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"Vous oublierez mon nom trop fatal et trop doux"

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne

Née vers 1663 à Rouen dans une famille protestante qui lui assure la meilleure éducation, Catherine Bernard connaît ses premiers succès littéraires à dix-sept ans. Venue à Paris, elle intègre le monde littéraire et reçoit à trois reprises le prix de poésie de l’Académie française. Romancière, conteuse et dramaturge, membre de l’Académie des Ricovrati de Padoue, elle devient l’une des plumes les plus reconnues de son temps. Alors qu'elle fut la première dramaturge féminine à avoir donné deux tragédies à la Comédie-Française, son œuvre lui fut dérobée, au lendemain de sa mort en 1712, pour être attribuée à Fontenelle dont elle était proche.  On ne cesse de la redécouvrir sans qu'elle parvienne à intégrer vraiment le canon de nos grands classiques. La collection GF-Flammarion avait toutefois fait une place à deux de ses brefs romans, Le Comte d'Amboise (1688) et Inès de Cordoue (1696), dans l'anthologie des Nouvelles galantes du XVIIe siècle procurée naguère par Marc Escola.

Paraissent aujourd'hui dans la même collection ses deux tragédies Laodamie, reine d’Épire (1689), suivi de Brutus (1691) dans un texte établi par Pierre Lyraud. Catherine Bernard y renouvelle avec finesse et audace la tradition classique en détournant le modèle de l’héroïsme masculin. Tandis que Laodamie met en scène une reine puissante, tiraillée entre son amour pour Gélon et ses devoirs royaux, Brutus est un consul tyrannique, prêt à sacrifier ses propres fils pour se maintenir au pouvoir. Signalons au passage que Laodamie a été récemment mise en scène par Aurore Evain au Théâtre des Îlets à Montluçon (notre photo), laquelle a également signé en 2025 une réédition de trois récits de C. Bernard : Frédéric de Sicile, Inès de Cordoue et Le Commerce galant.

On pourra également découvrir les talents de conteuse de Catherine Bernard dans l'anthologie Finette Cendron et autres contes féministes du XVIIe s. préfacée par Julien Marsay (Payot), pour mieux s'interroger sur "L'auctorialité "fantôme" de Catherine Bernard" dans l'une des livraisons de la Revue Fontenelle supervisée par avec Claudine Poulouin.