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Lire en commun :

Lire en commun : "communautés interprétatives" et engagements littéraires contemporains (revue Fixxion)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Estelle Mouton-Rovira)

Lire en commun, lire ensemble, ou lire avec : souvent postulé de façon abstraite par la visée généralisante des théories de la réception, minoré par l’importance attachée par la critique à l’expérience singulière de la lecture (Hamel, 2015), réaffirmé par des tentatives de saisie pratique de la « lecture réelle » (Parmentier, 2017), l’horizon collectif de la réception demeure un enjeu stimulant, à la croisée de la théorie littéraire, de la critique des textes, et de la réflexion sur les pratiques littéraires. Ce volume se propose d’explorer les conditions de l’interprétation des textes littéraires dits « engagés » à l’époque contemporaine, qu’on définisse cette littérature comme « impliquée » (Blanckeman, 2013) ou « embarquée » (Huppe, 2023). Dans un espace littéraire marqué par le renouveau des problématiques écologiques, féministes, sociales, postcoloniales et géopolitiques, il s’agira de questionner la manière dont ces textes sont lus et reçus au sein des différentes communautés qui les interprètent, ainsi que la façon dont ils s’intègrent aux usages de leurs lecteurs et lectrices, et dont ils interrogent leurs modes de lecture.

Notre réflexion s’appuiera sur la notion de « communautés interprétatives » (Fish, 2007), qui souligne que toute lecture est en partie déterminée par des normes et des conventions partagées. Si les oppositions entre lectures savantes et lectures ordinaires ont pu être nuancées (Decout, 2021), il importe d’élargir la réflexion au-delà des pratiques académiques, pour envisager des exemples concrets de communautés littéraires variées : hexagonales, parisiennes, militantes, professionnelles, ou encore celles qui se forment autour des prix littéraires (Goncourt, etc.).

Comment, dans ces conditions, définir et pratiquer une « lecture située » (Zenetti, 2023) ? Comment les appartenances collectives, explicites ou non, conditionnent-elles les gestes de lecture ? Comment les textes contemporains « engagés » interrogent-ils les enjeux politiques et démocratiques de la littérature (Servoise, 2022) ? Ce numéro invite à examiner la construction sociale du sens, la circulation des interprétations, ainsi que les dynamiques d’adhésion ou de rejet au sein des différents publics.

Axes de réflexion

1. Lire en commun : théories, méthodes et fabrique des lectures situées

Lire en commun, c’est d’abord faire dialoguer des répertoires méthodologiques et théoriques variés, dans un échange entre les voix du texte et celles de ses destinataires. Les contributions pourront analyser :

  • La construction et la transmission des présupposés collectifs qui déterminent ou relancent la réception des textes « engagés ».
  • L’« opérativité empirique » (Wagner, 2024) de la notion de communauté interprétative dans différents champs (universitaire, militant, éditorial, médiatique).
  • L’articulation entre les approches herméneutiques traditionnelles et les modes de lecture inspirés des studies.
  • Les relectures et réécritures, en tant qu’elles déplacent et redéfinissent le cadre de la réception. Sont-elles révélatrices de communautés de lecteurs (comme par exemple la relecture de Camus par Kamel Daoud) ?
  • La circulation et la transformation des genres littéraires : comment la littérature française et francophone relit-elle des textes ou genres médiatiques ? (comme le postapocalyptique ou le polar) ?


2. Agentivité des textes et émergence des communautés interprétatives

Les textes littéraires contemporains portent-ils en eux des formes d’agentivité qui fédèrent ou fabriquent des publics ? Les contributions pourront étudier :

  • Les choix formels (non-fiction, performance, fiction critique, essai, poésie) et leur capacité à générer ou renouveler des communautés interprétatives.
  • Les lectorats présupposés, impliqués ou fabriqués par les textes. Comment les textes fabriquent-ils concrètement des publics et fédèrent-ils leur communauté interprétative (par exemple chez Éric Vuillard ou Nathalie Quintane) ? Quel est le rôle des stratégies internes aux œuvres, des postures d’auteur et des discours péritextuels ?
  • Comment peut-on articuler une réflexion sur les engagements contemporains et le métier d’éditeur (Glinoer, 2024)


3. Pratiques collectives de la réception : ateliers, clubs, lieux de lecture

Ce numéro souhaite enfin s’intéresser aux pratiques collectives de la réception, entendues comme pratiques sociales. Les contributions pourront explorer :

  • Les liens entre réception, engagement et militantisme.
  • Les ateliers d’écriture, notamment in situ (espaces politisés, hospitaliers, carcéraux, professionnels, universitaires) et leur rôle dans la formation de communautés de lecture.
  • Les clubs de lecture, les collectifs comme l’Oulipo, ou les pratiques de lecture dans des contextes non littéraires (humanités médicales, ateliers en entreprise, etc.).
  • Les traces collectives de la réception, y compris numériques.

Cette réflexion souhaite ainsi éclairer les reconfigurations actuelles des liens entre esthétique, éthique et politique, en interrogeant la façon dont l’acte de lire participe lui-même à la formation de nouvelles communautés de sens.

Échéance : 1er juin 2026. Les propositions de contribution (environ 300 mots), portant sur les littératures françaises et francophones doivent être envoyées en français ou en anglais, à fixxion21@gmail.com

Après notification de la validation, le texte de l’article définitif (saisi dans le gabarit Word et respectant les styles et consignes du Protocole rédactionnel) est à envoyer à fixxion21@gmail.com avant le 15 décembre 2026 pour évaluation.

Éléments bibliographiques :

Blanckeman, Bruno, « L’écrivain impliqué : écrire (dans) la cité » dans Narrations d’un nouveau siècle, Bruno Blanckeman et Barbara Havercroft (dir.), Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2013.

Decout, Maxime, Éloge du mauvais lecteur, Paris, Minuit, « Paradoxe », 2021.

Fish, Stanley, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives, trad. de l’anglais (américain) par Étienne Dobenesque, Paris, Les Prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », 2007.

Glinoer, Anthony, Être éditeur. Histoire, discours, imaginaires, Paris, L’Echappée, 2024.

Hamel, Jean-François, « Émanciper la lecture. Formes de vie et gestes critiques d’après Marielle Macé et Yves Citton », Tangence, n° 107, 2015, p. 89–107.

Haraway, Donna, « Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and The Privilege of Partial Perspective », Feminist Studies, Vol. 14, No. 3 (Autumn, 1988), pp. 575-599. 

Huppe, Justine, La littérature embarquée, Paris, Éditions Amsterdam, 2023.

Parmentier, Marie, « Lectures réelles et théorie littéraire », Poétique, 2017/1 n° 181, p. 125-141.

Servoise, Sylvie, Démocratie et roman. Explorations littéraires de la crise de la représentation au XXIe siècle, Paris, Hermann, « Savoirs lettres », 2022.

Wagner, Frank, « “Communautés interprétatives” : théorie et pratique(s) » dans Communautés interprétatives. Autour de Stanley Fish, Vincent Ferré (dir.), Leiden-Boston, Brill, coll. « CRIN », p. 8-30.

Zenetti, Marie-Jeanne, « Lecture située », dans Nouveaux fragments d'un discours théorique. Un lexique littéraire, Emmanuel Bouju (dir.), Québec, Codicille éditeur, 2023, https://codicille.pubpub.org/pub/zenetti-lecture-situee/release/1.