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X. Bonnier, S. Laigneau-Fontaine (dir.), L’Imperfection littéraire et artistique en Europe. Antiquité-XXIe siècle

X. Bonnier, S. Laigneau-Fontaine (dir.), L’Imperfection littéraire et artistique en Europe. Antiquité-XXIe siècle

Publié le par Marc Escola (Source : Classiques Garnier)

L’Imperfection littéraire et artistique en Europe. Antiquité-XXIe siècle

sous la direction de Xavier Bonnier et Sylvie Laigneau-Fontaine

Cet ouvrage interroge la notion d’imperfection à travers les siècles (de l’Antiquité à l’époque contemporaine) et dans les domaines les plus variés de la production littéraire et artistique. Les communications montrent l’intérêt heuristique de ce concept dans l’analyse de toute œuvre d’art.

Table des matières…

Xavier Bonnier et Sylvie Laigneau-Fontaine, Avant-Propos…

Aussi ancienne que multiforme, la valorisation paradoxale de l’imperfection n’a cessé, dans les lettres et les beaux-arts, de contrebalancer la recherche effrénée du beau ou du bien absolu. Les quarante-quatre études réunies dans ce volume à la suite d’un colloque en deux parties proposent autant de réflexions sur les enjeux, les argumentaires et les variations historiques de ce débat sur l’imperfection, de l’Antiquité grecque à l’extrême contemporain.

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Résumés :

Mélanie Lucciano, « Socrate philosophe imparfait ? L’exemple du Banquet de Xénophon »

Dans le Banquet de Xénophon, le corps de Socrate est prétexte à une analyse esthétique et éthique qui redéfinit les notions d’imperfection et de beauté. Les corps dansants et le concours de beauté entre le philosophe et Critobule mettent en avant le critère de l’utile, de l’adaptabilité. Cependant, l’échec de Socrate souligne combien le visage du philosophe redouble son enseignement en distinguant entre les mauvais disciples et ceux qui ne se laissent ni séduire, ni corrompre.

Diego Scalco, « Sublime imperfection. La plastique du discours et l’éloquence de la sculpture »

Les difficultés liées à une réflexion sur le sublime viennent de ce qu’il est identifié avec l’inattendu, comme dans le traité du pseudo-Longin sur la question de la technique correspondante, qui expose la composition au risque d’imperfection, car elle implique de déroger aux règles pratiques comme aux critères de jugement établis. Le kairos du sublime consiste toujours en une situation critique où les fondements du discours et de l’art en tant que techniques se trouvent soudain remis en cause.

Laure Chappuis Sandoz, « Pingue ingenium, crassa Minerua. Le gras de l’esprit ou l’imperfection au service de la liberté »

La stigmatisation de la bêtise au travers de métaphores du gras ou de l’épais touche plusieurs figures ambivalentes de la littérature latine : le fermier Ofellus d’Horace ; le dieu Priape ; le roi Midas. Or leur épaisseur d’esprit, leur grossièreté ou leur manque de discernement peuvent être interprétés comme des qualités artistiques. L’imperfection peut se manifester comme une arme pour revendiquer sa liberté esthétique tout en questionnant la hiérarchie des genres.

Thomas Guard, « L’homo ciceronianus est-il perfectible ? Ou l’imperfection dans le Brutus de Cicéron »

Cicéron observe la pauvreté de l’éloquence des origines dans le Brutus, et conclut à l’inachèvement d’une nature humaine à laquelle seule une évolution bénéfique offre la perspective de se rapprocher d’une perfection oratoire présentée comme un objectif idéal, donc inaccessible. Conscient de sa propre imperfection, il se présente comme une étape dans l’histoire sans cesse renouvelée et enrichie de la discipline, que Brutus dépassera à son tour, comme représentant de la jeune génération.

Isabelle Dumont-Dayot, « Dion de Pruse, orateur de l’imperfection »

Dion Chrysostome est un personnage protéiforme, conférencier mondain, rhéteur. Ses textes sont tantôt des discours, tantôt des conférences, tantôt de petits traités de morale. Étudier l’imperfection dans l’œuvre de Dion de Pruse permet une riche relecture de ses discours : l’imperfection est à la fois un thème de discussion politique, philosophique et morale pour l’orateur, mais aussi une stratégie d’écriture, la recherche d’un style et d’une posture.

Mélissa Leuzy, « L’Alexandre de l’Anabase. De la perfection épique à l’imperfection stoïcienne »

On explore ici la relation de la perfection et de l’imperfection d’Alexandre dans l’Anabase d’Arrien. L’auteur adopte la posture du poète épique, qui tient le personnage pour un héros accompli, et celle du philosophe, qui relève ses travers moraux. Mais pour l’historien stoïcien, c’est la recherche de perfection épique qui pousse le personnage à l’imperfection morale. Le conquérant 751reconnaît toutefois ses fautes et progresse ainsi vers la sagesse, de sorte qu’il devient parfait dans un nouveau sens.

Johannes Breuer, « L’imperfection comme objet d’argumentation chez Arnobe de Sicca »

On examine ici le rôle de l’imperfection comme objet d’argumentation chez Arnobe. Il répond à l’accusation païenne selon laquelle les écrits bibliques seraient stylistiquement imparfaits ; il critique les imperfections des philosophes païens ; il rejette certaines pratiques cultuelles dans le passage sur le bœuf sacrifié. Arnobe utilise le thème de l’imperfection de manière variée, mais toujours avec virtuosité pour ses objectifs apologétiques.

Pierre Descotes, « Les jugements littéraires dans les Révisions d’Augustin d’Hippone »

Les Révisions d’Augustin offrent un bon exemple d’une tentative, par un auteur, de corriger a posteriori les imperfections de ses œuvres. Elles permettent de poser une question décisive sur le plan de la théorie littéraire – celle de la capacité de l’auteur à déceler des imperfections dans sa propre œuvre, et de sa légitimité à les corriger afin d’orienter ses lecteurs. Finalement, il n’est pas si certain qu’un auteur constitue forcément une autorité incontestable sur son propre travail.

Benjamin Goldlust et Nicolas Cavuoto-Denis, « Les visages de l’imperfection dans la poétique de la latinité tardive. Approche théorique et cas pratique (Symmaque, Correspondance, 1, 1-3 et 31-32) »

Alors que les œuvres latines tardives cherchent le plus souvent à atteindre une forme particulièrement aboutie qui soit perçue comme parfaite, à la faveur de nombreux artifices de composition, il arrive pourtant que certaines pièces revendiquent explicitement leur imperfection – ne fût-ce que par fausse modestie topique ou par coquetterie esthétique. C’est ce que cette communication prend en compte dans cette étude théorique, suivie d’un cas pratique, extrait de la Correspondance de Symmaque.

Jean-Marie Fritz, « L’Énéide ou le chef-d’œuvre imparfait. Le treizième livre »

L’épilogue de l’Énéide est très abrupt et les biographies anciennes de Virgile affirment que la mort l’aurait empêché de lui donner une forme définitive. Les médiévaux inventeront plusieurs solutions pour pallier cette fin surprenante, soit en développant les amours de Lavinie et d’Énée jusqu’à leur mariage solennel (solution vernaculaire de l’Éneas), soit en élaborant en latin un XIIIe livre qui insiste sur l’apothéose du héros appelé à figurer parmi les astres (l’humaniste italien Maffeo Vegio).

Jean Maurice, « Le Tristan de Béroul. Imperfection/Perfection aléatoires »

Le Tristan de Béroul commence et s’achève au beau milieu d’une scène : son imperfection est aléatoire. Mais, de nos jours, il se présente comme un texte, d’ailleurs souvent enclos dans un objet livre fermé sur lui-même. Si on accepte d’interroger la signification accidentelle de ce récit mutilé, on observe que les scènes qui le composent se répondent en miroir. Ainsi peut apparaître, malgré l’arbitraire de la transmission manuscrite, une possible et paradoxale perfection.

Agata Sobczyk, « Imperfection langagière et perfection spirituelle. Enjeu pour la littérature médiévale »

Dans la littérature médiévale, le langage imparfait est bienvenu dans la bouche des personnages qui incarnent la sainte simplicité. Pourtant, selon la tradition cratylienne, l’association du langage maladroit au personnage positif paraît trop paradoxale. Mais certains auteurs, rares, ont pris ce risque. Les Miracles de Nostre Dame de Gautier de Coinci et La Vie des Pères montrent que l’imperfection du langage est un motif riche en potentiel spirituel et poétique.

John Nassichuk, « L’imperfection de l’homme chez trois poètes latins de l’époque de Charles VIII »

Les poètes d’expression latine du règne de Charles VIII ont suscité jusqu’à présent peu de commentaires. L’imperfection relative de l’être humain, comparée à la perfection divine, constitue un thème fréquemment revisité par les hommes de lettres dans les deux siècles qui séparent la parution du traité d’Innocent III de l’aube du règne de Louis XII. On s’intéresse ici à Robert Gaguin, Simon Nanquier et Pierre de Bur, à l’aube du seizième siècle en France.

Déborah Boijoux, « O Barba ! (“Eh, vieille barbe !”). Les remèdes à la vieillesse d’Urceo Codro »

La relecture des œuvres, poétiques et en prose, d’Antonio Urceo Codro laisse affleurer la figure d’un humaniste habité par l’imperfection : celle des textes (manuscrits et imprimés), qui met à l’épreuve l’esprit critique du philologue, celle du poète rivalisant, dans sa Silve 2, 5 (De sua aegrotatione), avec la Silua in scabiem de Politien, et celle des hommes, qui nourrit le doute du poète-professeur, tout en répétant l’urgence du labor et du studium.

Virginie Leroux, « Le poète épique peut-il sommeiller ? L’imperfection dans les poétiques néo-latines »

L’article analyse la façon dont les poéticiens de la Renaissance évaluent l’imperfection poétique en fonction des préceptes de l’art, de schèmes historiographiques, de représentations du poète, de modèles théologiques et de jugements de goût. Il précise ainsi la valeur heuristique de l’imperfection vénuste pour rendre compte du rôle de l’émotion et de la nature de la séduction esthétique.

Nathalie Catellani, « Alas / perdidit et, claudo stans pede, abire nequit. De l’esthétique épigrammatique dans l’Erotopægnion de Girolamo Angeriano »

L’Erotopægnion du poète Girolamo Angeriano connaît au xvie siècle un succès retentissant. Néanmoins, le théoricien J.-C. Scaliger consacre deux pages de ses Poetices septem libri au style épigrammatique de l’Italien pour en souligner les imperfections, s’attachant à démontrer qu’il ne respecte pas le canon de l’épigramme à pointe. L’article analyse la spécificité de l’épigramme à pointe chez Angeriano, qui relève non d’une esthétique de tension et de clarté, mais d’une esthétique de l’herméneutique.

Sandra Provini, « La Muse imparfaite de Michel d’Amboise »

La poésie de Michel d’Amboise (c. 1505-1547) a longtemps suscité des jugements négatifs, dans la continuité des critiques que Du Bellay avait adressées à la « génération Marot », mais le poète lui-même en formule le constat dans le paratexte de ses recueils. Si certaines des imperfections dont souffre sa Muse relèvent de défauts techniques par rapport à une norme poétique en 754cours d’élaboration, d’autres sont au contraire le signe du choix résolu des genres « médiocres » qui s’opère dans les années 1530.

Claire Sicard, « Savoir compter, savoir classer. De quelques problèmes de structure dans des poèmes et des livres de poésie au cœur du xvie siècle »

Un phénomène est fréquemment observable dans les livres de poésie des années 1530-1540 : le décalage manifeste entre un principe générique (annoncé ou déductible de la façon dont un manuscrit modèle est utilisé) et le contenu effectif observable dans la section. Cela peut apparaître au lecteur contemporain comme des imperfections mais ce phénomène nous amène à interroger la façon dont les copistes, imprimeurs et éventuellement auteurs envisagent les genres poétiques comme la composition du recueil.

David Amherdt, « Les Carmina de Michel de L’Hospital. De l’imperfection littéraire à la perfection morale ? »

Le message de perfection morale des Carmina est porté par l’éthos du poète imparfait qui marche lui-même sur la voie qu’il indique aux autres, et par une rhétorique parfaite en ce qu’elle est en harmonie avec la situation personnelle de l’écrivain et avec les circonstances. La perfection rhétorique consiste ainsi non dans l’adéquation avec les critères esthétiques du « grand style », mais dans la capacité de transmettre efficacement le message. C’est ce que fait l’humble sermo de L’Hospital.

Inès Ben Zayed, « La digression ou la forme (im)parfaite dans le récit bref du xvie siècle »

Dans quelques recueils de nouvelles du xvie siècle, la digression occupe une place déterminée. En examinant la spécificité des passages digressifs dans le genre narratif bref de la Renaissance, on tente d’expliquer les desseins de ces conteurs qui ont privilégié cette figure ambivalente, oscillant entre pertinence et écart, entre perfection et imperfection, à la recherche de nouvelles voies, assurant l’adhésion du lecteur et suscitant en lui diverses émotions.

Adriana Bontea, « Imperfection du savoir et savoir de l’imperfection »

Le terme d’« imperfection » acquiert chez Montaigne deux significations dont la fortune épistémologique a été retentissante. D’un côté, il permet de penser la relation entre corps et âme et ses conséquences sur les savoirs et traditions philosophiques. Elle fut au cœur des travaux de Merleau-Ponty. De l’autre, il suggère la présence d’un sensible qui permet de dissocier entre des rationalités sans commune mesure. Et c’est la leçon qu’en tirera Lévi-Strauss.

Bernard Sève, « Imperfection de l’homme et perfection de la poésie. Sur un paradoxe de la poétique de Montaigne »

Comment l’homme imparfait peut-il composer parfaite poésie ? Montaigne prend « parfait » relativement, non absolument. La « divine poésie » comme la poésie « naturelle et naïve » sont au-dessus des règles. L’excellence poétique est sentie, non démontrée. Les Essais, inachevables, sont imparfaits. Mais y a-t-il imperfection là où l’idée d’un achèvement n’a pas de sens ? C’est la distinction entre perfection et imperfection que l’essai comme genre et les Essais comme livre viennent contester.

Gérard Milhe Poutingon, « Variété et imperfection au xvie siècle »

Les lettrés de la Renaissance établissent des analogies entre leur langage et la condition humaine. L’une des clés de ces analogies se trouve dans les énoncés seconds, en particulier la digression, clé de l’esthétique de la variété. Or l’imperfection, notion qui peut être entendue quantitativement et qualitativement, est fréquemment utilisée à cette époque pour décrire à la fois la varietas et la corruption humaine. L’imperfection apparaît ainsi comme une catégorie discursive, mais aussi morale.

Stephanie Bung, « Imperfections au xviie siècle. Le cas des “Chroniques du Samedy” »

Si le classicisme glorifie la perfection dans la doctrine classique, le modèle galant, lui, peut être considéré comme une pratique de l’imperfection. On étudie ici un cas, le « Samedy » de Madeleine de Scudéry. L’écriture pratiquée par elle et ses amis renvoie à l’idéal de naturel et de négligence prôné dans les salons de l’époque. Mais le manuscrit dit les « Chroniques du Samedy » 756fait émerger diverses imperfections qui renseignent sur l’importance relative de la perfection au xviie siècle

Sabine Gruffat, « Ambivalence de l’imperfection chez les moralistes classiques. Des manquements du monde aux vertus du “laisser à penser” ».

Cherchant à préserver une perfection esthétique en dépit des imperfections morales qu’ils ont pour mission de recenser, les moralistes classiques s’efforcent d’inventer de nouvelles stratégies littéraires leur permettant de dire au mieux les défauts de leurs contemporains. L’imperfection de l’écriture tient alors du non finito et constitue même une incitation à se défier d’une morale de l’être en lui opposant un « penser plus », une pensée toujours dynamique.

Riccardo Campi, « Pour une histoire de l’imperfection. Montesquieu et la “manière gothique” »

Aux yeux de Montesquieu, la perfection et l’imperfection artistiques désignent moins des degrés d’adéquation à un modèle idéal que les effets d’un procès historique et culturel dont on peut suivre l’évolution (ou l’involution). C’est pour cela qu’un texte mineur comme De la manière gothique peut jeter une lumière différente sur l’idée d’imperfection et être interprété comme l’ébauche de cette esthétique nouvelle dont Montesquieu n’a pas eu le loisir de tirer toutes les conséquences. 

Robert Fajen, « Pour une poétique de l’éphémère. Le comte de Caylus, la Société du Bout-du-Banc et la division du champ littéraire au milieu du xviiie siècle »

Dans les années 1740, le champ littéraire français voit s’affronter deux partis. Des auteurs comme Voltaire prônent l’idée d’une littérature « classique », parfaite et intemporelle ; d’autres écrivains, qualifiés jusqu’aujourd’hui de second ordre, s’opposent à cette conception. Les membres de la Société du Bout-du-Banc, un cercle intellectuel qui gravite autour du personnage protéiforme du comte de Caylus, développent une poétique provocante faisant étalage d’un art provisoire, passager et défectueux.

François Rosset, « “Ni goût, ni justesse”. Romans médiévaux au siècle des Lumières »

Lorsque, au siècle de la raison, se manifestent les premières vagues d’intérêt pour la littérature de chevalerie, une question fondamentale se pose : comment faire pour donner à lire au public des romans qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui sont décidément trop bizarres, trop imparfaits pour plaire aux contemporains de l’Encyclopédie ? Au cœur de cette question, il y a surtout celle des particularités reconnues à la fiction et l’on voit alors comment se noue le lien qui rattache imperfection et fiction. 

Bruno Trentini, « L’expérience de l’imperfection, sublime et dépassement »

Sans norme prédéfinissant ce qu’est une œuvre d’art parfaite, parler d’œuvre imparfaite ne fait pas sens. En revanche, parler d’occurrences imparfaites d’une œuvre fait sens (comme une fausse note dans une interprétation musicale). Or, repérer une imperfection c’est aussi repérer qu’elle n’aurait pas dû être, et donc se représenter mentalement un cas parfait. L’expérience esthétique de l’imperfection implique donc une démarche d’abstraction qui se traduit par un dépassement proche du sublime.

Marie-Christine Desmaret-Bastien, « Le concept de l’œuvre bizarre dans Les Grotesques de Théophile Gautier. La rhétorique du texte et de l’image sous le signe de l’excès »

Le musée de Gautier se dessine dans Les Grotesques à travers un parcours esthétique permettant de cerner la sensibilité grotesque et d’appréhender l’imaginaire de l’excès, de la marginalité, de l’anormalité, de l’excentricité, revendiqué par le critique d’art, et s’exprimant à travers le baroque et le romantisme, invitant à une contemplation littéraire et picturale, des motifs symboliques, des figures mythiques et des visages de l’œuvre, sous le signe d’une rhétorique du texte et de l’image.

Sylvain Ledda, « Notes sur l’imperfection littéraire à l’époque romantique »

S’interroger sur l’imperfection littéraire à l’âge romantique, c’est se demander si la relativité du goût et la force des normes peuvent encore servir de repères pour les créateurs de la génération de Hugo. Il s’agit donc de réfléchir à la 758pertinence des notions de « perfection » et d’« imperfection », et d’étudier en quoi ces concepts antagoniques entrent dans le débat qui se noue autour du génie, des genres et de la valeur des modèles.

Jacques Poirier, « “Mal vu mal dit”. L’art d’écrire sans style »

Tandis que, dans la mythologie nationale et scolaire, la littérature du siècle de Louis XIV a longtemps été considérée comme un sommet absolu, et qu’à l’inverse les auteurs du xixe siècle ont souvent vécu la création comme un échec obligé au regard de leurs rêves, de nombreux écrivains modernes ont perçu l’idéal de perfection comme un pur artifice, se réconciliant ainsi avec ce moment de vérité qu’est l’imperfection, et donc avec la finitude.

Yvan Leclerc, « “Les fautes appartiennent aux maîtres”. Flaubert et l’éloge de l’imperfection »

Parangon de la perfection formelle, Flaubert se juge pourtant sans complaisance : il souligne régulièrement l’écart entre la conception et la réalisation, poussant la surenchère jusqu’à se montrer plus critique que la critique, parce que seul un créateur lui semble apte à percevoir les défauts. Les imperfections qu’il reconnaît ne tiennent pas à un accident d’exécution qui pourrait se corriger ; elles sont consubstantielles à la poétique qui s’invente à chaque livre.

Geneviève De Viveiros, « Entre le cristal et la fange. L’imperfection de la langue naturaliste »

L’un des lieux communs de la critique des œuvres de Zola concerne son style « fangeux » et en particulier, ce que ses détracteurs viennent à baptiser « la langue naturaliste ». Notre article cherche à analyser les discours sur l’imperfection de la langue des Rougon-Macquart comme discours disqualifiant non seulement la littérature naturaliste mais aussi les réformes sur l’orthographe qui voient alors le jour.

Ian Grivel, « L’imperfection du double ou les représentations littéraires de la Psyché peinte et sculptée »

Le double, par son aspect gémellaire, invite à la comparaison. Il en va notamment ainsi d’une œuvre d’art qui, placée à proximité de son double, peut finalement se voir encensée ou critiquée. La mimésis met alors souvent en lumière l’impossibilité d’atteindre une quelconque perfection. Cela est d’autant plus vrai pour Psyché, déesse symbole de l’âme, dont les copies artistiques dans de nombreuses œuvres littéraires du xixe siècle, surtout anglophones, ne font que souligner son imperfection.

Robert Kahn, « Le Terrier, la construction de l’imperfection »

Classé par Kafka parmi les textes que Max Brod devait brûler après sa mort à cause de leur imperfection, Le Terrier, géniale (quasi) dernière œuvre, est également imparfait de par son inachèvement, qui appelle plusieurs interprétations : biographique certes, mais surtout allégorique, l’inachèvement du récit et l’opacité sémantique du bruit qui angoisse le narrateur devenant paradoxalement une forme suprême d’accomplissement et de réussite pour signifier l’incomplétude et la déréliction humaines.

Guillaume Bridet, « André Gide et Wladimir Jan Pavel Malacki entre obsolescence classique et imperfection prolétarienne »

La conjoncture singulière de la seconde moitié des années 1930 voit entrer en dialogue Gide et Malacki, deux écrivains que tout éloigne l’un de l’autre mais que rapproche un moment de crise politique et sociale. Convient-il de privilégier la perfection classique ou la modernité prolétarienne, le souci de la forme ou l’expression de la vie ? Le dialogue entre les deux écrivains projette un éclairage singulier à la fois sur ce contexte littéraire et sur certains mécanismes de la création littéraire.

Fadi Khodr, « Perfection et imperfection dans la poésie de Salah Stétié »

Dans les recueils de Salah Stétié, la figure de la fillette et celle de la femme coexistent avec des occurrences de celle de la poupée. Salah Stétié semble faire de la fillette un objet-poupée, symbole de la langue du concept. La destruction 760de cette langue trop parfaite s’impose alors pour la réhabilitation de ses mots réifiés et leur transmutation en parole exprimant l’outre-sens.

Caroline Andriot-Saillant, « La traduction chez Dominique Fourcade, comme imparfait corps-à-corps »

L’imperfection du traducteur est une expérience originelle. Dominique Fourcade l’éprouve lorsqu’il traduit James Schuyler, pour l’anthologie Vingt Poètes américains (Gallimard, 1980). La tâche du traducteur est de reformer, dans sa propre langue, la plénitude qu’il perçoit dans The Crystal Lithium, à partir d’un écart nécessaire, qui ferait advenir un nouveau corps de langue, lieu de la rencontre. Cette étude porte sur les procédures linguistiques de ce réagencement et leurs enjeux poétiques.

Sébastien Bost, « Barbara, “cœur tout blanc et griffes aux genoux” »

Barbara déplorait son manque d’inspiration, sa difficulté à écrire et sa méconnaissance de la musique. Si la qualité de ses chansons est aujourd’hui saluée, c’est parce qu’elle a su faire de l’imperfection une méthode de création. Ses faiblesses supposées l’obligent en effet à inventer ses propres processus pour élaborer un répertoire libre, singulier. Ses défaillances, érigée en paradigmes esthétiques, stimulent son acte créateur et lui confèrent toute sa richesse.

Henri Garric, « Boulet. L’imperfection dans une œuvre de bande dessinée contemporaine »

Boulet est connu dans son milieu comme un virtuose du dessin. Pourtant, il se plait à exposer des « dossiers de la honte », qui mettent en avant ses imperfections. Ce faisant, il renoue avec une longue tradition qui voit dans la bande dessinée un « art mineur », en position de modestie revendiquée. Cette tradition, notamment ancrée dans les écrits théoriques de Rodolphe Töpffer, associe conscience de l’imperfection et des forces que porte cette imperfection, réponse à la perfection de l’œil divin.

Marc Arino, « Dialectique de l’imperfection négative et positive dans le cycle La Diaspora des Desrosiers (2007-2015) de Michel Tremblay »

Cet article met en évidence l’articulation qui existe entre les deux cycles romanesques principaux de Michel Tremblay, Les Chroniques du Plateau-Mont-Royal (1978-1997) et La Diaspora des Desrosiers (2007-2015), puis la manière dont divers thèmes, figures et motifs font retour dans La Diaspora, ce qui entraîne longueurs, passages ratés car inutiles ou redondants, voire auto-citations ou emprunts aux Chroniques à peine réécrits, mais aussi des variations positives.

Sylvie Vignes, « Michel Lambert, L’Adaptation. Obsession de l’unique et précieuses imperfections en abyme »

Comme semblait l’annoncer déjà son premier titre – De très légères fêlures – l’œuvre de Michel Lambert est riche en personnages affectés d’un boitillement ou d’un vacillement. Dans L’Adaptation, roman publié en 2018, à travers le personnage d’un narrateur réalisateur en quête d’un ciel parfait, une tension se dessine entre obsession de l’unique et irrésistible tendresse pour ces imperfections qui reflétent la vie et l’humanité dans ce qu’elles ont de plus puissamment authentique.

Sara Bédard-Goulet, « Les lectrices imparfaites de Jean Echenoz »

L’expérience de la lecture démontre l’inadéquation de la figure d’un lecteur modèle et conteste la pertinence d’un critère de perfection technique pour définir l’œuvre littéraire. En prenant Les Grandes blondes (1995) et Envoyée spéciale (2017) de l’auteur contemporain français Jean Echenoz comme objets d’étude, cet article vise à analyser les figures de lectrices décrites dans ces romans, pour comprendre ce qu’elles révèlent des imperfections de la rencontre avec les textes.