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Genre et hétéronormativité dans les sources : approches méthodologiques (Saint-Étienne)

Genre et hétéronormativité dans les sources : approches méthodologiques (Saint-Étienne)

Publié le par Marc Escola (Source : Adrien Bresson)

Journées organisées la semaine du 15 au 19 avril 2024 à l’Université Jean Monnet, Saint-Étienne

Dans le prolongement des deux premiers séminaires jeunes chercheur·se·s organisés, pour le premier, en 2022 sur le thème « Genre et sources. Lecture, relecture, mélecture » et pour le second en 2023, intitulé « Genre et hétéronormativité dans les sources : représentations et transgressions de l’injonction hétérosexuelle », ce troisième séminaire souhaite se concentrer sur les approches méthodologiques des études de genre à travers le prisme de l’hétéronormativité. L’hétéronormativité est un concept incontournable afin d’analyser les fondements même de la binarité entre le masculin et le féminin[1], et de contribuer ainsi à l’élaboration de cadres critiques qui permettent de se pencher sur les rapports sociaux de sexe et de sexualité au sens large dans les sources. Ainsi, l’hétéronormativité est un outil critique issu des études de genre, employé pour réévaluer une vision à la fois dualiste et déterministe des identités des genres et des sexualités, remettant directement en cause les conceptions essentialistes de la division sexuelle.

À travers son inscription dans la Structure Fédératrice de Recherche ALLHiS, le séminaire porte une attention particulière à l’analyse des sources, entendues comme « l’ensemble des traces laissées par les acteurs du passé sur lesquelles le chercheur fonde son travail […] tout type de document ou d’objet peut devenir source, à condition d’être correctement critiqué[2] ». L’objectif est donc de poursuivre cette approche critique en questionnant les représentations de l’hétéronormativité dans les sources au sens large : sources écrites (archives historiques, textes littéraires et juridiques), visuelles (iconographiques, statuaires) et immatérielles (données de terrain ethnographiques). L’intérêt d’une telle étude repose sur la diversité des sources proposées, ce qui permettra d’offrir un panorama sinon exhaustif, du moins varié, de ces sources dans une perspective interdisciplinaire, qui mettra au jour les dynamiques intersectionnelles qui peuvent régir les rencontres entre les minorités sexuelles et de genre[3]. 

Si le premier séminaire s’est attaché à montrer la pertinence d’une analyse des sources au prisme du genre, le second s’est concentré sur « l’invention historique de l’hétérosexualité[4] » et sur sa théorisation comme impératif social dans la littérature scientifique. Il s’agissait en parallèle de mettre en lumière les mouvements de résistance ou les évolutions au sein des discours et des pratiques[5]. Les réflexions soulevées lors de ces deux premiers séminaires demandent à être poursuivies dans un questionnement davantage méthodologique : comment les études de genre influencent-elles les pratiques des chercheur·se·s ? Comment les femmes et les minorités de genre sont-elles réintégrées dans des champs disciplinaires qui les ont laissées de côté, dissimulées ou même invisibilisées ? En quoi les corpus peuvent-ils se faire le reflet de ces changements ? Comment ces méthodes varient-elles selon les aires géographiques à l’étude, au gré de l’influence d’écoles d’horizons géographiques divers ? Il peut s’avérer stimulant de questionner la dimension internationale dans la circulation de ces outils critiques.

Ce séminaire propose donc deux volets d’études principaux : 

1-      Un état des lieux de la recherche actuelle : depuis l’institutionnalisation des études de genre au sein de l’université française au tournant des années 2000, comment les outils critiques du genre et de l’hétéronormativité ont-ils influencé les objets de recherche ? Quels nouveaux sujets émergent ou réémergent ?

2-      Une analyse des méthodes qui entourent et définissent cette mise au jour : d’où viennent, géographiquement et disciplinairement, les méthodes privilégiées pour toute étude qui prend en compte l’hétéronormativité dans les sources ? Quelle est la place des apports transdisciplinaires, en particulier des méthodes venues des sciences humaines et sociales ? Comment les approches méthodologiques varient-elles en fonction des aires géographiques dont elles sont issues et des sources qu’elles étudient ? Comment se traduisent à une échelle internationale ces écarts méthodologiques ?

Axes de recherche
·         Développer une réflexion théorique sur les enjeux épistémologiques de l’hétéronormativité en sciences sociales, ses apports et ses limites dans l’analyse des sources, ses convergences ou dissensions avec d’autres orientations des études de genre, comme les différentes perspectives féministes.

·         Développer des outils méthodologiques pour appréhender l’hétéronormativité dans les sources en fonction des supports et des disciplines en montrant sur ce point l’intérêt d’une approche interdisciplinaire.

·         Comparer les approches critiques de l’hétéronormativité à l’international afin de rendre compte de la diversité des méthodes, mais aussi des écarts, voire des divergences entre les méthodologies d’aires géographiques diverses.

·         Resituer le concept d’hétéronormativité dans le contexte théorique et politique dont il est issu : en premier lieu afin d’éviter tout anachronisme, mais aussi pour questionner les circulations géographiques et l’ancrage épistémologique du concept.

·         Proposer la recension d’un ouvrage scientifique récent qui renouvelle les approches méthodologiques de l’hétéronormativité, et intégrer cette réflexion dans une bibliographie générale qui mette en avant les évolutions du concept au sein et à travers différents champs disciplinaires.

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Bibliographie indicative

CLAIR Isabelle, « Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel. », Agora débats/jeunesses, n°60, 2012, p. 67-78.

DESCOUTURES Virginie, « Le cadre hétéronormatif », dans Les mères lesbiennes, Virginie DESCOUTURES (dir.), Paris, Presses Universitaires de France, 2010, p. 59-84. 

JACKSON Stevi, « Genre, sexualité et hétérosexualité : la complexité (et les limites) de l’hétéronormativité », Nouvelles Questions Féministes, Vol. 34, 2015, p. 64-81.  

KATZ Jonathan, L’invention de l’hétérosexualité, Paris, Epel, 2001.

RICH Adrienne, « Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence », Signs, Vol. 5, No. 4, 1980, p. 631-660.

BOEHRINGER Sandra & SEBILLOTTE-CUCHET Violaine (dir.), Hommes et femmes dans l’Antiquité grecque et romaine. Le Genre : méthode et documents, Paris, Colin, 2011.

SCOTT Joan & VARIKAS Éléni, « Genre : Une catégorie utile d'analyse historique. », Les Cahiers du GRIF, No. 37-38, 1988, p. 125-153. 

TIN Louis-Georges, L’invention de la culture hétérosexuelle, Paris, Autrement, 2008.

WARNER Michael, « Introduction: Fear of a Queer Planet », Social Text, No. 29, 1991, p. 3-17.

WITTIG Monique, « La pensée straight », Questions Féministes, No. 7, 1980, p. 45-53.

Conditions de candidature

·         Être étudiant.e en master 2, titulaire d’un master ou inscrit.e en doctorat : il s’agit d’un séminaire jeunes chercheur·se·s dont l’objectif est de créer un espace de discussion pour celles et ceux qui n’ont pas encore de doctorat.

·         Rédiger une proposition de communication (300-400 mots) ou de recension d’un ouvrage de recherche paru récemment et qui aborde les thématiques du séminaire (300-400 mots).

·         Rédiger une présentation spécifiant l’université et le laboratoire de rattachement, l’année de master ou de thèse, le sujet de recherche, et les éventuelles publications.

·         Les participant·e·s sont vivement encouragé·e·s à postuler à deux pour intervenir en binôme, de préférence dans une perspective pluridisciplinaire, voire internationale. 

·         Les propositions de communications peuvent être rédigées en anglais ou en français.

Comité d’organisation et scientifique
·         Adrien Bresson, doctorant en langue et littérature latines à l’Université de Lyon–Saint-Étienne au laboratoire HISOMA.

·         Noémie Cadeau, doctorante en littératures comparées à l’Université Jean Monnet au sein de l’Unité de recherche ECLLA.

·         Blandine Demotz, doctorante études anglophones à CY Cergy-Paris Université, au sein du laboratoire Héritages.

·         Jonathan Raffin, doctorant en histoire romaine à l'Université de Poitiers, rattaché au laboratoire HeRMA.

Envoyer les propositions de communication d’ici le 1er décembre 2023 à : 

seminaireallhis2024@gmail.com

Les réponses sont prévues pour le 15 décembre 2023. 

L’objectif est aussi, à l’issue de ce séminaire, de rassembler les communications sous la forme d’articles pour la publication d’un ouvrage collectif d’ici la fin de l’année 2025.



[1] Judith, Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005, p. 24.
[2] Offenstadt Nicolas (dir.), Les mots de l’historien, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2009, p. 105.
[3] Lisa, Disch, Mary Hawkesworth (dir.), The Oxford Handbook of Feminist Theory, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 385–406.
[4] Vulca, Fidolini, « L’hétéronormativité », Manuel indocile de sciences sociales, 2019, p. 798-804.
[5] Natacha, Chetcuti., « Hétéronormativité et hétérosocialité », Raison présente, n°183, « Sexualités, normativités », 2012, p. 69-77.

The conference will take place between April 15th  and April 19th 2024 (precise date to be announced) at Université Jean Monnet, Saint-Étienne

In the wake of the first two conferences aimed at young scholars that took place in 2022 on “Sources and gender: readings, re-readings and misreadings” and in 2023 on “Gender and heteronormativity in sources: embodying and transgressing the heterosexual injunctions”, this third conference will focus on the methodological approaches to gender studies through the lens of the concept of heteronormativity. Such a concept appears to be an indispensable tool to the analysis of the foundations of the existing binarity between the masculine and the feminine and, in that regard, it contributes to the development of a critical framework that creates the possibility for researchers to study human connections in relation to gender and sexuality in their sources. The concept of heteronormativity, understood as a critical tool coming from gender studies, thus proves to be useful in the re-evaluation of a vision of gender identities and sexualities that is both dualist and determinist. Such a re-evaluation, in turn, questions an essentialist understanding of the sexual division.

As it belongs to a cycle created by the  Structure Fédératrice de Recherche ALLHiS, this conference will focus more specifically on the analysis of the sources used by researchers and that can be defined as “all of the traces left by past individuals and on which researchers base their works […] any type of document or object can become a source, on the condition that it should be properly analyzed”.[1] This conference therefore aims at questioning how the concept of heteronormativity impacts the sources that the researchers work on, whether they be written sources (manuscripts, literary or legal texts…), iconographic sources (photos, statues, paintings…) or immaterial sources (ethnographic data). The aim of such a conference is to welcome analyses based on the study of as many different sources as possible, which will enable researchers to construct an interdisciplinary overview of these sources that aims at being diverse rather than exhaustive and that would bring to light the intersectional dynamics that determine the encounters between sexual and gender minorities.[2]

The first edition of this seminar aimed at questioning how relevant a gendered analysis of sources can be, and the second edition focused on “the historical invention of heterosexuality”[3] and on the theorization of heterosexuality as a social imperative in the field of research. The first two conferences therefore ambitioned to shine light on the opposition met by gendered approaches as well as on how discourses and practices have evolved.[4] The hypotheses and reflections raised during the first two editions of this seminar need to be analyzed in depth, particularly from a methodological point of view: how do gender studies influence the scientific habits of researchers? How do women and gender minorities make their way back into disciplinary fields that have long ignored or concealed their very existence? To what extent do corpuses reflect these changes? How do methods vary, from one place to another, depending on the influence of schools of thought pertaining to different geographical horizons? Questioning the circulation of these critical tools at an international level could prove particularly stimulating.  

This conference will therefore focus on two main aspects:

1.       A state of play of the current research on heteronormativity as a methodological tool: since gender studies were institutionalized by French academics in the 2000s, how have gender and heteronormativity as critical tools influenced research objects? What new objects have emerged or re-emerged?

2.       An analysis of the methods that have made this emergence possible: where – geographically and disciplinarily speaking – do the methods that take heteronormativity into account come from? How do transdisciplinary approaches (especially those coming from social sciences) fit into gender studies? Do methodological considerations vary depending on the sources at stake? How do these methodological differences come to light?

Propositions can include (but are not limited to):
·         A theoretical reflection on the epistemological stakes of studying the concept of heteronormativity in social sciences, on its pros and cons in the analysis of sources, on how convergent or divergent it can be with other areas of gender studies.

·         A questioning of the methodological tools needed to comprehend heteronormativity in sources, depending on the nature of the sources and on the field of research they belong to, in an interdisciplinary approach.

·         A comparison between the different critical approaches to heteronormativity, in order to account for the diversity, the discrepancies or the differences between methods and methodologies in various geographical areas.

·         A reevaluation of the concept of heteronormativity according to its political and theoretical frameworks, in order to avoid any anachronistic analysis as well as to question the epistemological integration of such a concept.

·         A recension on a recent scientific publication renewing the methodological approach to heteronormativity. Such a proposal should be part of a general bibliographic reflection, putting forth how the concept has evolved in the different scientific fields.

Bibliography 

CLAIR Isabelle, « Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel. », Agora débats/jeunesses, n°60, 2012, p. 67-78.

DESCOUTURES Virginie, « Le cadre hétéronormatif », dans Les mères lesbiennes, Virginie DESCOUTURES (dir.), Paris, Presses Universitaires de France, 2010, p. 59-84. 

JACKSON Stevi, « Genre, sexualité et hétérosexualité : la complexité (et les limites) de l’hétéronormativité », Nouvelles Questions Féministes, Vol. 34, 2015, p. 64-81.  

KATZ Jonathan, L’invention de l’hétérosexualité, Paris, Epel, 2001.

RICH Adrienne, « Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence », Signs, Vol. 5, No. 4, 1980, p. 631-660.

BOEHRINGER Sandra & SEBILLOTTE-CUCHET Violaine (dir.), Hommes et femmes dans l’Antiquité grecque et romaine. Le Genre : méthode et documents, Paris, Colin, 2011.

SCOTT Joan & VARIKAS Éléni, « Genre : Une catégorie utile d'analyse historique. », Les Cahiers du GRIF, No. 37-38, 1988, p. 125-153. 

TIN Louis-Georges, L’invention de la culture hétérosexuelle, Paris, Autrement, 2008.

WARNER Michael, « Introduction: Fear of a Queer Planet », Social Text, No. 29, 1991, p. 3-17.

WITTIG Monique, « La pensée straight », Questions Féministes, No. 7, 1980, p. 45-53.

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Candidates should :

·         Hold a master’s degree (M2 equivalent) or be in the process of earning it, or be a PhD candidate: this conference aims at creating a space for young scholars to discuss their research.

·         Send a short abstract (300-400 words), focusing either on the aspects aforementioned or on a recently published scientific work dealing with the same aspects.

·         Send a short biography mentioning the name of their university and their research unit, their level of study, their research object as well as anything they would have published.

·         Write their proposition in English or in French.

Participants wishing to apply to communicate in pairs are welcome, especially if their communication includes an interdisciplinary or international perspective.

Scientific committee

·         Adrien Bresson, doctoral student in Latin language and literature at Université de Lyon–Saint-Étienne (HISOMA).

·         Noémie Cadeau, doctoral student in comparative literatures at Université de Lyon–Saint-Étienne (ECCLA).

·         Blandine Demotz, doctoral student in English literature at CY Cergy-Paris Université (Héritages).

·         Jonathan Raffin, doctoral student in Roman history at Université de Poitiers (HeRMA).

Propositions should be sent no later than December 1st 2023 to seminaireallhis2024@gmail.com

All propositions will be answered by December 15th, 2023.

Papers from the conference will be considered for publication before the end of 2025.



[1] Offenstadt Nicolas (dir.), Les mots de l’historien, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2009, p. 105.
[2] Lisa, Disch, Mary Hawkesworth (dir.), The Oxford Handbook of Feminist Theory, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 385–406.
[3] Vulca, Fidolini, « L’hétéronormativité », Manuel indocile de sciences sociales, 2019, p. 798-804.
[4] Natacha, Chetcuti., « Hétéronormativité et hétérosocialité », Raison présente, n°183, « Sexualités, normativités », 2012, p. 69-77.