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La Réputation : revers, désordres, paradoxes; XVIe – début du XIXe s. (Orléans)

La Réputation : revers, désordres, paradoxes; XVIe – début du XIXe s. (Orléans)

Publié le par Marc Escola (Source : POLEN/CLARESS)

La Réputation : revers, désordres, paradoxes (XVIe – début du XIXe siècle)

Colloque interdisciplinaire

Orléans, 12 et 13 novembre 2026

Dans le prolongement des précédents projets collectifs sur « l’Anecdote » et « le Secret », l’équipe CLARESS / POLEN (UR 4710 ; Université d’Orléans) déploie actuellement un projet consacré aux « Revers et désordres de la réputation du XVIe au début du XIXe siècle » [1]. Après quatre journées d’étude, le colloque international portant sur les revers, désordres et paradoxes de la réputation viendra prolonger ce projet commun.

À l’intersection de l’histoire sociale, de l’histoire de l’écriture de soi et de l’histoire des représentations, la réputation, envisagée à travers ses perturbations (revers, désordres et paradoxes), permet d’interroger, sur le temps long, les normes et valeurs à l’œuvre dans les sociétés. Si l’échelle individuelle apparaît de prime abord comme la plus évidente, l’analyse de la réputation collective – qu’il s’agisse de groupes sociaux, qui se pensent ou sont pensés en tant que « corps », de groupes non constitués mais décrits ou dénoncés en tant que tels ou d’espaces sociaux particuliers – éclaire tout autant les normes et valeurs qui structurent les mécanismes et critères de reconnaissance ou de disqualification, qu’elles soient mobilisées à un moment donné ou analysées dans leur évolution. 

Envisagée comme un phénomène à la fois provisoire et dynamique, en constante élaboration, la réputation s’impose en effet comme un observatoire privilégié pour analyser les pratiques culturelles et les stratégies de médiatisation employées pour agir dans le monde social, ainsi que leurs transformations pendant la période considérée.Située au croisement entre le privé et le public, elle révèle les multiples relations entre ces deux sphères, telles qu’elles s’expriment dans les actions individuelles et collectives et se déploient dans les espaces sociaux. Ce faisant elle contribue à définir leurs frontières en recomposition permanente.

Si la réputation tient d’abord au regard d’autrui sur un individu ou un groupe, elle agit aussi sur le sentiment de soi suscité par ce regard. Ses désordres ou revers apparaissent lorsqu’une parole ou une action extérieure la met en cause et oblige à réagir. Ces réactions peuvent prendre des formes très diverses, allant du simple constat d’échec aux pratiques de subversion, voire de retournement des critères et instances de validation d’une réputation donnée. L’auteur non reconnu académiquement peut, par exemple, se prévaloir de cette exclusion comme signe de liberté. Le saint non canonisé peut affirmer ainsi sa plus grande authenticité. L’exilé s’autorise de cette situation pour revendiquer un regard plus honnête. Ces quelques exemples, loin d’être isolés, illustrent la possibilité qu’un « revers » de la réputation soit réinterprété de façon paradoxale, voire revendiqué, pour affirmer de nouvelles catégories ou critères, mettant en question le système de valeurs en vigueur. 

Certes, les modalités de construction de la réputation [2] ont déjà fait l’objet d’études Cependant, en orientant l’analyse vers ses revers et désordres, il devient possible d’interroger à nouveaux frais les mécanismes et référentiels de la réputation, leurs limites et déplacements possibles, mais aussi les hiérarchies d’interprétation et les rapports de pouvoir qui les sous-tendent. Nous nous situons ainsi dans une perception constructiviste où la réputation n’est pas un donné ni un acquis mais le fruit de relations dialectiques, de constructions textuelles et sociales. Dès lors l’analyse associera études de cas et interrogations transversales. 

A ce titre, la réputation révèle notamment le rôle grandissant de la médiatisation au cours de la période envisagée. L’évolution de l’imprimé change le traitement de la réputation dans sa nature et son échelle, en la sortant des instances et groupes prédéfinis, de l’environnement social immédiat des individus (Cavaillé) [3], vers un espace public plus large, dans lequel ses désordres peuvent prendre une autre dimension et demander de nouvelles stratégies de contestation et de réaction, par de nouvelles pratiques d’écriture et de publication pour agir dans le monde social.

Dès lors, quatre axes viennent nourrir cette réflexion sur la description de ces revers et désordre, leurs conséquences et leur éventuelle réparation :

1. Temporalités et espaces sociaux : une analyse située.  

La réputation n’est pas un donné ni un élément immuable. Ce premier axe se propose d’interroger les paradoxes et remises en causes de la réputation au travers de plusieurs questions en lien avec la temporalité, les contextes sociaux, les espaces. Ainsi, il s’agira d’aborder la dialectique entre temps court et temps long, pour porter une réflexion sur les revers, distinguant par exemple la faillite à long terme et l’accident (économique, protocolaire…). Cette dialectique portera également sur les effets du revers et la capacité à affecter durablement la dimension sociale d’une réputation. Une attention particulière sera portée ici aux situations d’exil, bannissement et emprisonnement, à la fois comme conséquence d’un revers de réputation et affirmation publique de ce dernier, qu’il s’agisse de persécution, marginalisation, mise au secret. Elles peuvent en effet transformer un revers en ressource de réputation, par exemple religieuse.  Interroger le temps long ouvre également à la question des pratiques et de la matérialité de l’archivage sur la temporalité de la réputation entre mémoire, oubli et réévaluation. A l’échelle de la famille, les enjeux de transmission ressortent comme primordiaux. Dans cette attention aux temporalités, la question des « modes » s’avère cruciale, qu’elle concerne les vêtements ou les formes littéraires entre autres. D’une part, supposant une norme, réelle ou affirmée, elle porte le discrédit sur les pratiques en décalage. D’autre part, leur fragilité suscite un déclassement tout aussi rapide qui nécessite une adaptation. Enfin, ces normes varient selon les espaces sociaux et suscitent parfois des contradictions selon lesquelles un comportement est disqualifié dans un endroit et loué dans un autre. Les classements connaissent ainsi des significations différentes selon les contextes.

2. Les jeux d’écriture et leur matérialité.  

Ce deuxième axe propose de centrer l’attention sur les formes de l’écrit et leurs rôles dans la reconquête (ou les tentatives de reconquête) d’une réputation. Il s’agira d’interroger les pratiques d’écritures pour faire ressortir d’éventuelles stratégies qui associent choix du genre, sollicitation d’intermédiaires, jeu entre manuscrit et imprimé… Seront considérés ici les écrits qui peuvent viser la réparation ou l’attaque d’une réputation, des écrits personnels jusqu’aux annales urbaines. Cela ouvre alors à la question des paradoxes que le passage à l’écrit fait émerger : Peut-il se retourner contre celui qui en use à des fins critiques ? La publication d’un écrit de soi peut-il menacer la réputation de son auteur ou de son autrice ? Une attention particulière sera portée à l’articulation des textes, qu’il s’agisse du croisement entre des genres différents pour un même auteur, des écrits successifs de plusieurs générations ou du dialogue affirmé entre textes contradictoires. Cet axe nourrira également une approche réflexive de nos attitudes de recherche par l’interrogation de la nature et du statut des sources qui permettent d’approcher ces revers et désordres, pour voir comment se construit le récit du revers de la réputation dans des sources biographiques ou autobiographiques, judiciaires, mais également dans des sources de la pratique.  

3. Les passages entre privé et public, entre singularité et collectivité. 

Les revers et désordres de la réputation naissent parfois de la contradiction entre espaces sociaux différents, entre l’échelle individuelle et l’échelle collective. Il s’agira ici de poser les questions du transfert de réputation, du privé au public (quelles formes et limites, pour quelle efficacité), des logiques contradictoires entre diverses instances de validation (académiques, judiciaires, religieuses, sociales…) qui créent du désordre dans les réputations ou permettent d’en déjouer les effets négatifs. La relation aux institutions de validation ou de disgrâce est en effet dialectique et suppose des attitudes de compensation, rachat ou à l’inverse d’affirmation d’une distance. Les formes de la signification de la disgrâce ou du discrédit pourront également être abordées comme le rire, les gestes, les rituels. Outre la forme, leur dimension publique sera un point important, dans sa dimension de stigmatisation et de ce que cela suppose en sentiment de honte, frustration, stupéfaction, colère. Des communications relatives à l’étude des émotions seront ainsi bienvenues. La dimension familiale prend ici toute sa place, notamment par l’étude des formes de compensation mises en place pour dissimuler ou racheter un revers de réputation voire pour masquer les désordres à la face de la société. En un mot, quelles stratégies sont déployées par les familles ou les groupes sociaux pour réparer ou contrer les revers de réputation d’un de leurs membres ? Dans cette attention aux échelles, la ville apparaît comme un espace important, à la fois lieu de remises en cause de réputation, mais également vecteur, pour certaines familles, d’une réputation élargie. Les familles échevinales, par exemple, peuvent ainsi construire conjointement une réputation familiale et une réputation municipale. Le discrédit de l’un peut alors remettre en cause l’autre dimension.

4. La cristallisation dans les objets, pratiques, savoirs ou arts. 

Ce dernier axe veut élargir les supports d’analyse, au-delà de l’écrit. Pourront ici prendre place les interrogations sur les objets comme marqueurs de réputation paradoxale ou signes de revers de réputation, voire d’infamie, qu’il s’agisse de parures, de reliques, de cadeaux. Ils peuvent en effet devenir porteurs d’une réputation contestée ou instruments de réhabilitation. La temporalité ou le contexte interculturel jouent alors un rôle à mesurer.  De même, ils peuvent marquer une contestation ou subversion des normes en vigueur. Une attention particulière sera portée aux portraits et à leur mobilisation dans ces dynamiques de discrédit, compensation et réhabilitation, qu’il s’agisse de leur commande ou de leur circulation. Enfin, le savoir-faire peut s’affirmer comme source de réputation ou de sa remise en cause.  Ainsi, par quelles pratiques, réalisations ou créations est-il possible de réhabiliter la réputation mise en cause d’un métier ou d’une compétence professionnelle voire artisanale ? Cette réputation des activités peut alors définir celle d’une ville, voire devenir un élément essentiel de sa définition. La qualification urbaine par la profession ou le savoir, et sa remise en cause, constituent ainsi l’un des axes que le colloque souhaiterait porter. 

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[1] https://www.univ-orleans.fr/fr/polen/le-laboratoire/les-equipes/claress

[2] Voir par exemple Antoine Lilti, Figures publiques. L’invention de la célébrité, 1750-1850, Paris, Fayard, 2014 ; Friedrich Zunkel, Art. « Ehre, Reputation », in Otto Bruner, Werner Conze et Reinhart Koselleck (dir.), Geschichtliche Grundbegriffe. Historisches Lexikon zur politisch-sozialen Sprache in Deutschland, t. 2, Stuttgart, Klett-Cotta, 1975, p. 1-63.

[3] Jean-Pierre Cavaillé, « Diffamation imprimée et renommée d’auteur. Le cas Dassoucy au XVIIe siècle », Communications 93 (2013/2), p. 203-215, ici p. 205 sq. 

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Modalités de participation et de candidature : 

Les interventions, en français, seront limitées à une durée de 20 minutes. Les propositions de communication (environ 2500 signes, espaces compris), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 15 mars 2026 aux adresses suivantes : christophe.speroni@univ-orleans.fr; sebastian.turk@univ-orleans.fr

Les propositions des jeunes chercheuses et jeunes chercheurs sont particulièrement bienvenues. 

Calendrier :

Envoi des notifications d’acceptation avant le 15 avril 2026.

Les textes des communications sont attendus dans une version provisoire pour le 15 octobre, afin de permettre l’organisation des discussions.

Le colloque se tiendra les 12 et 13 novembre, à l’Hôtel Dupanloup, Orléans. 

Comité organisateur:

Candice Le Guern, Doctorante contractuelle en histoire moderne, Université d’Orléans.

Gaël Rideau, Professeur d’histoire moderne, Université d’Orléans

Christophe Speroni, Maître de conférences en histoire moderne, Université d’Orléans.

Sebastian Türk, Maître de conférences en civilisation allemande, Université d’Orléans.