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Colette. Une écrivaine de métier

Colette. Une écrivaine de métier

Publié le par Marc Escola (Source : Guy Ducrey)

Lancement chez Minard d'une nouvelle série Colette.

Premier volume prévu en 2023: Une écrivaine de métier

Délai de remise des propositions 15 juin 2022.

Rangée parmi les grands noms de la littérature française dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » dès 1984, l’œuvre de Colette s’est vu consacrer un Dictionnaire en 2018 (Classiques Garnier), synthèse des recherches passées et actuelles. À côté de ce discours universitaire, un large public n’en finit pas de proclamer son attachement à cette œuvre complexe, véritable « eau profonde » (Gaëtan Picon), de la lire ou relire, de découvrir des inédits textuels ou photographiques – diffusés notamment par le travail associatif de la Société des amis de Colette depuis un demi-siècle grâce à sa publication historique, les Cahiers Colette. Une lecture profondément renouvelée de l’œuvre s’est dessinée ces dernières années, en France et ailleurs, qui a relié l’écrivaine à notre monde contemporain. Sa voix résonne en effet au diapason des études féministes et queer, végétaristes ou zoopoétiques, qui célèbrent l’éclat du monde et chantent ses éclosions. Dans le paysage des études littéraires et critiques consacrées à la romancière et journaliste, la série Colette souhaite montrer la prodigieuse fécondité, pour notre temps, de cette œuvre et croiser les discours et les perspectives.

La série Colette proposera tous les deux ans un thème suffisamment large pour inciter chercheuses et chercheurs à explorer l’œuvre, ses ancrages et ses répercussions selon diverses approches – thématique ou poétique, génétique ou mémorielle, féministe ou sociologique, voire ethnocritique. Afin de situer l’écrivaine dans son contexte et de révéler la multiplicité des supports qu’elle choisit, des analyses comparatistes et transmédiales (la radio, les adaptations cinématographiques, l’illustration) sont vivement encouragées, qui permettront de révéler la conscience profonde des choix opérés par l’écrivaine, la chroniqueuse, la critique, la scénariste et la conférencière. Les numéros de la série pourront par ailleurs confronter l’œuvre avec les discours sociaux, culturels et artistiques de son temps, que Colette évoque, sans avoir l’air d’y toucher, pour s’y conforter ou s’en démarquer. 

Pour ce premier numéro, pensé pour paraître l’année du 150e anniversaire de la naissance de l’écrivaine en 1873, nous souhaiterions nous pencher sur « les ruses professionnelles que cache l’écrivain de métier[1] », ainsi que les appelle Colette elle-même. Qualifiée le plus souvent d’« écrivain » par ses homologues masculins et parfois féminins, Colette n’en demeure pas moins une femme de lettres de son temps, prise dans le flux de la littérature qui voit l’édition se transformer, les genres se contaminer, les représentations médiatiques évoluer. Polygraphe et touche-à-touche, elle reste une écrivaine rusée, revendiquant en différents lieux sa malice. 

Notre objectif est de poursuivre le travail entrepris par la critique de ces dernières années qui replace Colette dans les réseaux littéraires de son époque. Il s’agit d’approfondir l’analyse de l’évolution de sa carrière, à l’aune des sollicitations qu’elle reçut, accepta, refusa parfois, et même encouragea. Si elle affirme en 1904 à Francis Jammes laisser la main à Willy pour les relations avec la presse, il en va tout autrement par la suite où elle s’improvise imprésario de son œuvre, en attendant que Maurice Goudeket s’en charge. Les travaux récents de la sociologie de la littérature ont bien montré que l’écrivain est un « objet culturel » en interaction permanente avec « d’autres instances relevant de l’institution littéraire (édition, critique, etc.) [2] ». La chose est particulièrement vraie de Colette qui, par son œuvre imposante et sa longévité, traite avec d’innombrables acteurs et actrices culturels de son temps. Cette activité n’est d’ailleurs pas sans renvoyer à la problématique du genre[3] : l’autrice qui se revendique d’un « hermaphrodisme mental » fait paradoxalement cavalière seule tout en dialoguant incessamment avec des instances et en s’introduisant, souvent par la grande porte, dans les milieux littéraires et artistiques masculins.

Dans cette perspective, on privilégiera les articles ayant pour vocation d’étudier ses relations avec les instances éditoriales et culturelles de son temps. En question, ses relations avec les médiateurs de l'œuvre, notamment les éditeurs : leurs relations au moment de la publication et de l’illustration de ses textes, la participation de Colette dans les collections des maisons d’éditions[4]; sa manière de travailler avec les journaux, et ses activités au sein des institutions littéraires (jurys et prix littéraires, séances de dédicace dans les librairies, conférences). Les études des manuscrits ou des correspondances dans lesquelles ces relations et activités seraient abordées pourraient également trouver leur place dans ce numéro, tout comme les analyses des écrits critiques de Colette. Qu’est-ce en somme, pour Colette, qu’un « écrivain de métier » ? Et comment conçoit-elle le métier d’écrivain ?

 Lignes directrices et propositions d’axes

– Relations avec les éditeurs, libraires

– Pluralité des écritures

– Actrice du monde littéraire (directrice de collection, Goncourt, jury et prix littéraires, conférencière)

– Études des manuscrits

- Processus de publication: presse puis volume, volumes de luxe. 

– Une rubrique de Varia sera ménagée dans chaque volume, pour permettre la publication d’éventuelles lettres inédites, ou le commentaire de quelque document nouvellement éclairé.

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Les propositions d’article (titre et résumé de 15-20 lignes), assorties d’une courte bio-bibliographie (5 lignes : principales lignes de recherche, coordonnées et rattachement institutionnel), sont à envoyer par courriel au plus tard le 15 juin 2022 à l'adresse suivante : revuecolette2022@gmail.com

Date limite d’envoi des propositions : 15 juin 2022

Date de confirmation d’acceptation : 7 juillet 2022

Date impérative de remise des articles : 15 décembre 2022 pour publication en 2023 (150e anniversaire)

Comité scientifique:

Guy Ducrey, Professeur de littérature comparée, Université de Strasbourg

Jacques Dupont, ancien Professeur à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Flavie Fouchard, Maîtresse de conférences en littérature française  à l’Université de Séville

Corentin Zurlo-Truche, Doctorant en littérature française, Université de Lille

 
[1] Au sujet de X dans Le Pur et l’impur (Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, vol. 3, p. 568).
[2] David Martens et Myriam Watthee-Delmotte, L’écrivain, un objet culturel, Éditions Universitaires de Dijon, 2012, p. 9-10.
[3] Voir à ce propos le récent ouvrage dirigé par Martine Reid, Femmes et littérature. Une histoire culturelle, tome I & II, Paris, Gallimard, coll. “Folio essais”, 2020.
[4] “Colette, éditrice attentive et active d’Emmanuel Bove”, https://www.imec-archives.com/matieres-premieres/blogs/blog/colette-editrice-attentive-et-active-d-emmanuel-bove