pas dans un univers abstrait : ils sont toujours indexés à des corps, des lieux, des histoires, des rapports de pouvoir, ce dont l’énonciation témoigne[24]. L’analyse indexicale permet de relier les signes à leurs grammaires politiques et de révéler comment la colonialité opère dans la matérialité même des processus sémiotiques. Cette perspective oblige également à une réflexivité sur nos propres conditions de reconnaissance. Depuis quelle position interprétons-nous[25]? Quelles grammaires, logiques ou institutions du sens mobilisons-nous[26]? Quelles idéologies sémiotiques reconduisons-nous[27]? Comment nos interprétations reproduisent-elles ou contestent-elles les asymétries sémiotiques héritées de la colonialité? Cette précarité herméneutique – terme qui désigne l’équivocité de toute position énonciative située à la frontière entre systèmes sémiotiques distincts – n’est pas une faiblesse, mais une condition de lucidité critique. 

Temps, histoires et explosions

Un des mécanismes fondamentaux de la colonialité réside dans l’imposition d’une conception particulière du temps : le temps linéaire, téléologique, orienté vers une fin (salut, progrès, développement). Cette temporalité moderne/coloniale structure l’historiographie occidentale et légitime la hiérarchisation des peuples : ceux qui sont « en avance » (développés, civilisés, modernes) et ceux qui sont « en retard » (sous-développés, primitifs, traditionnels)[28].

Lotman, dans sa critique de l’« histoire universelle », montre comment cette conception téléologique du temps efface la créativité historique et l’imprévisibilité de la vie. Pour lui, l’histoire n’est pas une algèbre dont les résultats seraient déterminés à l’avance, mais une combinaison de logique et de hasard. Réduire l’histoire à une trajectoire unique vers un telos prédéterminé, c’est nier la pluralité des devenirs possibles et l’agentivité des acteurs historiques[29]. Face au temps linéaire de la modernité, les cosmovisions autochtones et les savoirs traditionnels maintiennent souvent des conceptions cycliques du temps, où passé, présent et futur s’entrelacent dans une « narration en chou » plutôt qu’en chaîne[30]. Ces temporalités alternatives ne sont pas des résidus archaïques mais des modes de relation au monde tout aussi valides, porteurs de sagesses et de pratiques écologiques souvent plus soutenables que celles de la modernité coloniale, extractiviste[31].

Lotman développe également le concept d’explosion pour décrire comment des textes du passé, apparemment dormants ou marginalisés, peuvent soudainement exploser dans le présent et transformer radicalement l’identité culturelle[32]. Ces forces latentes, lorsqu’elles refont surface, déstabilisent les récits officiels et ouvrent des futurs imprévisibles. Dans une perspective décoloniale, ces explosions correspondent au retour du refoulé colonial : les histoires effacées, les savoirs délégitimés, les voix tues qui reviennent hanter le présent et exigent reconnaissance et réparation.

Codigophagie et traduction décoloniale

Le concept de codigophagie défendu par Bolívar Echeverría[33] désigne l’acte métaphorique de « se nourrir du code ». Dans les processus de métissage culturel, un code s’approprie ce qui, appartenant à un autre code, est susceptible de le renforcer. Cette dynamique implique nécessairement une dimension de pouvoir : les codes ne dialoguent pas sur un pied d’égalité, mais selon des rapports de domination/subordination. Dans le contexte colonial, la codigophagie opère de manière asymétrique. D’un côté, le colonisateur s’approprie sélectivement des éléments culturels des colonisés (savoirs botaniques, techniques agricoles, motifs esthétiques) en les décontextualisant, en effaçant leur origine, et en les intégrant dans son propre système de valeurs. De l’autre, les colonisés doivent ingérer le code du colonisateur sous peine d’exclusion, de violence, d’anéantissement – allant parfois jusqu’à éprouver une haine à l’égard de leurs codes d’origine. Cependant, la codigophagie n’est pas seulement un processus d’appropriation unilatérale. Les peuples colonisés ont aussi développé des tactiques de braconnage identitaire[34], s’appropriant des éléments du code dominant pour les subvertir, les détourner, les resémiotiser. Ces pratiques de créolisation, d’hybridation, de transculturation témoignent d’une agentivité sémiotique même dans les conditions les plus oppressives.

La question de la traduction devient ici centrale[35]. Toute traduction implique un choix : quels éléments traduire, lesquels laisser dans l’original? Qui traduit pour qui, et selon quels critères de fidélité? Dans un contexte colonial, la traduction a souvent fonctionné comme un instrument de domination : les missionnaires traduisant la Bible pour convertir, les administrateurs coloniaux traduisant les codes juridiques pour assujettir, la traduction des mythes par les ethnographes a souvent pour effet de les folkloriser. Une traduction décoloniale impliquerait une éthique radicalement différente : non pas l’assimilation de l’autre au même, mais le maintien d’une zone d’intraduisibilité qui préserve l’altérité. Cette traduction reconnaîtrait que certains concepts, certaines expériences, certaines visions du monde ne peuvent être adéquatement rendus dans les langues coloniales sans perte ou distorsion essentielles.

Axes de recherche

L’objectif de ce numéro est d’explorer les rapports – effectifs, possibles, nécessaires[36] – entre, d’une part, la colonialité comme structure de pouvoir inscrite dans la modernité et les processus de décolonisation en cours et, d’autre part, les études sémiotiques dans leur pratique effective, leurs présupposés épistémologiques et leurs productions signifiantes. Il convient de garder en tête la nature profondément interdisciplinaire de la sémiotique. Ainsi, les chercheur·e·s de toutes les disciplines, s’y rattachant de près ou de loin (sciences sociales, communication, arts, lettres, etc.), sont invités à contribuer. 

En plus des diverses orientations conceptuelles présentées ci-avant, les trois axes suivants peuvent servir de guide à l’élaboration des contributions : 

1.     Études de cas, explorations : analyse de tout objet, phénomène ou événement manifestant des asymétries sémiotiques, des formes de violence épistémique symptomatiques de la colonialité ou, au contraire, des pratiques de résistance et de reconstitution décoloniales. Comment la colonialité opère-t-elle dans des systèmes de signes spécifiques (langues, images, espaces, corps, technologies, institutions)? Comment se déploient les tactiques de subversion, de détournement, de créolisation, de braconnage identitaire? Quelles histoires effacées, quels savoirs délégitimés, quelles voix marginalisées peuvent être réactivées pour transformer le présent?

2.     Conciliations théoriques : observations sur les convergences, les tensions et les contaminations possibles entre diverses pratiques ou idéologies sémiotiques et les pensées décoloniales (latino-américaines, africaines, asiatiques, autochtones). Mise à l’épreuve de modèles interprétatifs au regard de l’exigence décoloniale. Comment les concepts de sémiose coloniale, d’herméneutiques pluritopiques, de pensée frontalière ou de codigophagie enrichissent-ils le regard sémiotique? Inversement, comment les notions de circulation, de grammaires, d’indexicalité, de traduction, de sémiosphère ou d’explosion éclairent-elles les processus de colonialité et de décolonisation? 

3.     Tensions de la recherche : comment décoloniser les méthodologies de la recherche[37] par une compréhension sémiotique décentrée? En assumant la positionnalité et la précarité herméneutique du chercheur, de la chercheuse, que signifie adopter une posture décoloniale de recherche et quelles conséquences cela entraîne-t-il? Quelle éthique pour la recherche peut être défendue, selon quelle axiologie, et comment cela se traduit-il dans les pratiques analytiques et la production intellectuelle, en études sémiotiques ou dans les disciplines connexes?

Ces trois axes ne sont pas limitatifs et toute combinaison entre eux est aussi possible.

POUR SOUMETTRE UNE PROPOSITION 

Candidatures

Deux options s’offrent à vous. Nous acceptons les propositions courtes (500 mots) faisant état de vos intentions de rédaction. Nous acceptons également les manuscrits complets (max. 60 000 caractères). Dans les deux cas, les documents seront reçus par courrier électronique à l’adresse de la revue redaction@revuecygnenoir.org au plus tard le 30 avril 2026. Veuillez indiquer en objet de votre message : « Proposition CN14 ». 

Votre proposition courte doit comporter :

un titre et un court résumé (500 mots maximum) ;
une courte notice biographique (250 mots maximum) incluant les informations suivantes : votre nom complet, votre statut, votre établissement de rattachement et votre département (s’il y a lieu) ainsi que vos coordonnées (adresse courriel au minimum).
 
Votre manuscrit complet doit : 

compter entre 25 000 et 60 000 caractères, espaces, notes et bibliographie comprises ;
être accompagné d’un résumé liminaire d’au plus 250 mots présenté à interligne simple synthétisant le sujet, l’objectif, la problématique, l’hypothèse et la méthodologie de recherche ; 
suivre le protocole de rédaction (à télécharger ici) ;
être au format .docx ou .odt.

Calendrier

·      Les propositions courtes (500 mots) ou les manuscrits complets seront reçus au plus tard le 30 avril 2026.

·      L’acceptation des contributions sera notifiée au plus tard le 15 mai 2026.

·      Suite à l’acceptation de votre proposition courte, le texte complet de l’article, déposé aux fins de l’évaluation, sera reçu au plus tard le 15 juillet 2026.

·      La publication est prévue pour la fin de l’année 2026/début 2027.

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Notes

[1] U. ECO, A Theory of Semiotics, Bloomington, Indiana University Press, 1976.
[2] A. CÉSAIRE, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955 [1950] ; F. FANON, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.
[3] S. CASTRO-GÓMEZ & R. GROSFOGUEL (dir.), El giro decolonial. Reflexiones para une diversidad epistémica más allá del capitalismo global, Bogotá, Siglo del Hombre Editores, 2007 ; W. MIGNOLO, « Géopolitique de la sensibilité et du savoir. (Dé)colonialité, pensée frontalière et désobéissance épistémologique », trad. de l’anglais par V. Lee, Mouvements, no 73, 2013, p. 181-190. DOI : 10.3917/mouv.073.0181.
[4] A. QUIJANO, « Colonialidad y modernidad/racionalidad », Perú Indigenígena, vol. 13, no 29, 1992, p. 11-20 ; A. ESCOBAR, « Mundos y conocimientos de otro modo. El programa de investigación de modernidad/colonialidad latino-americano », Tabula rasa, no 1, 2003, p. 51-86.
[5] C. BOURGIGNON & P. COLIN, « De l’universel au pluriversel. Enjeux et défis du paradigme décolonial », Raison présente, no 199, 2016, p. 99-108, spéc. 100. DOI : 10.3917/rpre.199.0099.
[6] C. BOIDIN & F. HURTADO LÓPEZ, « La philosophie de la libération et le courant décolonial », Cahier des Amériques latines, no 62, 2009, p. 17-22. DOI : 10.4000/cal.1506. Cf. aussi E. DUSSEL, The Underside of Modernity: Apel, Ricoeur, Rorty, Taylor, and the Philosophy of Liberation, trad. de l’espagnol par E. Mendieta, New Jersey, Humanities Press, 1996 ; N. MALDONADO-TORRES, Against War: Views from the Underside of Modernity, Durham, Duke University Press, 2008.
[7] W. MIGNOLO, « Colonial Semiosis and Decolonial Reconstitutions », Echo, no 2, 2020, p. 8-15.
[8] A. QUIJANO, Ensayos en torno a la colonialidad del poder, Buenos Aires, Ediciones del Signo, 2019 ; W. MIGNOLO, Local histories/global designs: Essays on the coloniality of power, subaltern knowledges and border thinking, Princeton (NJ), Princeton University Press, 2020.
[9] Cf. Tumultes, no 58-59 : « L’impensé colonial des sciences sociales », 2022.
[10] W. MIGNOLO & C. WALSH, On Decoloniality. Concepts, Analytics, Praxis, Durham, Duke University Press, 2018.
[11] W. MIGNOLO, La désobéissance épistémique. Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité, trad. de l’anglais (États-Unis) par Y. Jouhari & M. Maesschalk, Bruxelles, Peter Lang, 2015 ; S. LUSTE BOULBINA et al., « Décoloniser les savoirs. Internationalisation des débats et des luttes », Mouvements, no 72, 2012, p. 7-10. DOI : 10.3917/mouv.072.0007.
[12] À ce titre, et en étendant un peu la réflexion, on peut encore considérer la notion très actuelle de « colonialisme des données », une forme de néocolonialisme associée à une vision épistémique déterminée par la nouvelle réalité matérielle du big data. Cf. N. COULDRY & U.-A. MEJIAS, « Le colonialisme des données : repenser la relation entre le big data et le sujet contemporain », trad. de l’anglais par M. Gilet, Questions de communication, no 42, 2022, p. 205-221. DOI : 10.4000/questionsdecommunication.29845.
[13] W. MIGNOLO, « La semiosis colonial : La dialéctica entre representaciones fracturadas y hermenéuticas pluritópicas », AdVersus, vol. 2, no 3, 2005, non paginé. URL : adversus.org/indice/nro3/articulos/articulomignolo.htm
[14] Un vaste ensemble de sémiotiques subalternes attend encore d’être étudié. Cf. par exemple E. GARCIA, Signs of the Americas: A Poetics of Pictography, Hieroglyphs, and Khipu, Chicago, The University of Chicago Press, 2020. 
[15] M. V. TLOSTANOVA & W. MIGNOLO, « On Pluritopic Hermeneutics, Trans-modern Thinking, and Decolonial Philosophy », Encounters, vol. 1, no 1, 2009, p. 11-27 ; W. MIGNOLO, « Géopolitique de la connaissance, colonialité du pouvoir et différence coloniale », trad. de l’anglais (États-Unis) par A. Querrien, Multitudes, no 6, 2001, p. 56-71. DOI : 10.3917/mult.006.0056.
[16] C. WALSH, « Geopolíticas del conocimiento, interculturalidad y descolonialización », Boletín ICCI-ARY Rimay, no 60, 2004, non paginé. URL : icci.nativeweb.org/boletin/60/walsh.html ; cf. aussi Z. PALERMO, « De la colonización del género : lugar social del decir », Itinerarios, vol. 10, 2009, 193-204 ; R. L. SEGATO, « Género y colonialidad : del patriarcado comunitario de baja intensidad al patriarcado colonial moderno de alta intensidad », La crítica de la colonialidad en ocho ensayos y una antropología por demanda, Buenos Aires, Prometeo, 2016, p. 69-99 ; J. FALQUET, « Généalogies du féminisme décolonial », Multitudes, no 84, 2021, p. 68-77. DOI : 10.3917/mult.084.0068.
[17] J. LOTMAN, « Sur la sémiosphère », trad. du russe par N. Vokuev, Cygne noir, no 13, 2025, p. 14-35. DOI : 10.7202/1116791ar.
[18] E. MIGNOLO, Habitar la frontera. Sentir y pensar la decolonialidad (Antología, 1999-2014), Ciudad Juárez, CIDOB, 2015.
[19] A. ESCOBAR, Escobar, Designs for the pluriverse: Radical interdependence, autonomy, and the making of worlds, Durham, Duke University Press, 2018 ; B. REITER (dir.), Constructing the pluriverse: The geopolitics of knowledge, Durham, Duke University Press, 2018 ; F. HURTADO LÓPEZ, « Universalisme ou pluriversalisme? Les apports de la philosophie latino-américaine », Tumultes, no 48, 2017, p. 39-50. DOI : 10.3917/tumu.048.0039.
[20] L. WITTGENSTEIN, Grammaire philosophique, éd. R. Rhees, trad. de l’allemand par A.‑M. Lescourret, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1980 [1969] ; cf. aussi A. HONNETH, The Struggle for Recognition: The Moral Grammar of Social Conflicts, trad. de l’allemand. par J. Anderson, Cambridge, Polity Press, 1996 [1992].
[21] E. VERÓN, « Remarques sur l’idéologique comme production du sens. », Sociologie et société, vol. 5, no 2, 1973, p. 45-70 ; « Sémiosis de l’idéologie et du pouvoir », Communications, no 28, 1978, p. 7-20.
[22] S. LEVESQUE, « The politics of literature: Indexicality, circulation, and decoloniality », Punctum, vol. 9, no 2, 2023, p. 83-104. DOI : 10.18680/hss.2023.0020.
[23] T. SEBEOK, « Indexical Signs », Signs: An Introduction to Semiotics, 2e éd., Toronto, University of Toronto Press, 2001 [1999], p. 83-101 ; A. ATKINS, « Peirce on Index and Indexical Reference », Transactions of the Charles S. Peirce Society, vol. , no 1, 2005, p. -.
[24] V. N. VOLOSHINOV, Marxisme et philosophie du langage, trad. du russe par I. Tylkowski & P. Sériot, Limoges, Lambert-Lucas, 2010 [1929] ; M. SILVERSTEIN, « Indexical order and the dialectics of sociolinguistic life », Language & Communication, no 23, 2003, p. 199-229. DOI : 10.1016/S0271-5309(03)00013-2.
[25] S. BALLA, « Positionnalité », Anthropen, 2024. DOI : 10.47854/gea2f270 ; D. CARLIER, « Positionnalité dominante et rapports de pouvoir en science politique », Politique et sociétés, vol. 42, no 1, 2023, p. 41–65. DOI : 10.7202/1092963ar.
[26] G. DELEUZE, Logique du sens, Paris, Minuit, 1969 ; V. DESCOMBES, Les institutions du sens, Paris, Minuit, 1996.
[27] W. KEANE, « Sur l’idéologie sémiotique », trad. de l’anglais (États-Unis) par S. Levesque & F. Danos, Cygne noir, no 12, 2024, p. 77-106. DOI : 10.7202/1112622ar.
[28] K. COUTTS-SMITH, « Some general observations on the problem of cultural colonialism », dans S. Hiller (dir.), The Myth of Primitivism. Perspectives on Art, Londres, Routledge, 1991, p. 5-18 ; A. QUIJANO, « Colonialidad del poder y clasificación social », Journal of World Systems Research, vol. 6, no 2, 2000, p. 342-386. DOI : 10.5195/jwsr.2000.228 ; « “Race” et colonialité du pouvoir », Mouvements, no 51, 2007, p. 111-118. DOI : 10.3917/mouv.051.0111 ; E. DUSSEL, 1492. L’occultation de l’autre, trad. de l’espagnol par C. Rudel, Paris, Éditions ouvrières, 1992. 
[29] L. GHERLONE & P. RESTANEO. « Semiotics and Decoloniality: A Preliminary Study between Ju. Lotman and W. Mignolo », Lexia. Rivista di Semiotica, no 39-40, 2022, p. 245-262. DOI : 10.53136/979122180426314.
[30] B. GLOWCZEWSKI, Réveiller les esprits de la terre, Paris, Dehors, 2021 ; S. OMOSULE, « Signs in Indigenous Tales: A Semiotic Analysis », Sinestesieonline, no 30, 2020, p. 1-15.
[31] R. GROSFOGUEL, « Vers une décolonisation des “uni-versalismes” occidentaux : le “pluri-versalisme décolonial”, d’Aimé Césaire aux zapatistes », trad. de l’anglais (États-Unis) par N. Filippi & E. Hoch Delgado, dans A. Mbembe et al. (dir.), Ruptures postcoloniales, Paris, La Découverte, 2010, p. 119-138.
[32] J. LOTMAN, Culture and Explosion, éd. par M. Grishakova, trad. du russe par W. Clark, Berlin, Walter de Gruyter, 2009 [1992].
[33] B. ECHEVERRÍA, « El ethos barroco », Debate Feminista, no 13, 1996, p 67-87. DOI: 10.22201/cieg.2594066xe.1996.13.291.
[34] N. BEAUCLAIR, « Hétérogénéité et pensée frontalière dans la littérature amérindienne », Recherches amérindiennes au Québec, vol. 46, no 2-3, 2016, p. 35-44. DOI : 10.7202/1040432ar.
[35] Cf. C. BOURGIGNON ROUGIER (dir.), Un dictionnaire décolonial, Québec, Éditions science et bien commun, 2021 ; le groupe décolonial de traduction. URL : decolonialtranslation.com ; R. LEMIEUX & M. MAJOR (dir.), Matérialités coloniales de la traduction, Cahiers Remix, no 22, 2024 ; K. CHAGNON, « Colonialisme, universalisme occidental et traduction », TTR, vol. 32, no 1, p. 259-278. DOI : 10.7202/1068021ar.
[36] W. MIGNOLO, « Parce que la colonialité est partout, la décolonialité est inévitable », trad. de l’anglais (États-Unis) par E. Bigé, Multitudes, no 84, 2021, p. 57-67. DOI : 10.3917/mult.084.0057.
[37] L. T. SMITH, Decolonizing Methodologies. Research and Indigenous Peoples, 3e éd., Londres, Zed Books, 2021.