Colloques en ligne

L’auctorialité féminine dans les fictions courtoises, des trobairitz à Christine de Pizan

 

Actes de la journée d'étude organisée le 3 mai 2017


à l'École normale supérieure (Paris)

 

 

 Dans Une chambre à soi (1928), Virginia Woolf insistait sur la double invisibilité matérielle et symbolique qui produit chez les femmes qui écrivent un sentiment puissant d’illégitimité culturelle. Aussi douée pour l’écriture fût-elle, Judith Shakespeare, petite sœur invisible imaginée par la romancière, « se tua par une nuit d’hiver et repose à quelque croisement où les omnibus s’arrêtent à présent, devant Elephant and Castle ». On peut se recueillir devant ce tombeau littéraire ; on peut aussi remarquer que Virginia Woolf a choisi d’enterrer sa virtuelle ancêtre dans un lieu qui était au xviie siècle un important relais de poste, devenu aujourd’hui un carrefour voué à une intense circulation au Sud de la capitale anglaise : un espace intermédiaire propice aux flux des consciences, à la résurgence mémorielle et aux bifurcations.

 

Le présent dossier, consacré à l’auctorialité féminine dans les fictions courtoises, se place sous l’égide inventive de cette invitation, et dans le sillage des travaux critiques proposés par les études de genre. Des trobairitz à Christine de Pizan, les questions d’aujourd’hui remettent en circulation d’anciennes voix d’autrices, réelles ou imaginées, qui ont proposé dans la littérature vernaculaire une réflexion sur l’invention de la parole des femmes et sur leur place au sein de la communauté courtoise, du xiie au xve siècle. En amont de Judith, qu’y a-t-il ? Qui sont-elles ? Les fictions courtoises proposent-elles une représentation de l’auctorialité féminine, et pour quels lecteurs, quelles lectrices ? Pour quels usages de la littérature et du monde ?

 

Un dossier parallèle, consacré à Marie de France, s’attache à comprendre l’œuvre de cette écrivaine pionnière, en la rattachant aux modèles littéraires, sociaux, religieux et politiques de son temps.

 

Textes réunis par Nathalie Koble (ENS)

 

 avec la participation d'Anna Arato et Raphaëlle Decloître

 

 

Mis en ligne avec le soutien de l'Université de Lausanne.