Chaque semestre nous vaut quelque réédition des grands titres de Jacques Derrida, entreprises à l'enseigne de Gallimard désormais. Après L'animal que donc je suis l'an passé, la collection Folio Essais accueille l'un des plus célèbres essais du philosophe : Le monolinguisme de l’autre. On en connaît le motif : "Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne". C’est avec cet aveu déconcertant que le philosophe ouvre ce livre hybride, aessai de philosophie du langage et témoignage de l’auteur sur l’acculturation qu’il a connue durant son enfance en Algérie française. Un récit qui fait état des facteurs psychologiques parfois contradictoires dont est investi le sujet colonisé, tiraillé qu'il est entre le désir de renouer avec une langue d’origine "perdue" et l’ambition de maîtriser celle du colonisateur. En comparant sa trajectoire avec celles d’autres penseurs bilingues, notamment ashkénazes, il met également au jour la singularité culturelle, linguistique et historique de la diaspora juive sépharade. Retraçant la construction de son identité par le langage, Derrida revient par la même occasion sur un passé colonial qui ne passe pas, et offre un texte d’une rare fécondité sur les questions d’occidentalisme, d’ethnocentrisme et de décolonisation.