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La "Fonction-Croce" dans les romans et les écrits autobiographiques de la Résistance italienne (Strasbourg)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Anna Frabetti)

Le colloque international proposé vise à interroger la « Fonction-Croce » dans les romans et les écrits
autobiographiques de la Résistance italienne. Pour toute une génération d’écrivains et d’intellectuels
nés juste avant ou sous le fascisme — et parvenus à maturité intellectuelle pendant ou après la guerre
civile — Benedetto Croce constitue, en effet, une figure de référence incontournable.

D’une part, parce qu’à partir de 1925, avec le Manifeste des intellectuels antifascistes, Croce s’impose
comme la personnalité la plus en vue de l’antifascisme libéral italien, en raison aussi de son
rayonnement international en tant qu’homme politique et penseur. D’autre part, du fait de la
conception de l’histoire développée par le philosophe napolitain — notamment à partir des années
1930 — comme histoire de la liberté, et de celle de la liberté comme religion ultime de l’humanité.

À cela s’ajoute la nature systématique de sa pensée, qui fournit des lignes directrices déterminantes
pour la réflexion dans les domaines esthético-littéraire, logique, éthico-pratique, historique et
historiographique, offrant ainsi aux écrivains de la Résistance une Weltanschauung concurrente et
alternative à celle du régime.

Dans cette perspective, la « Fonction-Croce » ne se réduit pas à un héritage figé, mais constitue un
principe dynamique de réflexion et de mesure éthique et intellectuelle, pouvant également se déployer
sous une forme polémique : un horizon de “pensabilité” à travers lequel la littérature de l’après-guerre
interroge le sens de la liberté, de la responsabilité et de la mémoire. Elle peut être étudiée tant chez
des auteurs tels que Giorgio Bassani, Italo Calvino, Beppe Fenoglio et Luigi Meneghello que chez
des écrivains et écrivaines moins étudié·e·s, comme Elia Marcelli, Giovanni Giudici, Ada Prospero
Gobetti, Joyce Lussu, Piero Calamandrei ou Carlo Dionisotti, tous et toutes confronté·e·s activement
à la page crocéenne.

Sous cet angle visuel, le colloque entend inclure également la « Fonction anti-Croce », c’est-à-dire
l’ensemble des postures critiques ou opposées qui, tout en partant de l’influence crocéenne, remettent
en cause ses méthodes et ses présupposés. Cette dynamique se manifeste parfois au sein d’une même
trajectoire auctoriale, lorsqu’un éloignement progressif succède à une phase initiale d’adhésion ou de
reconnaissance.

Il est souhaitable que les propositions s’étendent au-delà des œuvres publiées, en intégrant les
matériaux d’archives — témoignages privés, notes, carnets, papiers autographes et correspondances
— dans lesquels se reconnaît le dialogue avec le penseur de Pescasseroli, ou se révèle, de manière
explicite ou implicite, consensuelle ou dissidente, et parfois même fortement dissidente, l’hypotexte
crocéen. Les bibliothèques d’auteur revêtent une importance équivalente, où gloses, postilles et
annotations sur les volumes de Croce ou sur d’autres œuvres philosophiques ou littéraires permettent
de repérer les traces d’une réception et d’un engagement critique direct.

L’objectif du colloque est de restituer l’importance d’une présence qui agit comme principe critique
et moral dans la construction de l’identité intellectuelle, et plus spécifiquement littéraire, des écrivains
de la Résistance.

Axes thématiques

1. Croce et la formation de la conscience morale des écrivains de la Résistance

Cet axe se propose d’interroger la place de la pensée et de la figure publique de Benedetto Croce
dans la formation éthique et intellectuelle des écrivains de la génération de la Résistance, formés
sous le Ventennio fasciste et parvenus à maturité pendant la guerre civile et l’immédiate après-
guerre. Croce sera envisagé comme un horizon de “pensabilité” morale, linguistique et civique,
déterminant dans le processus de reconstruction culturelle de l’Italie d’après-guerre.

2. La « Fonction-Croce » dans les écritures de l’après-guerre

Cet axe entend analyser les modalités selon lesquelles la pensée crocéenne s’inscrit dans les
pratiques scripturales et les formes de la représentation littéraire au lendemain du conflit. Il
s’agira notamment d’examiner l’hypotexte crocéen comme principe de structuration narrative et
stylistique, lisible dans la tension entre éthique et forme, entre liberté et vérité. Les
communications pourront porter sur des études de cas consacrées à des auteurs entretenant un
rapport direct ou indirect avec l’œuvre et la figure de Croce, afin de mettre au jour la persistance,
les évolutions et les reconfigurations de la « Fonction-Croce » dans les romans et les écrits
autobiographiques de la Résistance.

3. La « Fonction anti-Croce » dans les écritures de l’après-guerre

Cet axe est dédié à l’exploration des formes de dissensus, de critique et de mise à distance à
l’égard de la pensée crocéenne au sein des romans et des écrits autobiographiques de la
Résistance. Une attention particulière sera portée aux cas où la référence à Croce opère comme
contre-modèle éthique, historique ou esthétique, marquant un écart — parfois conflictuel — entre
une phase initiale d’adhésion ou de reconnaissance et un moment ultérieur de distanciation. Il
s’agira ainsi de retracer des trajectoires auctoriales où la référence crocéenne se transforme en
confrontation polémique et en redéfinition de l’identité philosophico-littéraire.

4. Archives et bibliothèques d’auteur : matérialités de la « Fonction-Croce »

Cet axe invite à l’exploration des matériaux d’archives — manuscrits, carnets, journaux, notes,
correspondances — qui témoignent du dialogue avec la pensée de Croce. Il encourage également
l’étude des bibliothèques d’auteur, envisagées comme des espaces concrets de réflexion et
d’appropriation critique, où gloses, marginalia et annotations portées sur les œuvres de Croce ou
sur d’autres textes philosophiques et littéraires permettent de saisir les modalités de la réception.
Les approches philologiques et génétiques sont particulièrement bienvenues, dans la perspective
d’une cartographie fine de la réception crocéenne et d’une reconstitution des réseaux intellectuels
qui se sont constitués autour de sa figure.

L’appel à communications s’adresse aux doctorant·e·s ainsi qu’aux chercheur·e·s, jeunes ou
confirmé·e·s.

Les propositions devront comporter un résumé de 1 500 caractères maximum
(espaces comprises), accompagné d’une bibliographie critique essentielle et d’une brève notice
bio-bibliographique.

Les propositions préciseront le titre de la communication, le nom de l’auteur
ou de l’autrice et l’affiliation institutionnelle, et devront être envoyées par courrier électronique au
plus tard le 31 mars 2026 à l’adresse suivante :
convegnocroce.resistenza@gmail.comMerci d’indiquer dans l’objet du message : « Proposition de communication
CROCE_RESISTENZA ».

Les auteur·e·s seront informé·e·s de l’acceptation des propositions d’ici la fin du mois de juin 2026.

Chaque communication disposera d’un temps de parole maximal de 20 minutes.

Les frais de
déplacement, d’hébergement et de séjour seront à la charge des participant·e·s. À l’issue de
l’évaluation des contributions par le comité scientifique, une publication des actes sous la forme
d’un volume collectif sera envisagée.

Dates et lieu : 19-20 novembre 2026, Université de Strasbourg

Langues du colloque : italien, français, anglais

Comité d’organisation:

Giacomo Mangelli (Université de Strasbourg – Università di Roma La Sapienza)
Emma Parmeggiani (Université de Strasbourg – Università degli Studi di Milano)
Beatrice Lorenzotti (Università di Roma La Sapienza – Université de Strasbourg)
Anna Frabetti (Université de Strasbourg)
Emanuele Cutinelli-Rendina (Université de Strasbourg)

Partenaires:

Fondazione Biblioteca Benedetto Croce (Napoli)
Istituto Italiano di Cultura di Strasburgo
Consolato Generale d’Italia di Metz
Université d’Aix-Marseille
Université de Lorraine

Comité scientifique:

Anna Frabetti (Université de Strasbourg)
Emanuele Cutinelli-Rendina (Université de Strasbourg)
Rosanna Morace (Università di Sassari)
Renato Camurri (Università di Verona)
Gianluca Genovese (Unisob – Fondazione Biblioteca Benedetto Croce)
Laura Toppan (Université de Nancy)
Gabriele Pedullà (Scuola Normale Superiore di Pisa)
Philip Cooke (University of Strathclyde.