Édition
Nouvelle parution
Léontine Oudot, Les souvenirs de Léontine Oudot. La Commune, une affaire de famille (éd. Alain Faure)

Léontine Oudot, Les souvenirs de Léontine Oudot. La Commune, une affaire de famille (éd. Alain Faure)

Publié le par Marc Escola

Présentation et postface d'Alain Faure

Léontine Oudot ( 1861-1939 ) est une ouvrière parisienne, fille d’un communard qui réussit à échapper aux massacres de la Semaine sanglante et aux poursuites engagées contre lui à la suite d’un jugement par contumace. Elle fut proche dans sa vie et son grand âge de la pensée communiste et souhaita transmettre avant de disparaître ses souvenirs d’enfance à ses descendants. Elle rédigea à cet effet ses souvenirs centrés sur les terribles événements que furent le Siège de Paris et la Commune.

On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cette édition :

"Les témoignages publiés par les femmes du peuple ayant vécu pendant ou participé à la Commune sont en très petit nombre. On connait les fameux Mémoires de Louise Michel, ou encore le texte de Victorine Brocher, Souvenirs d’une morte vivante, publié une première fois à Lausanne en 1909 (réédition Maspero, 1976, puis Libertalia, 2017). On ne boudera pas le plaisir et l’intérêt qu’il y a à découvrir les souvenirs de Léontine Cornubert née Oudot (1861-1939), fille de communard, fidèle au « grand parti communiste Français », couchés sur le papier à l’âge de 77 ans, un an avant sa mort.

À la fin de l’année 1871, Léontine a juste dix ans. Son premier regard est celui de l’enfance avant et pendant les événements dramatiques du siège de Paris, puis de la Commune et de la répression qui menace sa famille. Aux souvenirs juvéniles se mêlent les drames collectifs interprétés par une mémoire familiale, construite après coup. La trame du récit est surtout centrée sur le Second Empire et la Commune ; il devient plus succinct lorsqu’on aborde la Troisième République, hors l’évocation de quelques faits marquants parmi lesquels l’amnistie de 1879-1880 figure en bonne place.

Le texte ne nous dit pas tout de Léontine adulte, de son existence d’ouvrière, de Parisienne devenue banlieusarde, de mère et de femme. Mais les notations, même brèves et incidentes, restent d’une grande richesse. D’abord au sujet des conditions de vie d’une famille ouvrière sous le Second Empire, enracinée dans le vieux quartier Saint-Gervais, puis qui se disperse vers l’est de la capitale. Ensuite sur le monde du travail. Après avoir subi de rudes apprentissages, les hommes sont des ouvriers qualifiés : bronzier, menuisier, imprimeur. Ils s’engagent dans les mouvements sociaux qui marquent la fin du Second Empire. Les femmes cousent des casquettes à domicile et jouent un rôle économique et familial essentiel. Enfin, sur les joies et les peines du quotidien. Hors temps de crise, personne n’est riche, mais ce n’est pas l’extrême pauvreté des journaliers, même si la vie reste fragile, marquée par la maladie et les décès précoces.

On lit aussi dans ce texte les espoirs liés à la scolarisation des filles, souvent contrariée. Lorsqu’on ouvre les souvenirs de Léontine Oudot, il faut imaginer l’effort et la rupture que représente la rédaction de ses souvenirs par une femme du peuple. Cette mémoire transmise à la fin des années 1930, alors que montent les périls du fascisme et de la guerre, exprime peut-être l’urgence qu’il y avait alors à raconter les idéaux d’une génération ouvrière et militante en passe de disparaître.

Dans son éclairante présentation agrémentée d’un intéressant cahier iconographique, Alain Faure, spécialiste reconnu d’histoire sociale urbaine, nous dit qu’il faut « tout prendre » de ce texte pour appréhender sa valeur à la fois comme document pour l’histoire sociale et comme trace du travail de mémoire, ici une « mémoire par en bas », celle des femmes et des hommes aux « vies minuscules », dont on a pu dire qu’ils n’avaient pas d’histoire". — Vincent Milliot