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Le darija entre le substrat amazigh et le superstrat arabe classique : approches linguistique, sociologique, anthropologique et historique

Le darija entre le substrat amazigh et le superstrat arabe classique : approches linguistique, sociologique, anthropologique et historique

Publié le par Marc Escola (Source : Mostafa AGHZAFEN)

Appel à communications (jusqu’au 30 juin 2026)
 
Le darija entre le substrat amazigh et le superstrat arabe classique : approches linguistique, sociologique, anthropologique et historique

 Colloque organisé par Mostafa AGHZAFEN

Université Ibn Tofaïl, 16 octobre 2026

Longtemps appréhendé comme une simple variété périphérique de l’arabe, le darija apparaît, à l’aune des faits historiques, linguistiques et anthropologiques, comme le produit d’un processus de contact prolongé entre un substrat amazigh ancien et un superstrat arabe classique, médiatisé par des dynamiques politiques, religieuses, sociales et culturelles propres à l’espace marocain ; faits qui pourraient être observés à l’échelle maghrébine.

La notion de substrat réfère aux éléments structuraux d’une langue autochtone (LA) qui survivent dans une langue introduite (LI). Dans le cas du darija, certaines caractéristiques lexicales, phonologiques, morphologiques et syntaxiques montrent des correspondances avec les structures de la langue amazighe. Plusieurs traits phonologiques du marocain témoignent d’une influence qui s’écarte des normes de l’arabe classique mais rejoint certains profils de la langue amazighe. À titre d’exemple, des éléments morphologiques tels que l’affixe /ta…-t/ pour former des noms abstraits ou de profession, bien qu’empruntés à l’arabe arabe dialectal, apparaissent dans des formes structurellement comparables au modèle amazigh. En retour, le superstrat désigne l'influence qu'une langue exerce sur une autre langue déjà établie, souvent dans un contexte de domination politique ou culturelle. La langue influente (le superstrat) ne remplace pas la langue locale, mais l'enrichit ou la modifie (phonétique, lexique, grammaire) avant de disparaître ou d'être assimilée

Loin de se réduire à un phénomène d’emprunts lexicaux, cette rencontre a donné lieu à des reconfigurations profondes des structures phonologiques, morphosyntaxiques, sémantiques et pragmatiques, faisant du darija une variété distincte, porteuse d’une identité linguistique et culturelle spécifique. Cette spécificité s’inscrit dans une histoire longue, marquée notamment par le rôle central des dynasties amazighes, pré- et post-islamiques, par des processus d’arabisation différenciés, ainsi que par une riche tradition orale et patrimoniale qui distingue, in fine, nettement le Maroc du Machreq. Plus qu’une simple variété linguistique régionale, il s’agit, donc, d’un système linguistique hybride où le substrat amazigh et le superstrat arabe classique se mêlent étroitement, façonnant une variété dont les caractéristiques ne se retrouvent pas intégralement dans les autres dialectes arabes du Machreq ou même du Sud du Maghreb. À travers les prismes du substrat amazigh et du superstrat arabe classique, l’analyse du darija révèle que ce dernier n’est ni un simple dérivé ni une simple variante régionale. Il est le produit d’une rencontre historique et dialectique entre langues, cultures et identités.

Dans un contexte contemporain où la pluralité linguistique, les politiques de reconnaissance et la patrimonialisation des langues vernaculaires (Boukous-2012) occupent une place croissante dans le débat scientifique et public, ce colloque entend offrir un espace de réflexion critique et ouverte, favorisant une approche dépassionnée et interdisciplinaire du darija comme lieu de mémoire, de négociation identitaire et de créativité linguistique. Aussi, le darija doit-il être analysé non seulement comme un objet linguistique, mais comme un phénomène social ancré dans l’histoire du Maroc, reflétant les dynamiques de pouvoir, d’identité et de mémoire collective. À ce titre, il constitue une fenêtre privilégiée pour repenser la relation entre langues autochtones et langues introduites dans des contextes d’échanges économiques, de conquêtes, d’islamisation et de construction nationale.

Sociolinguistiquement, le darija occupe une position ambivalente : elle est la langue vernaculaire principale de la majorité au Maroc, mais reste non standardisée et parfois stigmatisée en tant que « langue » informelle. Cette situation reflète une tension entre identité vernaculaire locale et légitimité institutionnelle souvent attribuée à l’arabe standard. Il en découle que la normalisation linguistique — c’est-à-dire l’adoption officielle d’une variété comme standard — lui confère du prestige et des ressources, ce qui n’a pas encore été accordé au darija malgré son rôle central dans la vie quotidienne.

Les interactions entre amazighophones et arabophones au Maroc produisent une interaction sociolinguistique et culturelle particulière, où le darija sert tantôt de lingua franca intercommunautaire, tantôt de marqueur identitaire. Dans de nombreuses régions, surtout urbaines, l’amazigh cède progressivement du terrain face à un darija de plus en plus consolidé comme langue de socialisation, surtout chez les générations urbaines ou migrantes. Cette dynamique soulève des questions de maintenance et de shift linguistique : comment les jeunes bilingues négocient-ils leurs identités linguistiques ? Comment le darija devient-il un vecteur d’intégration sociale tout en entraînant parfois l’érosion des autres langues co-existantes dans l’espace national ? Ces questions sont cruciales pour une sociologie des pratiques langagières au Maroc.

D’un autre point de vue, l’anthropologie nous invite à voir le darija comme un véhicule culturel et communautaire. Il n’est pas seulement un système de signes, mais un marqueur d’histoires, de pratiques et de relations sociales. Les métaphores, les proverbes, les récits oraux locaux, les chants et les formes de communication informelle jouent, tous, un rôle dans la reproduction et l’évolution du darija dans différents environnements sociaux. Cette perspective montre que le parler n’est pas statique : il est vivant, évolutif, revendiqué et transformé par les pratiques quotidiennes, les migrations, les médias et les expressions artistiques contemporaines.

Dans une métaphore empruntée à la botanique, le darija marocain serait un arbre dont les racines substratiques sont bien marquées, le tronc superstratique greffé et un feuillage en perpétuelle évolution et maturité. La question centrale à poser serait alors de savoir comment ce rapport, maintenu en équilibre depuis des siècles sur le socle démographique décrit par Ibn Khaldoun et Gabriel Camps, a engendré une architecture linguistique qui n'appartient ni totalement au Machreq, ni totalement à l'Afrique antique, mais à une singularité marocaine absolue.

Cette problématique peut être plus explicitée à travers les questions suivantes : 

-         Dans quelle mesure le parler marocain, entre persistance du substrat amazigh et intégration du superstrat arabe, permet-il de se définir non comme une périphérie de l'arabe classique, mais comme un système linguistique autonome et endogène à l'espace marocain ?

-         Comment le darija, en tant que produit d'une rencontre dialectique entre une fondation démographique amazighe et une superstructure arabe, agit-il comme le lieu de négociation d'une identité marocaine plurielle face aux enjeux de standardisation et de patrimonialisation ?

-         Le darija est-il le vecteur d'une arabisation de surface masquant une amazighité de structure ?

-         Comment ce système hybride redéfinit-il les rapports de force entre langues autochtones et langues introduites dans la mémoire collective du Maroc ?

Plutôt que de l’envisager comme un parler subordonné à une langue standard « pure », il serait plus fécond de le considérer comme un système linguistique autonome, enraciné dans des dynamiques sociohistoriques spécifiques au Maroc et porteur d’une identité plurielle. Cela ouvre des pistes de recherche pour repenser la place du darija dans les politiques linguistiques, les systèmes éducatifs et la construction culturelle nationale.

Le colloque s’inscrit ainsi dans un esprit de découverte scientifique, de dialogue et de réconciliation des héritages, en invitant à repenser, en profondeur, les relations amazighité/arabité et, en surface, les pratiques langagières effectives au Maroc.

Les axes du colloque (liste non exhaustive)

Axe 1 – Cadres théoriques et épistémologiques du contact linguistique au Maroc

Cet axe vise à interroger les modèles théoriques permettant d’analyser le darija comme produit de contact linguistique prolongé à travers les prismes de concepts divers (Substrat, superstrat, pluriglossie, koinèisation, créolisation, idéologies linguistiques, légitimité et pouvoir symbolique) ;

Axe 2 – Substrat amazigh et structuration interne du darija

Cet axe se concentre sur l’analyse linguistique fine des traces amazighes dans le darija, au-delà du simple emprunt lexical notamment en phonologie, morphosyntaxe, sémantique, pragmatique, prosodie, etc. ;

Axe 3 – Le superstrat arabe classique et les dynamiques d’arabisation

Il s’agit ici d’analyser le rôle de l’arabe classique et des variétés arabes anciennes dans la formation et l’évolution du darija ;

Axe 4 – Histoire, dynasties amazighes et configurations sociolinguistiques

Cet axe articule linguistique et histoire longue afin de comprendre les conditions politiques et sociales de l’émergence du darija à travers ses configurations sociolinguistiques historiques et politiques implicites ;

Axe 5 – Toponymie, anthroponymie et mémoire spatio-linguistique amazighe

Cet axe met l’accent sur la langue comme archive vivante du territoire, du terroir et de la mémoire collective à l’aide de processus d’arabisation et d’hybridation avec les enjeux patrimoniaux et identitaires conséquents ;

Axe 6 – Pratiques sociales, identités et représentations linguistiques

Cet axe adopte une approche sociologique et anthropologique des usages réels du darija et de l’amazigh avec les phénomènes du bilinguisme, de l’alternance codique et à l’aide de filtres idéologiques, générationnels et de genre.

Modalités de soumission

Les propositions de communication, d’une durée de vingt minutes, pourront être présentées en français, en arabe en anglais et doivent comporter :

-          Un titre ;

-          Un résumé de 400 à 500 mots (espaces non compris), précisant la problématique, le cadre théorique, la méthodologie ;

-          5 mots-clés ;

-          Une bibliographie succincte (3 à 5 références)

-          Les coordonnées institutionnelles de l’auteur-trice ou des auteurs-trices ;

-          Une brève biographie de l’auteur-trice ou des auteurs-trices ;

Public concerné

Le colloque s’adresse principalement aux :

-          Linguistes, sociolinguistes et dialectologues ;

-          Anthropologues et sociologues ;

-          Historiens et chercheurs en études culturelles ;

-          Doctorants et jeunes chercheurs ;

-          Acteurs institutionnels et culturels concernés par les politiques linguistiques.

Dates à retenir

-          Date limite de soumission des propositions de communication : 30 juin 2026 ;

-          Avis d’acceptation : 31 juillet 2026 ;

-          Date limite d’inscription au colloque pour les intervenants : 15 septembre 2026 :

-          Déroulement du colloque : 16 octobre 2026

Frais d’inscription 

-         Les frais d’inscription sont de 60 € (600 MAD) pour les intervenants externes et 30 € (300 MAD) pour les participants et les enseignants-chercheurs internes. 

-         Les frais d’inscription couvrent le kit du colloque, les pause-café et le déjeuner durant le colloque. Ils ouvrent également le droit à la possibilité de soumettre l’article de sa communication pour l'évaluation en vue de sa publication. Les frais de voyage et de séjour sont à la charge des participants ou de leur institution d’appartenance. 

-         Le paiement des frais d’inscription devra s'effectuer avant le 30 juin 2026, selon les consignes envoyées par mail. 

Les propositions de communication (d’une page maximum), attendues au plus tard le 30 juin 2026, sont à envoyer à

https://darijals2026.sciencesconf.org, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique.

Comité scientifique :

AGHZAFEN Mostafa (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

BAHMAD Malika (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

BALAGH Redouane (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

BELLAMQADDAM Jamila (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

BENAMEUR Mounia (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

BENLAKHDAR Mohyedine (Université Sidi Mohamed Ben Abdallah. Fès. Maroc) 

CHIBI Mounir (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

EL AMRANI Hafida (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

EL HADRI Abdennour (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

FALOUS Ali (Université Moulay Ismail. Meknès. Maroc) 

HDOUCH Youcef (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

JARMOUNI Hachem (Université Sidi Mohamed Ben Abdallah. Fès-Saïs. Maroc)

LOUIZ Driss (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

MESSAOUDI Leila (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

OUDINA Anouar Salama (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

RIFAÏ Houssaine (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

SBIHI Soraya (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

TERRADA Zohra (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc) 

ZIGHIGHI Zouhir (Université Ibn Tofaïl. Kénitra. Maroc)