Édition
Nouvelle parution
Roger Gilbert-Lecomte, Tablettes d'un visionné

Roger Gilbert-Lecomte, Tablettes d'un visionné

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne

« Viendront d’autres horribles travailleurs… » On se souvient de la prophétie rimbaldienne qui figure dans la lettre dite « du Voyant ». Ces horribles travailleurs, manifestation d’une veine orphique profonde, trouvèrent au siècle dernier en Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) — comme en Dino Campana, Georg Trakl, O. V. de L. Milosz ou, plus près de nous, C.G. Guez Ricord, pour ne citer que ceux-ci — leur plus haute et leur plus pure incarnation.

Laissant une œuvre fragmentaire et rare (« écrivant peu, je me promets de n’écrire que l’essentiel », avertissait-il), Gilbert-Lecomte aura consacré sa brève existence à ce que Novalis appelait la recherche du Moi transcendantal. Ce qui l’intéressait, en effet, c’était cet « en deçà » du souvenir perdu, l’« effort admirable » qui seul justifiait à ses yeux l’expérience poétique, expérience qu’il aimait à définir comme une lutte désespérée contre l’amnésie.

Aussi le florilège que nous proposons sous le titre de Tablettes d’un visionné puise-t-il ces images eidétiques dans les trois recueils laissés par le poète — La vie l’amour la mort le vide et le ventLe Miroir noir et Caves en plein ciel — ainsi que dans deux ouvrages inachevés, Retour à tout et Tic la peur. Ces images, traduisant une forme de perception particulière du réel, sont l’apanage de la voyance orphique évoquée plus haut, donnant à respirer cet « air fœtal » qu’un Antonin Artaud, par exemple, sut reconnaître et saluer fraternellement.

Enfin, le nom de Roger Gilbert-Lecomte reste associé à celui d’un autre inspiré, René Daumal, avec qui il fonda le mouvement et la revue Le Grand Jeu (1928 – 1930).