"Orange Export Ltd. (1969-1986) : le moment minimal de la poésie française". Soutenance de Lénaïg Cariou (dir. Martine Créac'h, Univ. Paris 8)
La soutenance de la thèse de Lénaïg Cariou, intitulée "Orange Export Ltd. (1969-1986) : le moment minimal de la poésie française", réalisée sous la direction de Mme Martine Créac'h (Université Paris 8) et la codirection de Mme Abigail Lang (Université Paris Cité) aura lieu le vendredi 10 avril 2026 à 13h30 dans l'auditorium de l'Humathèque du campus Condorcet (Université Paris 8), 10 cours des humanités, 93300 Aubervilliers.
Le jury sera composé de M. Stéphane Baquey (Aix Marseille Université), Mme Camille Bloomfield (Université Paris Cité), M. Vincent Broqua (Université Paris 8), Mme Martine Créac'h (Université Paris 8), Mme Abigail Lang (Université Paris Cité), M. Serge Linarès (Université Sorbonne Nouvelle) et M. Jean-François Puff (CY Cergy Université).
Résumé de la thèse :
Cette thèse s’intéresse à la « modernité négative », moment en partie oublié de l’histoire poétique française, qui a réuni autour de la maison d’édition Orange Export Ltd. une cinquantaine de poètes, français et étrangers, devenus depuis les grands contemporains. Fondée et dirigée par la peintre Raquel Lévy et le poète Emmanuel Hocquard entre 1969 et 1986, mais plongeant ses racines dans le moment théorique des années 1960 et la crise culturelle de Mai 68, Orange Export Ltd., plus qu’une maison d’édition, fut une aventure collective. Lieu de sociabilisation artistique et d’émergence poétique, l’atelier de la peintre Raquel réunit, au cours des années 1970-1980, plusieurs générations d’écrivaines et d’écrivains : Edmond Jabès, Anne-Marie Albiach, Claude Royet-Journoud, Jean Daive, Emmanuel Hocquard, Jacques Roubaud, Pascal Quignard, Danielle Collobert, Georges Perec, Michel Deguy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Henri Deluy, Jean-Jacques Viton, entre autres – mais aussi des poètes états-uniens : Keith et Rosmarie Waldrop, George Oppen, Larry Eigner, Paul Auster, des poètes Language. Il s’agit de retracer une socio-histoire de cette néo-avant-garde – qui croise celle de nombre des néo-avant-gardes d’alors : Tel Quel, Change, Action poétique, Première livraison, Banana Split –, des premiers livres imprimés à la main sur la presse typographique à l’institutionnalisation progressive du groupe. S’est cristallisé là un moment singulier de l’histoire poétique française, caractérisé ici comme le moment minimal de la poésie française. La « poésie blanche » d’Orange Export, influencée par l’art minimal qui émerge sur la scène new-yorkaise puis mondiale dans les années 1960-1970, partage avec lui son esthétique réductionniste, son interrogation sur le support, ses références théoriques, sa remise en cause des codes du genre. Ce moment Orange Export, par la révolution poétique qu’il amorce, s’impose comme une matrice du champ poétique contemporain. Il lui lègue le concept, central, de littéralité, qui a contribué au clivage du champ poétique de la seconde moitié du XXe siècle entre poètes « lyriques » et « littéralistes » ; mais aussi une conception transnationale de la poésie, puisque la « modernité négative » a été une des instigatrices du « moment "américain" de la poésie française », qui perdure jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire d’un demi-siècle de poésie – française, mais aussi états-unienne –, des années 1960 à aujourd’hui, qui se raconte à travers celle de cette « contre-modernité » poétique.