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Le double (Univ. Alexandru Ioan Cuza de Iași)

Le double (Univ. Alexandru Ioan Cuza de Iași)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Cristina Petras)

Le double constitue l’un des thèmes majeurs des cultures et/ou des imaginaires de l’humanité. Dès l’avènement de l’homme en tant qu’être doué de conscience, il a traversé les divers âges de l’Histoire sans rien perdre de son mystère et de son pouvoir de fascination. Intimement lié à la pensée humaine, qui opère de façon binaire, par couples antagoniques, et s’exprime souvent de manière dialectique ou dialogique, il est constamment présent, parallèlement à des modèles/représentations ternaires, non seulement dans la philosophie, la psychologie, la psychanalyse (Platon, Descartes, Hegel, Fechner, Rank, Freud, Rosset, Chalmers), sous forme de thèses, théories ou doctrines retenant divers phénomènes et éléments (duplicité, dualisme, double aspect, narcissisme, dédoublement de personnalité, deutéroscopie/autoscopie), ou encore dans les sciences et techniques (calque, duplicata, duplex, doublon, fac-similé), mais aussi dans la religion ou la mythologie (le Ka égyptien ; les incarnations des dieux de l’Inde ; les divins jumeaux Castor et Pollux ; le double héritage gréco-romain et judéo-chrétien : union hypostatique, Dieu/diable, frères ennemis), le folklore, les arts. Jusqu’à nos jours, époque d’essor du clonage et d’affirmation d’un posthumanisme ou d’un transhumanisme de plus en plus prégnant, le double ne cesse d’interpeller, de surprendre, mettant toujours en jeu la question de l’identité, ainsi que celle de la mimésis.

Doubles naturels, surnaturels ou artificiels, bénéfiques parfois, maléfiques le plus souvent, leur présence est plus ou moins inquiétante, quels que soient leur forme et/ou leur nom : alter ego, avatar, ectoplasme, fantôme, sosie, Doppelgänger, schizophrène, migrant, exilé.

Dans la littérature, ce sujet a été abordé par des écrivains de tous temps et de tous pays, des plus connus (Hoffmann, Chamisso, Nerval, Dostoïevski, Maupassant, Stevenson, Wilde, Borges, Nabokov, Tournier) aux auteurs contemporains avides d’expérimentations, pour ne citer à ce dernier égard que le manifeste amoureux d’Alexandre Jardin, Double-cœur (2018), livre interactif, ou encore Le Soleil double (2020) de Jean-Luc Parant, texte en deux parties disposées tête-bêche, où le dernier paragraphe de la première (Le lisible) devient le premier paragraphe de la seconde (L’illisible). La riche thématisation littéraire matérialisée en motifs, figures, symboles, images s’accompagne d’une constante problématisation, conceptualisation, réflexion en marge de l’(auto)représentation : la poétique, l’esthétique, la stylistique, l’appropriation textuelle ont affaire au double dans les divers types de reprise (réécriture, pastiche, parodie, plagiat).Plus globalement, la force du double permet un nouvel examen des processus créateurs, à l’exemple d’Antonin Artaud, qui s’en sert dans son allégorie du théâtre et des formes dramatiques.

Au niveau linguistique, le double peut être envisagé à travers ce qu’on appelle réduplication (ou redoublement ou bien répétition, prise dans un sens restreint), tant au niveau de la langue qu’à celui du discours. Dans certaines langues, ce mécanisme est un véritable marqueur grammatical, servant à exprimer l’intensité, la continuation, la pluralité, l’itération, la multiplicité, la disjonction, etc. (Prak-Derrington, 2021 ; Kabore, 1998). Au niveau du discours, le double peut être vu comme un penchant de l’être humain à la clarification, à l’explication, à la persuasion, voire à la créativité et à l’expressivité (voir le « redoublement expressif » de Schapira, 1988), abstraction faite des situations pathologiques où il correspond à des troubles neurologiques / de la parole. S’exprimant au niveau de différentes classes lexico-grammaticales (nom, adjectif, verbe, mais aussi marqueurs discursifs, voir Dostie, 2007), la réduplication prend pratiquement les mêmes valeurs que celles que revêt le procédé grammatical : qualitative (sous ses deux dimensions – intensification et atténuation), quantitative, aspectuelle, traduisant, selon certains auteurs, une forte prise en charge énonciative. Plus largement, relié à l’implicite, le mécanisme de la réduplication / répétition sous-tend différentes stratégies discursives (Richard, 2015).

Ce colloque propose une exploration du thème du double, dans ses reflets et réverbérations francophones, dans ses expressions culturelles, littéraires, langagières ou bien dans ses applications aux pratiques didactiques. Pourront être proposées des communications retenant un seul objet à un niveau intracodique ou bien situant le double au niveau intercodique (langues différentes, littérature/film, original/traduction, etc.).

Axes thématiques :

·      Le double et le dédoublement dans les écrits francophones

·      Gémellité, singularité

·      Mondes possibles, récits improbables : le défi narratif du double 

·      Diptyques littéraires

·      Entre création et duplication : reprise, imitation, version, réécriture 

·      Dichotomies : la logique binaire et son dépassement

·      Le double au niveau interlinguistique : les emprunts sont-ils nécessaires ou constituent-ils de simples doublets ?

·      Fonctions pragmatiques/argumentatives/discursives de la réduplication 

·      Facettes du double dans divers discours : politique, scientifique, didactique, littéraire, religieux, publicitaire, etc.

·       Le traducteur est-il un double de l’auteur ? La traduction est-elle un double de l’original ? 

·      Double et créativité lexicale

·      Stratégies didactiques s’appuyant sur le double (apprendre par la répétition / l’imitation d’un modèle, etc.)

·      Le doublage des films : principes, enjeux, défis linguistiques et culturels

·      La mise en scène / l’adaptation d’une œuvre littéraire – entre fidélité et infidélité

Références bibliographiques

Bonnet, Gérard, « Le moi et ses doubles » (2004), Imaginaire & Inconscient, 14 (2), p. 23-34.
Couvreur, Catherine, Fine, Alain, Le Guen, Annick (dir.) (1995), Le double, Paris, Presses Universitaires de France.

Dostie, Gaétane (2007), « La réduplication pragmatique des marqueurs discursifs. De là à là là », Langue française, 154 (2), p. 45-60.

Durante, Erica et Dehoux, Amaury (dir.) (2018), Le Double : littérature, arts, cinéma. Nouvelles approches, Paris, Honoré Champion.

Jourde, Pierre et Tortonese, Paolo (1996), Visages du double. Un thème littéraire, Paris, Nathan Université.

Jung, Johann (2015), Le sujet et son double. La construction transitionnelle de l’identité, Paris, Dunod.

Kabore, Raphaël (1998), « La réduplication », Faits de langue, nos 11-12, p. 359-376.

Le Bohec, Olivier, Jamet, Éric (2005), « Les effets de redondance dans l’apprentissage à partir de documents multimedia », Le travail humain, 68 (2), p. 97-124.

Martinière, Nathalie (2008), Figures du double. Du personnage au texte, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

Prak-Derrington, Emmanuelle (2021), « La réduplication », in Magies de la répétition, Lyon, ENS Éditions.
Rank, Otto (2020), Don Juan précédé de Le Double [1932], Paris, Petite Bibliothèque Payot.

Richard, Élisabeth (2015), « À propos de répétition : entre continuité et rupture », Semen [Online], 38, URL : http://journals.openedition.org/semen/10323.

Rosset, Clément (1976), Le réel et le double : essai sur l’illusion, Paris, Gallimard.

Schapira, Charlotte (1988), « Le redoublement expressif dans la création lexicale », Cahiers de lexicologie, 52 (1), p. 51-63.
Troubetzkoy, Wladimir (1996), L’ombre et la différence. Le double en Europe, Paris, Presses Universitaires de France.

Calendrier 

Date limite de soumission des propositions : 15 mars 2024

Notification des acceptations : 10 avril 2024

Date limite de la confirmation de présence : 20 avril 2024

Programme préliminaire : 25 avril 2024

Programme définitif : 10 mai 2024

Déroulement du colloque : 24-25 mai 2024

Soumission

Les propositions de communication seront envoyées sous la forme d’un résumé d’environ 200 mots accompagné de références bibliographiques avant le 15 mars 2024 à petrasac@yahoo.com et cristina.petras@uaic.ro. Seront précisés le nom, le prénom et l’institution de rattachement des auteur(e)s.

Questions pratiques

·      Frais de participation : 70 euros ; 50 euros pour les étudiants / doctorants. 

·       Les frais de voyage et de séjour à Iaşi sont à la charge des participants. Les organisateurs peuvent réserver des chambres à la Résidence Internationale de l’Université (Gaudeamus ou Akademos) (27 euros / nuitée, chambre simple ; 36 euros / nuitée, chambre double), dans la limite des places disponibles. 

·      Une sélection des contributions présentées dans le cadre du colloque fera l’objet d’une publication en volume.

—                            

Comité scientifique

Laurence ARRIGHI, Université de Moncton

Sonia BERBINSKI, Université de Bucarest

Mickaëlle CEDERGREN, Université de Stockholm

Rudy CHAULET, Université de Franche-Comté

Maria Isabel CORBÍ SÁEZ, Université d’Alicante

Jean-Pierre CUQ, Université Côte d’Azur

Jean-Paul DEREMBLE, Université de Lille

Felicia DUMAS, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Vincent FERRÉ, Université de Paris-Est Créteil

Liliana FOȘALĂU, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Diana GRADU, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Katrien LIEVOIS, Université d’Anvers

Robert MASSART, Haute École provinciale de Hainaut-Condorcet

Simona MODREANU, Université Alexandru Ioan Cuza de de Iași

Argyro MOUSTAKI, Université d'Athènes

Marina MUREȘANU, Université Alexandru Ioan Cuza de de Iași

Radu PETRESCU, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Seza YILANCIOGLU, Université de Galatasaray

Comité d’organisation

Cristina PETRAȘ, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Mihaela LUPU, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Dana NICA, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Brîndușa GRIGORIU, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași

Dana MONAH, Université Alexandru Ioan Cuza de Iași.