Très déçu du péage de Saint-Arnoult : tel est l’un des 4000 commentaires reçus par cette barrière d’autoroute sur Internet. Oui, 4000… Ce foisonnement invite à réfléchir : pourquoi sommes-nous si nombreux à commenter la forme des dents d’une fourchette (trop carrées), une caverne néolithique (déçue par cette grotte) ou l’offre d’un restaurant (brochette de bœeuf très nerveuse) ? En quoi cette pratique modifie-t-elle notre rapport au monde et la place que nous tentons d’y occuper ? Sans rien dissimuler des aspects les plus sombres de ces gloses proliférantes, peut-on y voir aussi une démocratisation de l’écrit et une nouvelle étape de l’avancée vers l’égalité chère à Alexis de Tocqueville (je l’adore, allez Alexis !!!) ? Dans La civilisation du commentaire (Gallimard), joliment sous-titré Portrait de la vie en glose, Maya Goyet mène l'enquête sur ces masses d’avis, au style aussi bancal que ciselé, et touchant toutes les dimensions de l’existence. Elle y met en lumière les enseignements, la poésie, parfois l’absurde de cet espace numérique caractéristique de notre modernité.