Pour certains auteurs, l’impression de l’ouvrage relance l’écriture au lieu d’y mettre un terme. Cet ouvrage réexamine l’histoire littéraire et les Rougon-Macquart à la lumière des épreuves typographiques, où Zola révise littéralement le texte de chaque roman à la dernière minute.
L’ouvrage offre une perspective large et inédite sur l’histoire du livre. Il considère les derniers instants de l’écriture littéraire en saisissant le processus de création au cœur même de la machine éditoriale, alors que le texte circule parmi les professionnels de l’imprimerie, de la presse et de l’édition. Il offre une perspective unique sur la saga des Rougon-Macquart : loin de se concentrer exclusivement sur son plan d’écriture au point de négliger son style, Zola utilise ces derniers moments pour renforcer ses effets et captiver son public.
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À peine passée sous presse, l’œuvre revient à son auteur sous forme d’épreuves ou de placards. Certains écrivains font de leur texte alors imprimé un nouvel espace pour en ajuster la force et les effets : ce sont les derniers lieux de l’écriture. Ce fut le cas, de manière exemplaire, de Balzac qui modifiait sans fin le texte des placards, comme pour une création illimitée. Cet ouvrage inscrit dans l’histoire de l’imprimé moderne le travail sur épreuves tel qu’il est conçu et pratiqué au xixe siècle, et propose à cette lumière une relecture de la série zolienne des Rougon-Macquart.
Les finitions de Zola relèvent d’une déontologie littéraire scrupuleuse : conservées par l’auteur au même titre que ses manuscrits, les épreuves censurées, annotées, tamponnées, témoignent du souci d’ancrer le roman naturaliste dans la réalité contemporaine. Du contexte éditorial dont elle est imprégnée, la finition zolienne retire une conscience aiguë de l’effet romanesque : il faut rendre le réel, « faire de la vie » à destination du lecteur et de la lectrice, tout proches. L’étude génétique adoptée dans cet ouvrage permet de montrer comment Zola fait de la finition un lieu d’affirmation éthique et littéraire, de renouvellement esthétique et d’invention romanesque.
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Ancienne élève de l’École normale supérieure de Lyon, agrégée et docteure en lettres modernes, Hortense Delair est professeure de classes préparatoires au lycée Robespierre d’Arras. Membre du Centre Zola de l’ITEM/CNRS-ENS, elle fait partie des comités de rédaction des Cahiers naturalistes et de Genesis.
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Table des matières
Introduction
Première partie. La finition, un retour sur l’imprimé
L’industrie de la dernière main
Manuscrit et imprimé :une cohabitation d’Ancien Régime ?
Ce que dit une page imprimée
Une écriture à plusieurs mains
Les écrivains à l’épreuve de la typographie
Les manuscrits typographiques d’Honoré de Balzac
L’épreuve, un lieu commun
Deuxième partie. Émile Zola ou la relecture en action
Dans les imprimés d’Émile Zola
Relire à l’aune du journal
Espaces d’épreuves
Relire Les Rougon-Macquart
Un corpus d’épreuves typographiques
Vingt ans d’écriture in extremis
Relire par-delà le cycle
Troisième partie. Une écriture de l’effet
Le dernier lieu du style
Finition et styles d’époque
L’épreuve pour faire impression
La finition aux prises avec le scénario
L’ambition totalisante en question
Actualité de la finition
Conclusion
Annexes
Bibliographie