Essai
Nouvelle parution
Michèle Audin, Berbessa. Mes ancêtres colons

Michèle Audin, Berbessa. Mes ancêtres colons

Publié le par Marc Escola

« Je n'avais jamais imaginé écrire l'histoire des colons de Berbessa - je ne les vois pas descendre de moi. Mais, et je n'y peux rien, je descends aussi d'eux. Ainsi sont mes ancêtres : une ouvrière en soie, une repasseuse, et des colons. »

Écrivaine et mathématicienne, Michèle Audin a publié des livres de littérature et d'histoire, sur les anonymes de la Commune, sur les oubliées de sa famille, sur son père Maurice Audin, assassiné par l'armée française en 1957. Berbessa est le lieu où se nouent son identité complexe et notre histoire collective, le village des destins croisés de la France et de l'Algérie en contexte colonial. 

Dans ce récit sans concessions, Michèle Audin poursuit son entreprise historique et littéraire : c'est à une autre écriture de soi en même temps qu'à une autre histoire de la colonisation qu'elle nous invite ici.



Note de l'éditeur : Ce livre est le fruit d'une conversation entamée en février 2021 avec Michèle Audin. Nous souhaitions vivement l'accueillir au sein du catalogue des Éditions de l'EHESS. Après plusieurs échanges et une première rencontre trois ans plus tard, en février 2024, Michèle Audin nous a envoyé le manuscrit de Berbessa en décembre. Le travail éditorial aboutissant à cet ouvrage a été réalisé par Marie Laborit, en dialogue avec l'autrice, entre avril et octobre 2025, peu de temps avant sa disparition, le 14 novembre. Les Éditions de l'EHESS tiennent à remercier Juliette et Claude Sabbah, pour avoir accompagné ce livre après elle, et à saluer la mémoire de Michèle Audin.

Présentation de l’éditeur

Michèle Audin est une mathématicienne qui écrit des livres de littérature et d’histoire. Elle est française, mais a grandi à Alger jusqu’à l’âge de douze ans. Ses parents étaient anticolonialistes, alors que ses ancêtres étaient colons. Ce livre est une enquête historique, sans être un ouvrage académique. Il interroge le passé familial, et pourtant, ce n’est pas une autobiographie. Berbessa est le lieu où se nouent l’identité complexe de l’autrice et notre histoire collective, le village des destins croisés de la France et de l’Algérie en contexte colonial.

Berbessa est le nom d’un village algérien, mais aussi celui d’un hameau des Landes. Cette superposition toponymique illustre la relation coloniale entre la France et l’Algérie : « Cette histoire, de Berbessa à Berbessa, est justement une de celles que je vais raconter. » C’est en faisant des recherches en ligne sur Berbessa, un peu au hasard, que l’autrice se lance dans une quête aussi intime que méthodique. À partir des registres d’état civil, de la presse d’époque et des souvenirs familiaux, elle remonte aux origines de la présence de ses ancêtres en Algérie. Dépliant les silences et les secrets de figures féminines oubliées, l’autrice traverse un siècle pendant lequel cette petite communauté croise la marche du monde.

Michèle Audin a déjà écrit sur l’histoire de sa famille, notamment sur la « vie brève » de son père Maurice Audin, assassiné par l’armée française en 1957. D’un récit à l’autre, sans concession, elle poursuit son entreprise à la fois historique et littéraire : c’est à une autre écriture de soi en même temps qu’à une autre histoire de la colonisation qu’elle nous invite ici.

« J’avais écrit le mot “apartheid”. D’autres me l’ont dit et répété, il n’y avait pas d’apartheid en Algérie. Mais voici la troisième réaction. Elle est arrivée dans un coup de fil de Smaïl, le fils d’amis de mes parents. Lui et son frère Youssef avaient à peu près mon âge, autour de six ans au moment dont je parle, vers 1960, et venaient souvent chez nous, le jeudi. Nous déjeunions ensemble, puis ma mère nous emmenait, Smaïl, Youssef, mon frère Louis et moi, à la piscine. Plus de cinquante ans plus tard, ce que Smaïl m’a dit, c’est : “Je détestais cette piscine parce que mon frère et moi étions les deux seuls Arabes.” Il n’y avait pas d’apartheid colonial. Aucun panneau n’indiquait que la piscine était interdite aux Arabes. Elle ne l’était d’ailleurs pas. »

« Les mots, les noms, ceux des lieux que j’ai croisés en écrivant ce texte, sont aussi liés à cette famille. Tipaza, un des premiers que j’ai écrits, est le nom d’un site romain, à l’ouest d’Alger, au bord de la mer, où nous allions souvent, tous ensemble, le dimanche. C’est aussi là que s’est déroulé mon dernier séjour en Algérie, pour un colloque de mathématiques à la fin d’octobre 2007. Il faisait très mauvais dans le ciel et sur la mer. Le temps crachait son écume sur les ruines. J’ai fait des photos de ce désastre et ce lieu me faisait tellement penser à eux que je les ai envoyées à Charlye et Christian avec un “devinez où je suis” – et ils n’ont pas trouvé. »

Table des matières

• Avant-propos

• En manières d’ntroduction

• Chapitre premier. Visiter Berbessa. Vingt et unième et vingtième siècles

• Chapitre 2. Algérie colonisée

• Chapitre 3. Colons suisses

• Chapitre 4. Secrets de famille

• Chapitre 5. Vingtième siècle

Remerciements et sources

Index des noms de personnes

Index des noms de lieux