
Préface d'Herbert L. Kessler.
Les conceptions médiévales de l'image judéo-chrétienne se fondent sur les imperfections du processus de représentation. Les opérations de perception et de cognition peinent à appréhender l'irreprésentable à travers les moyens dont elles disposent, qu'ils soient mimétiques ou au contraire apophatiques, pour dire ce qui ne peut être représenté. Cependant, une autre modalité de représentation, l'abstraction, s'est développé au sein de cette tension, entre le IXe et le XVe siècle dans le monde occidental, à la recherche elle aussi d'une vérité par-delà les sens. C'est à l'analyse de cette méthode que cet ouvrage est consacré. Il souhaite identifier au sein des images médiévales l'empreinte du processus intellectuel de l'abstraction telle qu'elle a été définie dans le cadre de la pensée médiévale, et plus précisément par la théologie dans son exploration des moyens d'accéder à la connaissance de Dieu.
L'abstraction médiévale ne se déploie pas dans le visuel en réaction à la figuration ; elle est au contraire le moteur de la figuration, elle accentue les effets de la représentation, elle est ce qui institue l'image en tant qu'image. Elle est le témoignage d'une pensée visuelle qui s'affranchit de la mimésis au profit d'une poétique de l'écart ; sans traumatisme, sans violence, sans la nécessité d'une rupture révolutionnaire dans les moyens de l'art, mais en pleine cohérence avec une pensée du monde complexe, fine et qui met à mal les équivalences fragiles entre ce que l'on voit et ce que l'on sait.