Pendant environ quatre années, la pandémie due au Covid-19 m’ayant contraint de vivre dans l’intemporel, j’en ai profité pour regarder de plus près le temps passer. Dans la situation de l’homme dont les jours sont comptés au-delà du raisonnable, j’ai noté sur des papiers ce qui faisait que tous ces jours comptaient malgré tout pour moi. Comme je n’avais pas assez de bouteilles pour disperser tout ça dans la mer la plus proche, j’ai eu l’idée d’en faire des newsletters, envoyées en principe chaque mois à la liste de mes amis et connaissances, augmentée des personnes qui s’étaient inscrites.
« Écrire une lettre, c’est écrire », rappelait Marguerite Duras, selon qui « il n’y a pas de lettres privées ».
Je crois bien qu’on ne peut écrire une lettre, comme n’importe quel texte qu’on écrit, si vraiment on l’écrit, qu’en étant sur le qui-vive. Là, ce n’était pas difficile, on était entré dans une époque où tout un chacun existait sous la menace d’un événement qui pouvait troubler du jour au lendemain le cours habituel de sa vie.
Le narrateur est peintre. Il a repris la peinture depuis peu.
Que peut la peinture dans un tel cas ? Permet-elle d’échapper au noir envahissant ? — A.V.
Lire sur Fabula les premières pages : "L'heure tourne…"
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On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :
"Dans l’atelier d’une vie", par Cécile Dutheil de la Rochère (28 avril 2026)
Il y a dix ans, quand Denis Roche, père de la collection « Fiction & Cie », est mort, Alain Veinstein a publié un portrait de lui intitulé « Je me souviens ». C’était dans Le Nouvel Obs, et la référence au livre de Georges Perec était limpide. Aujourd’hui, Alain Veinstein publie dans ladite collection un livre ayant pour titre Compter les jours qui est une manière de Je me souviens, mais pas tout à fait. Le présent y est plus présent. La peinture s’y peint aujourd’hui. La nostalgie est tenue à distance. Le livre diffuse un goutte-à-goutte de calme qui cache quelque angoisse et quelque tristesse.