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Les adieux d'Aragon
Publié le par Faculté des lettres Université de Lausanne

À l'occasion du 40e anniversaire de la mort d'Aragon, Gallimard réédite plusieurs de ses recueils les plus rares : Les Adieux et autres poèmes dans la collection "Poésie", acec une préface d'Olivier Barbarant, dernier recueil publié du vivant d’Aragon en 1981, et doute l’un des plus beaux de son œuvre poétique et l’un des plus émouvants — adieux à Elsa disparue, adieux à la vie et au monde, son histoire tourmentée traversée de beautés irréductibles, salut à la poésie à travers un poignant hommage à Hölderlin, salut enfin aux grands peintres compagnons de voyage, Chagall, Picasso, Paul Klee et André Masson. Fabula vous invite à feuilleter le recueil…

Mais aussi dans la collection "Blanche", Persécuté persécuteur, recueil resté dans l’ombre et publié initialement en 1931. S'y bousculent les engagements politiques, la mort du père, la naissance du grand amour et se déploie toute la rage de l’écriture du poète. L’impératif est d’écrire « en mettant le pied à la gorge de sa propre chanson », écrire pour se révolter contre le monde mais aussi contre soi-même. Ainsi que Les Chambres. Poème du temps qui ne passe pas (1969), avec lequel Aragon voulait offrir un des dénouements de sa poésie. Ces chambres du passé, si semblables et pourtant chacune si unique, sont celles de l’adieu à la compagne d’une vie, qui s’éteindra un an après la publication. Cet au revoir à la Muse se déploie en vers libres, déstructurés, suivant la dérive mémorielle. Il faut écrire une fois de plus cet amour, l’écrire avant qu’il ne soit trop tard. "Parce que tout passe, mais non point le temps d’avoir aimé, d’aimer encore, jusqu’au dernier souffle, bientôt, ce dernier mot proche et terrible." Fabula vous invite à feuilleter ce recueil…

Alain Ruscio revient sur Aragon et la question coloniale. Itinéraire d'un anticolonialiste (éd. Manifeste !). C’est l’indignation anticoloniale ressentie au moment de la guerre du Rif qui amène le jeune écrivain surréaliste, Louis Aragon, à adhérer au PCF. Cet engagement se poursuivra tout le long de sa vie, comme un fil conducteur que l’on retrouve aussi bien dans ses actions et prises de position politique que dans son œuvre poétique et romanesque. Alain Ruscio s’attache ici à suivre la trajectoire anticoloniale du poète, dans ses moments de gloire comme dans ses hésitations. Une trajectoire qui recouvre celle du Parti, sans pourtant s’y identifier totalement.

Les mêmes éditions Manifeste ! redonnent à lire l'essai de Jean Ristat, Aragon, l'homme au gant, suivi de Impair et passe, accompagné d’Impair et passe, édité pour la première fois : la dernière prise de parole en public (2019) de Jean Ristat sur le dernier Aragon. Témoignage crucial pour comprendre le grand poète, essai biographique critique de poète à poète, retour sur une amitié exceptionnelle autant qu’étrange, dont un tableau du Titien tient peut-être les fils…

Adrien Cavallaro relit L’amour en ruine. Autour d’un poème de La grande Gaîté, d’Aragon (Le Bord de l'eau). De l'aveu même du poète qui avait le sens du paradoxe, La Grande Gaîté donne à lire "les poèmes qui sont les plus purement d’ordre émotionnel qu’[il] ai[t] jamais écrits". C’est que la composition de ce recueil méconnu, publié en 1929, d’une âpreté et d’une virulence sans égales dans l’œuvre d’Aragon, est le témoin direct d’une grave crise amoureuse qui faillit emporter son auteur à Venise en 1928.

Rappelons la parution du Dictionnaire Aragon par les soins de Nathalie Piégay et Josette Pintueles (Champion), dont Adrien Cavallaro avait rendu compte pour Acta fabula sous le (beau) titre : "Aragon sans parti".

 © Photo CNAC/MNAM, Dist.RMN - Georges Meguerditchian