On appelle traditionnellement "peste noire" le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste, qui se diffuse en Europe à partir de 1347. Elle constitue à ce jour la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité. Dans Peste noire (Seuil), Patrick Boucheron prend appui sur les progrès conjoints de l’archéologie funéraire et de l’anthropologie, mais aussi de la microbiologie et des sciences de l’environnement, qui en ont révolutionné l’approche. L'ouvrage propose une histoire globale et sociale d’un événement de longue durée, qui déborde les frontières chronologique,s géographiques et disciplinaires. Car la peste met à l’épreuve ce que peut l’histoire dès lors qu'elle se montre accueillante à l’apport de toutes les sciences du passé, y compris lorsqu’elles fouillent les archives du vivant et celles de la Terre. Elle fut, historiquement, une mise à l’épreuve de la capacité des pouvoirs et des sociétés humaines à faire face à la mort de masse. Proposant aussi une histoire d’après la peste, Patrick Boucheron répond à des questions plus récentes, relatives notamment aux paysages et à l’habitat, à l’environnement d’une manière générale, à l’histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes.
Saluons aussi la parution aux éditions Champ Vallon de l'essai de Frédéric Jacquin : Mourir de la peste. Anthropologie d'une épidémie (1720-1722), qui se penche sur le sort des 140 000 victimes provençales entre l’été 1720 et la fin de l’année 1722. Qu’ont-ils vécu entre l’apparition de leurs premiers symptômes et leur mort ? Dans quel monde infernal ont-ils été plongés en attente de leurs trépas ? Quels combats ont-ils mené pour résister à leur sort ? En s’appuyant sur un matériau archivistique exceptionnel, l'anthropologue exhume les fragments de vies d’hommes et de femmes anonymes du dernier épisode pesteux qui frappa le royaume de France. Il essaie de reconstituer leur parcours d’épouvante dans des cités frappées par la contagion et de comprendre dans le cours atroce de la mort épidémique, en quoi celle-ci constituait une expérience singulière et dramatique.
(Illustr. : Italie - XVI siècle - Manuscrit du texte vernaculaire La Franceschina - Victimes de la peste à Pérouse)