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Corneille politique. Usages politiques et idéologiques de Corneille, du XVIIe siècle à nos jours (Rouen)

Corneille politique. Usages politiques et idéologiques de Corneille, du XVIIe siècle à nos jours (Rouen)

Publié le par Marc Escola

Corneille politique

Usages politiques et idéologiques de Corneille, du XVIIe siècle à nos jours

Organisation : Yohann Deguin, Marc Escola, Florence Fix, Bénédicte Louvat

Rouen, les 4 & 5 février 2027

avec le soutien du Mouvement Corneille

Depuis près d’un siècle, les spécialistes du théâtre du xviie siècle n'ont cessé d’interroger les liens que la dramaturgie de Corneille entretient avec l’exercice du pouvoir et la pensée politique de son temps, certains plaidant pour une intentionnalité politique de l’œuvre, quand d’autres mettent l’accent sur la lecture politique qu’on a pu en faire, indépendamment des intentions du dramaturge, ou sur les modalités de l’inscription des questions politiques dans le tissu dramatique[1] ; d'autres travaux sont venus évaluer la réception de ses œuvres, dans les domaines scénique[2], scolaire[3] et éditorial ou dans les pratiques littéraires elles-mêmes[4]. Si la réception et les appropriations politiques des œuvres de Corneille ont pu être étudiées dans ces divers cadres, au gré d’études de cas, ou au sein d'éditions critiques de ses œuvres, aucune étude d’ensemble n’a encore été menée sur les usages proprement idéologiques et politiques, pourtant nombreux, auxquels les œuvres et la figure de Corneille ont donné lieu[5].

Le colloque que nous souhaitons consacrer à cette question permettra d’accueillir des spécialistes de toutes les périodes de l’histoire littéraire où Corneille a été mis à divers usages, mais également d’aires culturelles et linguistiques au sein desquelles les œuvres de Pierre Corneille ont pu faire l’objet d’une réception ou appropriation singulière, qu’elle soit ponctuelle, de circonstance ou d’actualité (hommage, centenaire), ou plus durable et régulièrement convoquée dans l'horizon d'une pensée politique déterminée.

Nous aimerions d’abord voir dans quelle mesure les usages de Corneille sont non seulement variés mais aussi et surtout situés. Qui s’intéresse et intéresse à Corneille, quand et pourquoi ? Si le colloque fera place aux usages politiques de Corneille en son temps, on pourra également s’attacher aux usages plus tardifs de Corneille par des personnalités politiques, par les milieux militants (de gauche comme de droite), par certains mouvements idéologiques, par la presse, par l’institution scolaire, en France comme à l’étranger, à des périodes particulières de l’histoire.

On pourra aussi bien s’intéresser aux discours produits sur Corneille et ses œuvres : sur la teneur politique et idéologique de ces discours, dans l’espace du livre — essais, préfaces, critiques, éditions, annotations – mais aussi bien dans l’espace public — par la reprise de citations, illustrations, personnages, dans des tags, banderoles, slogans, street art. Qu’est-ce qui fait “corpus politique”, dans les pièces de Corneille, au risque de figer ou réduire la complexité et l’ampleur de l'œuvre ? Les lectures des “attendus” que sont les Horaces ou le Cid influencent-elles la mise en scène ou l’édition d’autres pièces ?

On retiendra enfin les usages qui relèvent plus directement d'une appropriation littéraire et théâtrale : dans quelle mesure telle mise en scène de telle pièce de Corneille procède-t-elle d’un usage politique ? Quels choix éditoriaux une lecture politique des pièces de Corneille motive-t-elle ? Comment les institutions publiques envisagent-elles, à diverses époques, la lecture des textes de Corneille comme support d’un commun politique ?

Ces journées voudraient finalement être l'occasion de nous demander ensemble à quoi Corneille peut nous être bon, s'il s'agit de faire face aux formes actuelles du populisme et de l’instrumentalisation du passé.

Les propositions sont à adresser à : corneillepolitique@gmail.com avant le 15 septembre 2026, sous la forme d'un document d'une page maximum, associée à une notice biobibliographique d'une dizaine de lignes.

Une réponse sera donnée par le comité avant le 15 octobre 2026.

[1] Voir par notamment Serge Doubrovsky, Corneille ou la dialectique du héros, Paris, Gallimard, 1964 ; Michel Prigent, Le héros et l’État dans la tragédie de Pierre Corneille, Paris, PUF, 1986 ; Georges Forestier, Corneille. Le sens d'une dramaturgie, Paris, Sedes, 1998 ; Hélène Merlin-Kajman, L'Absolutisme dans les Lettres et théorie des deux corps. Passions et politique, Paris, Champion 2000 ; Christian Biet, « Corneille, ou la résistance », dans Myriam Dufour-Maître (dir.), Pratiques de Corneille, Mont-Saint-Aignan, PURH, 2012, p. 94-112 ; Lise Michel, Des Princes en figures. Politique et invention tragique en France (1630-1650), Paris, Presses de l'Université de Paris Sorbonne, 2013 ; Marine Roussillon, « Une lecture politique des comédies de Corneille est-elle possible ? », dans Yohann Deguin et Bénédicte Louvat (dir.), Corneille présent. La Place Royale, Le Menteur, La Suite du Menteur de Pierre Corneille, n3, 2024, en ligne : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/1886.html.

[2] Myriam Dufour-Maître et Florence Naugrette (dir.), Corneille des Romantiques, Mont-Saint-Aignan, PURH, 2018 ; Yohann Deguin et Florence Fix (dir.), Corneille de circonstance : l’auteur, personnage de théâtre, Reims, Éditions et presses de l’université de Reims, 2023.

[3] Ralph Albanese, Corneille à l’école républicaine : du mythe héroïque à l’imaginaire politique en France (1800-1950), Paris, L’Harmattan, 2008.

[4] Myriam Dufour-Maître, Appropriations de Corneille, Rouen, Publications numériques du CÉRÉdI, 2020, en ligne : https://publis-shs.univ-rouen.fr/ceredi/797.html.

[5] Une journée d’études organisée à la Sorbonne-Nouvelle par Hélène Merlin en novembre 2002 avait réuni, sur la question des appropriations idéologiques de Corneille, Georges Benrekassa, Christian Biet, Marc Escola, Bénédicte Louvat et Dominique Moncond’huy (https://www.fabula.org/actualites/4976/la-critique-ideologique-face-a-corneille.html). Les textes n’en ont pas été publiés, à l'exception. de la communication de Marc Escola et Bénédicte Louvat accueillie sous une forme remaniée à l'entrée « Dramaturgie et idéologie » de l'Atelier de théorie littéraire de Fabula, sous le titre : « Achever Bérénice. Racine, Corneille et Brasillach », (https://www.fabula.org/ressources/atelier/?Dramaturgie_et_id%26eacute%3Bologie). Christian Biet a pour sa part retenu quelque chose de sa communication dans l'article donné à L’Annuaire théâtral, n° 39, 2006 : « L’éblouissant soleil ou le mythe du national-classicisme français. […] Corneille et le national-classicisme ».