Colloque international Autofiction et féminisme en Europe
Université de Haute-Alsace de Mulhouse
Salle Gandjavi, les 26-27 novembre 2026
(English version below)
Ce colloque organisé par le laboratoire ILLE (Université de Haute-Alsace de Mulhouse) en collaboration avec le laboratoire REIGENN (Sorbonne Université), s’inscrit dans la suite des études menées depuis plus de 10 ans par les chercheuses des deux laboratoires susnommés. Il a pour ambition d’interroger l’autofiction moderne et contemporaine en Europe en mettant l’accent sur les voix féminines et les perspectives féministes qui la distinguent. Dans le but de déterminer s’il est possible d’identifier des caractéristiques spécifiques de l’autofiction au féminin et de comprendre de quelle manière ces récits dévoilent les paradigmes des sociétés qu’ils représentent, ce colloque interroge la façon dont les autofictions féminines vont, en Europe, s’approprier la narrativité pour redonner aux femmes leur propre voix littéraire. En analysant les spécificités des autofictions européennes, les motifs et les techniques narratives ainsi que leur rapport à la société et au genre, nous interrogerons la façon dont ces œuvres reflètent les dynamiques de représentation des identités féminines, les luttes pour l’égalité de genre et les expériences vécues des femmes (sur le plan du corps, des relations à l’Autre, dont le Masculin et celui de la Mémoire personnelle ou collective).
Construite entre autobiographie et fiction, la catégorie narrative de l’autofiction (cf. Serge Doubrovsky) est devenue ces dernières années une véritable tendance littéraire et critique ; elle englobe un nombre croissant d’œuvres, souvent porteuses de revendications de genre, qui remettent en question les normes traditionnelles de la narration et des rôles sociaux. Basée sur l’apparente simplification d’une équivalence entre auteur, narrateur et personnage principal, l’autofiction, selon Jacques Lecarme (1992), repose sur un pacte narratif qui engage particulièrement le/la lecteur.ice, l’invitant à démasquer le jeu de l’écrivain.e. Dans quelle mesure l’autofiction féminine se présente-t-elle comme une narration qui défie le regard patriarcal et réécrit les récits traditionnels sous un prisme féministe ? En quoi l’autofiction féministe explore-t-elle l’expression de la condition féminine à travers l’écriture, tout en se servant des conventions du genre pour construire des récits alternatifs qui reflètent des vécus diversifiés ?
Contrairement à l’autobiographie qui se propose comme un compte rendu « vrai » de la vie de l’auteur, l’autofiction au féminin joue avec la subjectivité en intégrant des récits de femmes qui souvent traitent des luttes pour la reconnaissance et l’émancipation. Tout en mêlant éléments
autobiographiques et fictionnels, l’autofiction au féminin est également marquée par son statut de genre littéraire profondément européen, où les voix féminines ont trouvé leur cadre de développement vital. Si les racines de l’autofiction féministe se trouvent dans la littérature romantique et le modernisme — avec des auteures comme Virginia Woolf, Simone de Beauvoir mais aussi Hélène Cixous ou Annie Leclerc — son actualité se manifeste chez des écrivaines comme Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de littérature, dont l’œuvre questionne les conventions à travers une dimension politique incontournable jusqu’au récit transpersonnel, comme en témoigne Les Années (2008), ou encore, Christine Angot, Virginie Despentes, Chloé Delaume. Des autrices de langue allemande, comme Helga Schubert, Marlen Haushofer, Christa Wolf, Elfriede Jelinek, explorent les thématiques de mémoire, d’identité et de subjectivité, ou plus près de nous, dans une perspective postféministe, Brigitte Kronauer, Herta
Müller ou Sibylle Berg, étendent leur réflexion à la société contemporaine et son fonctionnement. La voix des écrivaines italiennes Natalia Ginzburg, Elena Ferrante, ou espagnoles comme Carmen Martín Gaite ou Marta Sanz, ainsi que les récits danois de Tove Ditlevsen dans la Trilogie de Copenhague (1967-1971), ou suédois comme Sara Stridsberg, invitent à réfléchir sur ces parcours des femmes tout en ouvrant un espace de discussion sur les souvenirs, l’héritage ainsi que les combats personnels liés à l’identité de genre.
Loin d’être un phénomène circonscrit aux dynamiques littéraires des pays dominants, la perspective comparatiste et européenne de ce colloque permet d’établir des liens enrichissants concernant la manière dont les voix féminines dans l’autofiction examinent les défis contemporains de l’individu et de la collectivité, notamment la quête personnelle et la manière dont des enjeux tels que la violence de genre, les agressions et le harcèlement trouvent écho dans les récits autofictionnels. Ces œuvres mettent souvent en lumière la nécessité de faire face à ces réalités traumatisantes tout en cherchant à exprimer la colère et la résilience des personnages dans un contexte marqué tant par l’hypersexualisation de leurs corps que par l’âgisme. Ainsi, l’autofiction, avec ses motifs d’expériences traumatiques et de crise, interroge la vulnérabilité des protagonistes dans une réalité caractérisée par des inégalités de genre telles que les iniquités salariales et les obstacles à l’accès à la santé reproductive, tels que la PMA et l’IVG et globalement l’invisibilisation des femmes vieillissantes dans la société et la politique.
Ce mélange d’introspection, de suggestion, d’ironie et de franc-parler au sujet des réalités vécues par les femmes ne serait-il pas finalement le signe distinctif de l’autofiction au féminin en Europe ? Ces œuvres contribuent-elles à une compréhension plus large de la lutte de genre dans la société contemporaine, tout en questionnant les constructions sociales et d’identité et en proposant des modèles alternatifs de résistance face aux structures oppressives qui persistent aujourd'hui ?
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English version
This symposium, organised by the ILLE research centre (Université de Haute-Alsace, Mulhouse) in collaboration with the REIGENN research centre (Sorbonne Université), is part of a continuum of studies conducted over ten years by scholars drawn from the two laboratories. It aims to examine modern and contemporary autofiction in Europe with a particular emphasis on women’s voices and feminist perspectives as distinguishing features. Seeking to determine whether it is possible to identify specific characteristics of autofiction by women, and to understand how these narratives expose the paradigms of the societies they represent, the conference seeks to investigate the ways in which women’s autofictions in Europe appropriate narrativity in order to restore to women their own literary voice. By analysing the specificities of European autofictions, their motifs and narrative techniques, as well as their relationship to society and to gender, we seek to explore how these works reflect the dynamics of the representation of female identities, struggles for gender equality, and women’s lived experiences (in terms of the body, relations to the Other—including the Masculine—and to personal or collective Memory).
Situated between autobiography and fiction, the narrative category of autofiction (cf. Serge Doubrovsky) has, in recent years, become a veritable literary and critical trend. This genre encompasses a growing number of works that are often focused on the gender dimension, calling into question the traditional norms of narration and social roles. Based on the apparent simplification of an equivalence between author, narrator and main character, autofiction, according to Jacques Lecarme (1992), rests on a narrative pact that particularly engages the reader by inviting them to unmask the writer’s playful intention. To what extent does women’s autofiction present itself as a form of narration that challenges the patriarchal gaze of society and rewrites traditional narratives through a feminist lens? In what ways does feminist autofiction explore the expression of women’s condition through writing whilst drawing on the conventions of the genre to construct alternative narratives that reflect diverse lived
experiences?
In contrast to autobiography, which presents itself as a “truthful” account of the author’s life, women’s autofiction plays with subjectivity by incorporating women’s narratives that often address struggles for recognition and emancipation. While interweaving autobiographical and
fictional elements, women’s autofiction is also marked by its status as a profoundly European literary genre, within which women’s voices have found an essential space for development. If the roots of feminist autofiction lie in Romantic and modernist literature—with authors such as
Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, Hélène Cixous or Annie Leclerc—its contemporary relevance is evident in the work of writers such as Annie Ernaux, Nobel Prize laureate in Literature, whose oeuvre interrogates conventions through an inescapable political dimension that extends to transpersonal narration, as exemplified by Les Années (2008), as well as in the work of Christine Angot, Virginie Despentes, and Chloé Delaume. German-language authors such as Helga Schubert, Marlen Haushofer, Christa Wolf and Elfriede Jelinek explore the themes of memory, identity and subjectivity, while more recently, from a postfeminist perspective, Brigitte Kronauer, Herta Müller and Sibylle Berg extend their reflections to
contemporary society and its modes of functioning. The voices of Italian writers such as Natalia Ginzburg and Elena Ferrante, or Spanish writers such as Carmen Martín Gaite and Marta Sanz, as well as Danish narratives such as Tove Ditlevsen’s Copenhagen Trilogy (1967–1971), or Swedish authors such as Sara Stridsberg, prompt reflection on women’s trajectories while opening up a space for discussion about memory, inheritance, and personal struggles related to gender identity.
Far from being a phenomenon confined to the literary dynamics of dominant countries, the comparative and European orientation of this conference makes it possible to establish fruitful connections concerning the ways in which women’s voices in autofiction address contemporary challenges facing individuals and communities, notably self-development and the ways in which issues such as gender-based violence, assault and harassment resonate in autofictional narratives. These works often highlight the necessity of confronting traumatic realities while seeking to articulate the characters’ anger and resilience in a context marked both by the hypersexualisation of their bodies and ageism. Thus autofiction, with its recurring motifs of traumatic experiences and crisis, examines the vulnerabilities of protagonists in a reality characterised by gender inequalities such as wage gaps and obstacles to accessing reproductive healthcare, including medically assisted reproduction and abortion, and, more broadly, by the invisibilisation of ageing women in society and politics.
Might this combination of introspection, suggestion, irony, and plain speaking about women’s lived realities ultimately constitute the distinctive hallmark of women’s autofiction in Europe? Do these works contribute to a broader understanding of contemporary gender struggles, while
questioning social and identity constructions to propose alternative models of resistance to the oppressive structures that persist today?
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Comité scientifique / Scientific Committee :
Alessandra Ballotti (REIGENN, Sorbonne Université)
Régine Battiston (ILLE-UHA)
Arnaud Genon (ILLE-UHA)
Carole Martin (ILLE-UHA)
Frédérique Toudoire-Surlapierre (REIGENN, Sorbonne Université)
Langues de travail / Working languages : français, anglais/french, english.
Modalité de soumission des propositions : les propositions de communications (1500 à 2000 signes espaces compris), accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 30 avril 2026 à regine.battiston@uha.fr ; alessandra.ballotti@sorbonne-universite.fr;
frederique.toudoire@free.fr
Réponse du comité : mi-mai 2026.