Finaliste au Prix Goncourt 1910 aux côtés de Marie-Claire de Marguerite Audoux, L'Hérésiarque et Cie d’Apollinaire et De Goupil à Margot (lauréat) de Louis Pergaud, La Vagabonde permit à Colette Willy, alors également actrice et mime, de consolider sa place en tant qu’écrivaine sur la scène littéraire de la Belle Époque. La richesse du roman, inscrit au programme du concours de l’ENS en 2023, et ses prolongements dans d’autres domaines artistiques, offrent de nombreuses perspectives de relecture, en complément des travaux qui ont mis en valeur l’aspect autobiographique du texte ou son importance dans le renouvellement du regard sur le monde des coulisses du spectacle à la Belle-Époque.
Nous proposons aux contributeurs/trices d’aborder l’œuvre de sa parution en feuilleton dans La Vie parisienne jusqu’à ses prolongements dans les éditions illustrées ou les adaptations pour le cinéma (1918) et la scène (1923), adaptations déjà en germe dans l’écriture hautement polyphonique et dialogique du roman. Une étude comparative du roman et du texte théâtral serait à cet égard bienvenue, tout comme une ou plusieurs analyses touchant à la question de l’hybridité générique de ce roman. Il s’inscrit en effet dans le contexte de refontes formelles propres au genre romanesque depuis la fin du 19e siècle. La Vagabonde se situe au carrefour du « roman personnel », des romans sentimental, épistolaire et à clés, ainsi que du roman de vengeance. Les réflexions sur l’Art et la célébrité que Colette y propose pourraient également faire l’objet d’une étude qui commente la posture de l’autrice dans le champ littéraire des années 1910.
Sur le plan thématique, Colette, de même que ses confrères romanciers, s’interroge sur les possibilités et modalités des relations amoureuses. Elle réinvestit le mythe de Diane et explore les conséquences morales et pratiques de la solitude au féminin tout en abordant assez frontalement la question du désir et de la sexualité hors du cadre du mariage. Chemin faisant, elle campe un contexte amoureux dont elle révèle la violence symbolique et réelle envers les femmes. Ces deux aspects ont fortement influencé la réception de cette œuvre qui pourrait, elle aussi, faire l’objet d’un examen attentif, en France comme à l’étranger, dans la critique comme dans le domaine de la traduction.
Pour finir, la stylistique n’est pas en reste : il pourrait être intéressant de réfléchir sur l’art de la caricature et la violence de la plume de Colette elle-même qui met dans ce récit les premières pierres à l’édifice de la légende noire de Willy (qu’elle parachèvera dans Mes apprentissages [1936]). Si la prose poétique a valu de nombreux éloges à ce texte, le ton revendicatif qu’arbore Colette est assez singulier pour que l’on s’y arrête (c’est, à notre connaissance, le seul texte de l’œuvre entier où l’on trouve le terme « partriarcal »). L’ironie qu’elle y déploie pour mieux toucher ses cibles – soit la bourgeoisie et le monde culturel et médiatique de la littérature « commerciale » – mérite assurément elle aussi d’être étudiée de près.
Aux auteurs qui voudraient explorer d’autres aspects de l’œuvre ou de sa réception, il est rappelé que la Série Colette dispose de rubriques « Variétés » et « Mémoire de la critique ». L’actualité éditoriale très riche de l’année 2025 permettra également aux contributeurs/trices qui le souhaitent de nous proposer leur compte-rendu pour la rubrique « Recensions ».
Date limite d’envoi des propositions : 30 juin 2026
Date de confirmation d’acceptation : 15 juillet 2026
Date de remise des articles : 18 décembre 2026
Parution du numéro : 2027
Les propositions d’article (titre et résumé de 15-20 lignes, bibliographie indicative), assorties d’une courte bio-bibliographie (5 lignes : principales lignes de recherche, coordonnées et rattachement institutionnel), sont à envoyer à revuecolette2022@gmail.com.
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Comité scientifique :
Guy Ducrey, Université de Strasbourg
Jacques Dupont
Corentin Zurlo-Truche
Flavie Fouchard, Université de Séville
Responsables du numéro 3 : Flavie Fouchard, Corentin Zurlo-Truche