À l'initiative de Léo Mesguich, Marion Moll et Capucine Zgraja, Acta fabula consacrait en mars dernier l'un de ses dossiers critiques aux "Nouveaux regards sur la lecture", en témoignant ainsi de la grande vitalité de ce champ de recherches. Les Colloques en ligne de Fabula en donnaient quelques mois plus tard une autre preuve en accueillant les actes du colloque "Écrire la lecture" réunis par Maxime Decout et Léo Mesguich. Le sommaire montrait combien l’écriture de la lecture semble être devenue l'une des préoccupations de notre époque, tant du côté des œuvres mêmes, où les écrivains interrogent ce moment de la lecture où un texte échappe à son auteur, que de la théorie littéraire, qui se démarque des études sur la réception des années 1970-1980 en tentant de cerner une possible "lecture réelle". L'interrogation sur les manières d’écrire la lecture ne se laisse évidemment pas dissocer d’un questionnement sur la lecture de ces lectures écrites — lecture à la puissance deux et comme par procuration. Que signifie lire une lecture ?
C'est au tour de la revue suisse Versants de prendre la question de la lecture à bras le corps : "Lecteur et lecture : un état des lieux", à l'initiative de M. Bagyan, A. Buchs et A. Paschoud. Si Barthes avait voulu consacrer la mort de l'auteur par la naissance du lecteur, le chassé-croisé escompté semble surtout avoir permis une reconfiguration féconde de la figure même de l’écrivain, lequel n’hésite plus désormais à inviter ses lecteurs et ses lectrices au cœur de l’univers fictionnel. Aussi lecteur, auteur et critique – sans qu’il soit d’ailleurs toujours possible de distinguer ces trois figures – ont-ils depuis plus d’un demi-siècle initié un dialogue passionnant dont ce sommaire de Versants cherche à se faire l'écho.