Anne Beyaert-Geslin, Jacques Fontanille, Ofra Lévy (dir.), L’analyse et sa reproductibilité. Science des arts et des textes
L’analyse et sa reproductibilité. Science des arts et des texte, monographie à paraître aux Éditions Honoré Champion, coll. Lexica, 2027.
Coordination : Anne Beyaert-Geslin (MICA, U. Bordeaux Montaigne), Jacques Fontanille (CeReS, U. de Limoges) et Ofra Lévy (Thalim, U. Sorbonne Nouvelle).
Les sciences des arts et des textes placent en leur centre la question de l’analyse et des méthodes qui la fondent. Elles s’appuient à cet égard sur différents domaines disciplinaires (sémiotique, littérature, linguistique, stylistique, iconologie, communication), elles mobilisent de nombreux savoir-faire (approche critique, théorique, quantitative, typologies, grilles analytiques), pour rendre compte d’une grande diversité d’objets d’études (textes, cinéma, publicité, radio, peinture, médias...).
Cette multiplicité d’approches, de points de vue et d’objets, qui se nourrissent et se complètent viennent former une herméneutique multiforme, du particulier au général, du déclinable à l’indéclinable, autant par l’analyse d’un objet d’étude par une méthodologie qui lui est strictement réservée, que par la conception d’outils analytiques susceptibles d’être réutilisés sur divers objets d’études, à commencer par ceux qui ont déjà été analysés. C’est ainsi que le problème qui se pose tout particulièrement aux sciences humaines et sociales à orientation "herméneutique", est la tension entre le souci de fonder, exercer et faire progresser une méthodologie généralisable, et l'exigence de rendre compte de la spécificité de chaque objet d'analyse, artistique et textuel. Ces deux orientations ne sont pas des voies séparées et contraires, mais les deux faces en tension de la pratique d’analyse. Dans cette tension, la difficulté principale tient à la possibilité d’une reproduction des analyses proposées, et de la stabilité et fiabilité des méthodes qui les soutiennent.
En cela, il sera ici question d’interroger la reproductibilité des analyses (descriptions, explications, modélisations) dans différents domaines des arts et des textes, dans sa forme théorique, conceptuelle, méthodologique et pratique : problématiques, limites, formes, origines, écoles de pensées, méthodes, expérimentations. Nous porterons l’attention sur des textes, des images et des objets artistiques, dans leur acception la plus large, parce que chacun à leur manière, ils ont interpellé les chercheurs sur la question de l’adéquation des méthodes d’analyse et plus notamment de leur problématique transposition d’un domaine à l’autre, en particulier entre le verbal et le non-verbal. En raison de leur diversité et de leur disponibilité particulière à la nouveauté technologique, les images, les textes et les objets, s’imposent à l’étude pour répondre aux questions de reproductibilité.
A quelle « échelle » cette reproductibilité analytique se conçoit-elle ? Celle du statut (artistique, littéraire, scientifique, etc.), du genre, du medium ? La limite est-elle plutôt fixée par le langage lui-même (transfert de la méthode d’analyse d’un texte vers l’image, par exemple) ? Une adaptation de la méthode est-elle pertinente, une méthode d’analyse de texte ou d’image est-elle transférable à l’objet tri-dimensionnel ou transmédiatique ? Quelles sont alors les conditions et les limites de l’adaptation ?
Les limites à la reproductibilité sont-elles temporelles, évoquant alors une obsolescence déterminée par la nouveauté technologique, les pratiques de production, mais également la concurrence d’autres cadres théoriques qui renouvellent le point de vue sur la question et « prennent le dessus » ? Les sciences des arts et des textes procédant par sédimentation des connaissances, cette « obsolescence programmée » des méthodes d’analyse, sous le double feu du renouvellement technologique et de la concurrence scientifique, n’exclut pas un regain, la méthode pouvant être remobilisée à nouveaux frais et transformée en suivant le mouvement de la sémiotique des cultures. Une périodicité peut-elle être alors envisagée, à l’échelle d’une génération par exemple ? On décrirait ainsi la mise en adéquation des méthodes tel un ajustement permanent à une épistémè.
Jusqu’où et quand une méthode est-elle adéquate ? À partir de quand, déplacée, perd-elle sa validité ? La question intéresse tout particulièrement les pédagogues des différentes disciplines, tenus d’enseigner des méthodes d’analyse dont la reproductibilité et la validité sont souvent questionnées par les objets d’étude très contemporains des étudiants, d’où un effet d’anachronisme.
Les propositions s’inscriront dans trois axes principaux :
- Les façons de penser la reproductibilité. Il s’agit de décrire les formes et les écoles de pensées.
- Les limites des méthodes d’analyse. S’emparant des textes, des images et des objets artistiques, les propositions s’efforceront de pointer les manquements des méthodes d’analyse, mais aussi les formes de réparation ou d’adaptation heuristiques possibles.
- Le mouvement de la reproductibilité des méthodes. Il s’agit d’observer les processus d’abandon, de regain, d’hybridation, mais aussi de transformation de la méthode à l’intérieur de la culture pour considérer les méthodes comme des entités en constante évolution dont on peut suivre le devenir.
Modalités de soumission
Les propositions de contributions (1500 signes maximum avec une courte notice bio-bibliographique) doivent être adressées conjointement à Anne Beyaert-Geslin (anne.geslin-beyaert@u-bordeaux-montaigne.fr), Jacques Fontanille (jacques.fontanille@unilim.fr) et Ofra Lévy (ofra.levy@sorbonne-nouvelle.fr) le 2 avril 2025 au plus tard.
Ces propositions devront identifier le ou les champs critiques et théoriques concernés sous forme de cinq mots clés et de quelques références bibliographiques.
Les réponses seront transmises vers le milieu du mois d'avril.
Les contributions qui auront été acceptées, d’une longueur de 35 000 à 50 000 signes (espaces comprises), devront être remises le 2 septembre 2026 au plus tard et seront soumises à expertise.