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Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée (Sorbonne Université)

Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée (Sorbonne Université)

Publié le par Marc Escola (Source : Arianna Bocca-Pignoni)

Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée

À la suite de la journée d’étude “Penser le style des littératures écrites et dessinées : pratiques de la greffe”, qui s’est tenue à Sorbonne Université le 31 mai 2024, ce séminaire vise à poursuivre les discussions autour de l’objet style en prolongeant le dialogue esquissé entre littérature et bande dessinée. 

Pensé en littérature comme un écart avec la norme, ou comme une illustration de celle-ci, comme l’expression d’une singularité auctoriale ou comme le reflet d’une allégeance à un courant littéraire, à un genre, voire comme le témoignage de la langue d’une époque, le concept de style s’avère aussi malléable qu’épineux pour la recherche. Prise au croisement de diverses « mystiques » selon François Rastier, à la fois inévitable, et malaisée d’approche, la notion a donné lieu à de nombreuses réflexions depuis l’œuvre fondatrice de Charles Bally instituant en France la discipline de la stylistique. En vertu de sa nature protéiforme, on reconnaît toutefois à la notion de style son adaptabilité puisqu’elle s’emploie aisément pour caractériser tous les domaines et les formes d’expressions, au-delà du seul champ littéraire. 

Aussi, interroger le style en bande dessinée c’est se heurter aux spécificités du médium : l’hybridité iconotextuelle qui le définit et la réalité souvent collective de sa production. Dans la lignée des approches logocentrées de la bande dessinée, les études liées au style de ce médium se sont originellement concentrées sur ses récits et ses discours. Progressivement, l’intérêt croissant porté à l’esthétique de la bande dessinée a conduit à mener des études stylistiques de ses images, en tentant de dégager des filiations artistiques dans ce qui est considéré non plus seulement comme un médium mais bien comme un neuvième art. Réévaluer la dimension picturale de la bande dessinée amène à s’interroger sur la qualité des images valant pour elles-mêmes, au-delà de leur rôle seulement narratif, en mettant au centre de la préoccupation esthétique la notion de graphiation. Cependant, ces travaux n’en restent pas moins sporadiques et les récentes études font, en tentant de le combler, le constat d’un manque critique important.

Ce séminaire prend donc le parti de mettre en regard des approches variées, opposées ou complémentaires du style. Tout en s’abstenant de considérer le médium de la bande dessinée comme un simple genre dérivé de la littérature, il s’agira d’envisager, en parallèle ou dans un même geste, des productions pouvant relever de ces deux champs contigus : le roman, la nouvelle, le poème, la micro-fiction, aussi bien que les genres de l’autobiographie au sens large, dans l’album, la planche, le strip voire le cartoon.

Chaque séance sera l’occasion d’exposer, de confronter ou de réconcilier des approches diverses de la notion de style, notion plastique qui s’avère d’autant plus malléable dès lors qu’on l’applique tour à tour à des corpus textuels ou iconotextuels. Il s’agira ainsi de faire dialoguer deux chercheur·euses spécialistes, l’un·e de littérature écrite, l’autre de bande dessinée, au fil de six rencontres. 

Inscription obligatoire aux adresses suivantes : 

arianna.bocca[a]etu.sorbonne-universite.fr

clara.cini[a]sorbonne-universite.fr

norbert.danysz[a]univ-lyon2.fr

Programme

  • 11 octobre 2024  - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D223) : Représentations médiévales et constructions stylistiques

Astrée Ruciak (Sorbonne Université, STIH) - "De la personne au personnage : la sorcière, une construction stylistique"

Avant d’être mise en lumière comme un personnage, « la sorcière » est une accusée relevant d’une catégorie juridique. Le XVI e et le début du XVII e siècles renouvellent ce constat à mesure que les démonologues comme Jean Bodin, Henry Boguet, Pierre Le Loyer ou Pierre de Lancre réexaminent les pouvoirs du diable et de sa secte dans leur Démonomanie, Discours exécrable des sorciers, Discours et histoires des spectres et Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons. Si nos quatre auteurs ont recours à de mêmes faisceaux stylistiques pour accréditer la culpabilité de ces femmes, la figure de la sorcière gagne aussi en consistance à mesure qu’ils l’intègrent dans un dispositif de monstration de plus en plus ambigu. Les choix de style qui entérinent le stéréotype côtoient dès lors ceux qui dramatisent – pour le plus grand plaisir du lecteur – sa monstruosité. Nous souhaitons dès lors mettre en évidence quelques-uns de ces procédés, aussi bien du côté d’une pratique propre au genre démonologique que des variations individuelles où le style d’auteur contribue à forger de merveilleuses coupables.

Anna Denis (Université Paris-Est Créteil) - "Du feuillet à la planche : le Moyen-Âge en cases"

La résurgence de la référence médiévale dans nos sociétés occidentales contemporaines est un phénomène bien identifié et étudié depuis quelques décennies. De fait, le Moyen Âge traverse tous les pans de notre culture, s’infiltre dans les publicités, investit les discours politiques. Quant aux arts, ils se parent eux aussi de couleurs médiévales. Les divers réemplois de cette matière issue d’un long passé millénaire se traduit par une multiplicité d’expériences et de projections dissemblables voire même inconciliables. En fait, le Moyen Âge apparait surtout comme un outil efficace pour penser le monde contemporain dans toute son hétérogénéité et sa complexité. En matière artistique, les modalités de mise en scène du Moyen Âge dépendent souvent des spécificités du medium utilisé. S’il apparait difficile de parler d’un « style » de bandes dessinées « médiévales » ou « médiévalistes », car cela reviendrait à les considérer comme un ensemble homogène, en revanche, l’étude des emprunts et divers réemplois d’un motif médiéval et de son impact sur le style d’un·e auteur·ice peut s’avérer féconde. Tel sera l’objectif de cette intervention.

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  • 6 décembre 2024 - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D223) : Style des auteurs, style des œuvres ?

Stéphane Bikialo (Université de Poitiers, FoReLLIS) - "Le style, c’est l’œuvre."

A partir d’œuvres (verbales ou iconotextuelles) qui se caractérisent par une utilisation massive de « documents » attestés (témoignages, lettres, essais scientifiques, informations journalistiques, je me propose d’interroger à la fois le style de ces œuvres et ce qu’elles nous disent de la notion même de style (principalement au niveau des rapport entre texte et image et discours littéraire et discours ordinaire).

Je m'appuierai principalement sur des BD dites de reportage ou documentaires (par exemple Perpendiculaire au soleil de Valentine Cuny-Le Callet, Algues vertes d'Inès Léraud et Pierre Van Hove et Très chers élus d'Elodie Guéguen, Sylvain Tronchet et Erwann Terrier) et sur des récits ou romans relevant de la littérature dite de terrain (par exemple Arno Bertina, Ceux qui trop supportent, Sophie Divry, Cinq mains coupées, Nathalie Quintane, Les Enfants vont bien).

David Pinho Barros (Universidade do Porto / Instituto de Literatura Comparada Margarida Losa) - "La ligne claire : un style passe-partout ?"

Cette conférence propose d’avancer quelques hypothèses de réponse à la question posée par son titre. C’est-à-dire, de comprendre la portée étendue des projets de narration et de représentation que la ligne claire a servi, et continue à servir, en bande dessinée. Mais aussi de réfléchir sur les implications de ce style au-delà de cet art, interrogeant la ligne claire à propos de ses inclinaisons transmédiatiques et essayant de saisir sa persistante malléabilité.

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  • 24 janvier 2025 - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D513) : Principes, survivances et modernités 

Bernard Vouilloux (Sorbonne Université, CELLF) - "Une approche sémiostylistique du gaufrier"

On a donné le nom de « gaufrier » à un dispositif de présentation des séquences d’images mis en œuvre au XIXe siècle par les imagiers d’Épinal : il est constitué de cases de même format et équidistantes, les inscriptions venant en dessous des images, dans les espaces intercalaires (les « gouttières »). Ces feuilles « à compartiments », comme on les désignait à l’époque, étaient notamment mises au service des « histoires en images ». Ce dispositif s’est imposé dans la bande dessinée, au détriment de celui des cloisons, utilisé par Töppfer, et après lui par bien d’autres, dont Pépin (pseudonyme de Claude Guillaumin), à la fin du XIXe siècle. Par-delà des aspects sémiotiques sous lesquels les deux systèmes peuvent être comparés, le gaufrier se différencie du cloisonnement par le fait qu’il a su dépasser la contrainte technique qui le motivait pour devenir un véritable outil stylistique, dès l’instant où il est devenu possible (et même souhaitable) de moduler la grille et d’inclure dans les cases les éléments langagiers (cartouches et bulles). 

Anthony Rageul (Université Reims Champagne Ardennes) - "Une stylistique de la bande dessinée numérique est-elle possible ?"

Si le style dans la bande dessinée numérique se manifeste nécessairement dans le texte, dans le dessin et dans une certaine façon d’employer le système sémiotique de la bande dessinée, qu’en est-il de sa part numérique à proprement parler ? Peut-on envisager l’étude stylistique des dispositifs interactifs et des interfaces que la bande dessinée numérique convoque ? Ces dispositifs peuvent-ils être marqués par un style individuel ? Pourrait-on écrire une histoire stylistique de la bande dessinée numérique à travers l’évolution de ses dispositifs interactifs ? Ces questions touchent à une interrogation plus générale portant sur l’ensemble des créations artistiques et médiatiques numériques : peuvent-elles dénoter un style ? On verra qu’avant même d’envisager de répondre à ces questions, elles se heurtent à un certain nombres de problèmes pratiques, théoriques et méthodologiques, que l’on tentera de répertorier et d’analyser.

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  • 28 février 2025 - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D223) : Mémoires et trajectoires : un style social ?

Laélia Véron (Université d'Orléans) - "Les récits de transfuge de classe : entre rejets et résistances du style"

Dans les récits de transfuges, la langue peut être comprise comme une manière de prendre position politiquement, de venger ou de trahir. La notion de "style" éveille très souvent alors la méfiance de l'écrivaine ou l'écrivain transfuge. Elle semble incarner la vision d'une norme littéraire qu'il faudrait rejeter, au nom de la fidélité au milieu d'origine et d'une méfiance vis-à-vis des hiérarchies sociales (qui seraient aussi scolaires et littéraires), au profit de "l'écriture" ("l'écriture plate" d'Ernaux, "l'écriture d'urgence" de Louis, "l'écriture" tout court d'Harchi). Le rejet du style serait donc politique. Cependant, ce "style" résiste. D'une part, parce qu'il parait difficile de s'inscrire durablement dans le champ littéraire en rejetant les critères de légitimité de ce même champ, dont la notion de "style" (le refus du "style littéraire" est-il crédible ou ne peut-il que déboucher sur une nouvelle définition du "style"?) D'autre part, parce qu'avec son institutionnalisation, le genre du récit de transfuge de classe se redéfinit par rapport à un récit-type (incarné notamment par Ernaux, Louis et leur rejet du style). Revendiquer le "style" revient à revendiquer son originalité, sa place contre ce modèle. On pense à Lafon et plus récemment à Philippe Vilain : son opposition politique à Ernaux est aussi une opposition stylistique.

Benoît Crucifix (KU Leuven) - "Juxtaposer/Comparer. Stylistique du "swiping" en bande dessinée"

Comics Swipes, un petit ouvrage publié par Blow Books en 2024, compile de multiples exemples de dessins "recopiés", tels qu'identifiés et partagés sur une communauté en ligne dédiée à l'exposition de telles copies en bande dessinée. La présente intervention s'intéressera aux nombreuses pistes qu'ouvre un tel livre pour réfléchir au concept de style en bande dessinée. D'abord, en revenant sur l'histoire et les différents usages du terme "swipe", ancrés dans le contexte nord-américain : quelles types de pratiques dérivatives désignent le terme ? Ce terme "vernaculaire" est-il révélateur d'une spécificité médiatique (voire "locale") de la copie en bande dessinée ? Ensuite, considérant comment les rapports entre style, mémoire culturelle et valeur se négocient par ce prisme : un swipe en vaut-il un autre ? Qu'est-ce qui se joue dans l'acte d'exposition de la copie ? Enfin, en analysant le dispositif de Comics Swipes et la remédiatisation d'un contenu numérique : comment se lit un tel ouvrage d'un point de vue stylistique ? 

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  • 25 avril 2025 - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D223) : Variations graphiques et textuelles

Clara Cini (Sorbonne Université, STIH)

Philippe Marion (UC Louvain)

  • 6 juin  2025 - 16h-18h (Maison de la Recherche, 28 rue Serpente, salle D223) : Expressivité de l’(icono)texte

Eric Bordas (ENS de Lyon) 

Jacques Dürrenmatt (Sorbonne Université, STIH)