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Who cares ? Prendre soin de la folie dans l’Europe médiévale et renaissante (appréhender, remédier, représenter) (Tours)

Who cares ? Prendre soin de la folie dans l’Europe médiévale et renaissante (appréhender, remédier, représenter) (Tours)

Publié le par Eloïse Bidegorry (Source : Frédérique Fouassier)

Colloque international de la FESMAR (Fédération des Études Supérieures du Moyen Âge et de la Renaissance)

Organisatrices : Pascale Drouet (CESCM) et Frédérique Fouassier (CESR)

Université de Tours - Centre d’Études Supérieures de la Renaissance - jeudi 10 et vendredi 11 décembre 2026

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 Who cares ? Prendre soin de la folie dans l’Europe médiévale et renaissante (appréhender, remédier, représenter)

 

Dans une perspective interdisciplinaire, ce colloque souhaite s’intéresser à la perception, au traitement et à la représentation des personnes atteinte de folie dans la période médiévale et celle de la première modernité, que la folie prenne les formes diverses de mélancolie, de possession, d’égarement, de déraison. Pour ce faire, il propose de prendre en compte la notion contemporaine de care, au sens d’éthique du soin, et de l’historiciser en dehors de son ancrage contemporain, afin de penser à nouveaux frais le rapport à la vulnérabilité et à la dépendance (et interdépendance), la dialectique de l’assistance et de la marginalisation au Moyen Âge et à la Renaissance.

               Il s’agira notamment, pour ce qui concerne le domaine anglais, de prendre en compte la polysémie du terme care (« mental suffering », « concern », « charge », « official guardianship ») et d’observer ses glissements de sens ainsi que l’évolution de son emploi entre le Moyen Âge et la Renaissance, dans des textes de natures variées et complémentaires (textes de loi, traités médicaux, proclamations, pamphlets, ballades, brochures populaires, pièces de théâtre), miroir sans doute de l’inflexion anthropologique propre à la Renaissance qui s’efforce de replacer l’humain, sa vulnérabilité, au centre des préoccupations.

               Il s’agira, d’autre part, d’interroger les différentes pratiques ordinaires du soin. Existait-il un rapport éthique du soin dans les pratiques religieuses (hospices, pèlerinages, formes de soins spirituels), médicales (savantes et vernaculaires) et sociopolitiques, institutionnelles et non institutionnelles, légales et moins légales ? Quelles étaient les formes de prise en charge ? Que nous disent les témoignages qui se veulent objectifs ? Que trouve-t-on dans les représentations fictionnelles qui en ont été faites ?

Ainsi, on pourra revenir sur les justifications théologiques qui avaient cours au Moyen Âge (traités de Nicolas de Cues et de Thomas a Kempis, par exemple) et faisaient que le simple d’esprit ou « l’idiot du village », était certes tourné en dérision mais aussi toléré, voire vénéré (cf. Walter Kaiser dans Praisers of Folly : Eramus, Rabelais, Shakespeare). On pourra tenter de mesurer l’écart entre le recours à la nef des fous et à ce que Michel Foucault a appelé « le grand renfermement ».

On pourra aussi se pencher sur les pratiques plus ou moins douteuses des exorcistes qui prétendaient que les fous étaient possédés par des démons, ou encore examiner les variations de prescriptions et de diagnostics médicaux, ainsi que l’évolution des positions juridiques depuis le Moyen Âge jusqu’au milieu du XVIIe siècle (en prenant en compte, par exemple, les Poor Laws de la période Tudor). 

On pourra également tâcher de mesurer et de comprendre l’écart qui sépare ce qui s’affiche comme soin, obligation morale ou charité, mais qui, de fait, met en place des méthodes coercitives (notamment dans les institutions asilaires).

Ce colloque entend ainsi faire dialoguer les champs différents de l’histoire, des études médicales, de la philosophie et de la littérature, en explorant, à travers le prisme de la notion de care, les dynamiques sociales, éthiques et politiques du soin face à la folie dans l’Europe du Moyen Âge et de la Renaissance.

 

Suggestions bibliographiques

 Brugère, Fabienne, L’éthique du care, Paris, PUF, 2011.

Carter, Philippa, Frenzy in Early Modern England. Madness, Brain Disease and the Soul, Cambridge, CUP, 2026.

Equestri, Alice, « ‘This cold night will turn us all to fools and madmen’ : Feste, Lear’s Fool and the border between ‘idiocy’ and mental illness », Cahiers Élisabéthains, 99, 2019, p. 23-32.

Foucault, Michel, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1972.

Foucault, Michel, Maladie mentale et psychologie, Paris PUF, coll. « Quadrige », (1954), 2008.

Garrau, Marie et Alice Le Goff, Care, justice et dépendance. Introduction aux théories du Care, Paris, PUF, 2010.

Gilligan, Carol, In a Different Voice, Cambridge (MA), Harvard University Press, (1982) 2016.

Jackson, Ken, Separate Theaters : Bethlem (‘Bedlam’) Hospital and the Shakespearean Stage, Newark, University Press of Delaware Press, 2005.

Laharie, Muriel, La folie au Moyen Âge (XIe–XIIIe siècles), Paris, Le Léopard d’Or, 1991.

Laugier, Sandra (dir.), Le souci des autres. Éthique et politique du care, Paris, EHESS, 2011.

O’Donoghue, Edward Geoffrey, The Story of Bethlehem Hospital from Its Foundation in 1247, New York, Dutton, 1915.

Quetél, Claude, Histoire de la folie, de l’antiquité à nos jours, Paris, Tallandier, (2012) 2020.

MacDonald, Michael, Mystical Bedlam : madness, anxiety and healing in seventeenth-century England, Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1981.

Midelfort, Erik, Mad Princes of Renaissance Germany, Charlottesville, University of Virginia Press, 1994.

Maldiney, Henry, Penser l’homme et la folie, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2007.

Roscioni, Lisa, « Soin et/ou enfermement ? Hôpitaux et folie sous l’Ancien Régime », Genèses, 1, 2011, p. 31-51.

Tronto, Joan, Moral Boundaries, New York, 1993.

Turner, Wendy J., Care and Custory of the Mentally Ill, Incompetent, and Disabled in Medieval England, Turnhout, Brepols, 2013. 

 

Modalités

 Les propositions (abstract d’environ 250-300 mots + biblio d’environ 100-150 mots) sont à envoyer d’ici le 15 juin 2026 à : pascale.drouet@univ-poitiers.fr et frederique.fouassier@univ-tours.fr  

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Caring for Madness in Medieval and Early Modern Europe: Approaches, Practices, and Representations

  

Adopting an interdisciplinary perspective, this conference seeks to examine the perception, treatment, and representation of individuals affected by madness in the medieval and early modern periods, whether madness took the diverse forms of melancholy, possession, wandering, or unreason. To this end, it proposes to engage with the contemporary notion of care, understood as an ethics of care, and to historicize it beyond its modern conceptual framework, in order to reassess the relationship to vulnerability and dependency (and interdependency), as well as the dialectic between assistance and marginalization in the Middle Ages and the Renaissance.

               In the context of English studies in particular, attention will be paid to the polysemy of the term care (“mental suffering,” “concern,” “charge,” “official guardianship”) and to the shifts in its meanings, as well as to the evolution of its usage between the medieval and early modern periods, across a range of complementary textual sources (legal texts, medical treatises, proclamations, pamphlets, ballads, popular booklets, and plays). These shifts arguably reflect the anthropological reorientation characteristic of the Renaissance, which sought to place the human subject—and human vulnerability—at the center of intellectual inquiry.

               The conference will also investigate the various everyday practices of care. Did an ethical approach to care exist within religious practices (hospices, pilgrimages, forms of spiritual healing), medical traditions (both learned and vernacular), and socio-political frameworks, whether institutional or non-institutional, legal or extra-legal? What forms did care provision take? What do ostensibly objective testimonies reveal? And how do fictional representations engage with these practices?

               Participants may also revisit the theological justifications prevalent in the Middle Ages (for example in the works of Nicholas of Cusa and Thomas à Kempis), according to which the “simple-minded” or the “village idiot” could be mocked, yet also tolerated or even venerated (see Walter Kaiser, Praisers of Folly: Erasmus, Rabelais, Shakespeare). The gap between practices such as the ship of fools and what Michel Foucault famously termed the “Great Confinement” may also be reassessed.

               Further avenues of inquiry include the more or less questionable practices of exorcists who claimed that the mad were possessed by demons; the variations in medical diagnoses and prescriptions; and the evolution of legal frameworks from the Middle Ages to the mid-seventeenth century (for instance, the Tudor Poor Laws).

               Finally, the conference invites reflection on the tension between care as it is presented—whether as moral obligation or charity—and the coercive methods it may in fact entail, particularly within asylum institutions.

               By bringing into dialogue the fields of history, medical humanities, philosophy, and literary studies, this conference aims to explore, through the lens of care, the social, ethical, and political dynamics of responses to madness in medieval and early modern Europe.