Essai
Nouvelle parution
R.-M. Lagrave, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe 

R.-M. Lagrave, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe

Publié le par Aurelien Maignant

Rose-Marie Lagrave

Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe

La Découverte, mars 2021

ISBN : 9782348045035 — 22,00 € — 438 p.

 

Du genre autobiographique, on connaissait les récits sans enquête et les ego-histoires de « grands hommes » ; dans les sciences sociales, les enquêtes sur des proches tenus à distance par l’effacement de soi. Renouant avec l’ambition d’une sociologie sensible et réflexive, Rose-Marie Lagrave propose un nouveau type de socioanalyse : l’enquête autobiographique.

Ressaisissant son parcours en sociologue et en féministe, elle remet en cause les récits dominants sur la méritocratie, les stéréotypes associés aux transfuges de classe, le mythe d’un « ascenseur social » décollant par la grâce de talents ou de dons exceptionnels. Cet ouvrage retrace une migration sociale faite de multiples aléas et bifurcations, où domination de classe et domination de genre s’entremêlent : le parcours d’une fille de famille nombreuse, enracinée en milieu rural, que rien ne prédestinait à s’asseoir sur les bancs de la Sorbonne puis à devenir directrice d’études à l’EHESS, où elle croise notamment les chemins de Michelle Perrot, Françoise Héritier, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.

Mobilisant un vaste corpus théorique et littéraire, Rose-Marie Lagrave ouvre sa malle à archives et la boîte à souvenirs. De ses expériences de boursière à ses engagements au MLF et sa pratique du métier de sociologue, elle exhume et interroge les traces des rencontres qui l’ont construite. Parvenue à l’heure des bilans, cette passeuse de frontières et de savoirs questionne avec la même ténacité la vieillesse et la mort.

Contre les injonctions de « réussir » et de « rester soi », ce livre invite à imaginer de nouvelles formes d’émancipation par la socioanalyse : se ressaisir, c’est acquérir un pouvoir d’agir, commun aux transfuges de classe et aux féministes, permettant de critiquer les hiérarchies sociales et de les transgresser.

Lire l'introduction...

Rose-Marie Lagrave est sociologue, directrice d’études à l’EHESS. Ses travaux portent sur la littérature paysanne, les agricultrices, et la fin du communisme dans les pays de l’Europe centrale. Elle a cofondé, en 2004, le master « Genre, politique et sexualités » de l’EHESS.

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On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :

"De sa vie au savoir", par Philippe Artières (en ligne le 24 mars 2021).

Le programme que s’est fixé Rose-Marie Lagrave (née en 1944) est d’une extrême exigence : s’appliquer à elle-même les mêmes procédures d’objectivation qu’elle a utilisées pour étudier les autres en sociologue, non pour raconter sa vie mais pour produire du savoir. Son livre Se ressaisir n’est donc ni un récit autobiographique ni une auto-analyse, mais bien une étude d’une sociologue sur elle-même, une enquête austère, sans complaisance, qui examine un à un les éléments qui ont fait d’elle une « transfuge ».

 

SOMMAIRE

Introduction
Exposer et s’exposer
Enquêter au plus proche
Un style de transfuge différent
Le déni de l’effet de genre
Être autorisée, et dire « je »
 

Première partie
L’incertitude jugulée par l’école
1 - Une famille nombreuse
D’une noblesse mythique au peuple des campagnes
Une ascension sociale arrêtée court : la tuberculose et l’exode
Dresser les corps et les esprits
Quand les enfants font la famille
2 - Un catholicisme panoptique
Des filiations cléricales et mariales
Le diable et le Bon Dieu
La laïcisation des enseignements catholiques
Frère saint Claude
3 - L’école ou la clé des champs
Différer le spectre de l’école laïque
Un canton sinistré
Ma petite école
Des instituteurs dévoués à la cause scolaire
« Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »
Quitter l’école sans regarder derrière soi
4 - Passer le gué : le lycée
Le lycée Pasteur
Les verdicts scolaires des examens
Que sont mes sœurs et mon frère devenus ?
Hommage à l’État-providence
 

Deuxième partie
Se déplacer et faire sa place
5 - De la Sorbonne aux Hautes Études
Salariée, boursière, étudiante
La griffe culturelle parisienne
L’acclimatation en Sorbonne
L’entrée à l’EHESS par la petite porte
6 - Journal d’une oblate
Des chemins braconniers
Flottements et réorientations
Gravir les échelons en contrebande
Adoubée aux marges
Parmi les pairs, mais pas comme eux
7 - Un féminisme d’expériences
Comment je suis devenue féministe
Une reconversion féministe dans la recherche
L’EHESS en flagrant délit de conservatisme
Décalages et controverses
 

Troisième partie
La vieillesse, heure de vérité
8 - Mon jour de gloire est arrivé
La retraite, un sujet tabou
Une consécration inespérée et sublime
Me résoudre à être une « bonne mère » ?
9 - L’inflexion de la vieillesse
Comment j’ai su que j’étais vieille ?
Un déni féministe de la vieillesse
Les fleurs de cimetière
 

Conclusion
Ceci n’est pas une panacée sociale
S’en sortir
Réussir
Concilier deux mondes
Rester ou ne pas rester soi