La langue migrante dans la poésie francophone aux Antilles / Caraïbes / Guyane / Québec et francophonies canadiennes (Toulouse)
L’étude de la langue française dans les espaces des Antilles, de la Caraïbe, de la Guyane et du Québec a largement été structurée par des paradigmes désormais bien identifiés (créolisation, hybridité, postcolonial, plurilinguisme). Sans en nier la pertinence, cet appel propose de s’en écarter afin d’explorer une zone critique moins investie, que nous proposons de désigner comme une micro-poétique migratoire.
Par cette expression, il ne s’agit pas de substituer un modèle dominant à un autre, mais de circonscrire un angle d’analyse : celui des transformations de très faible amplitude qui affectent le français dans les pratiques poétiques, sans se laisser immédiatement subsumer sous des catégories existantes. La « langue migrante » sera ainsi envisagée comme une suite d’altérations à bas bruit, internes à la langue elle-même, souvent dépourvues de marque spectaculaire.
Dans cette perspective, l’analyse portera sur des phénomènes rarement constitués en objet central : glissements syntaxiques mineurs, hésitations énonciatives, reprises altérées, micro-variations rythmiques, déplacements lexicaux non stabilisés. Ces traits, souvent relégués au rang de singularités stylistiques, seront ici considérés comme des indices d’une migration linguistique diffuse.
La poésie constitue un lieu d’observation privilégié de ces phénomènes, en ce qu’elle expose la langue à des régimes de précision et de contrainte qui rendent perceptibles ses plus faibles variations. Plutôt que de lire ces textes à partir de catégories fortes (identité, altérité, contact), il s’agira de les aborder comme des espaces d’infime désaccord, où la langue ne coïncide jamais tout à fait avec elle-même. Ce déplacement implique également un recours à des références théoriques peu habituellement mobilisées dans ce champ. On pourrait ainsi convoquer :
- la stylistique des « écarts » chez Leo Spitzer, envisagée non comme déviation expressive mais comme indice structurel minimal ;
- les analyses de Jean-Claude Milner sur la matérialité du signifiant et ses points de butée ;
- la linguistique du détail chez Gustave Guillaume, attentive aux opérations microscopiques de la langue ;
- certaines propositions de Henri Meschonnic, non pas sur le rythme comme catégorie globale, mais sur ses manifestations ténues ;
- ou encore les réflexions de Nelson Goodman sur la variation et la « différence minimale » comme opérateur de sens.
Ces apports permettront de penser une langue migrante sans recourir aux cadres dominants, en privilégiant une approche fondée sur la description rigoureuse de phénomènes marginaux. L’enjeu sera de répondre à des questions telles que : comment décrire une migration linguistique sans événement visible ? Quels outils pour analyser des transformations sans rupture ? Comment faire de la variation minimale un objet critique à part entière ?
Cet appel entend ainsi proposer une inflexion méthodologique : substituer aux grandes catégories explicatives une attention aux formes faibles, aux écarts discrets et aux instabilités mineures qui travaillent la langue poétique. Une attention particulière pourra être portée à des œuvres où ces phénomènes se donnent à lire de manière privilégiée, notamment chez Édouard Glissant, Gaston Miron ou encore Aimé Césaire, à condition de déplacer leur lecture vers ces zones de faible intensité linguistique, souvent laissées en marge des analyses.
Axes proposés
Micro-poétique migratoire : définition, enjeux, limites
Altérations mineures : écarts syntaxiques, lexicaux ou rythmiques non systématisés
Variation minimale et signification : approches théoriques et études de cas
Reprises et transformations : répétition altérée, quasi-identité
Instabilités énonciatives : hésitation, flottement, indécision
Stylistique du détail : méthodes et outils d’analyse
Textes sans seuil visible : migration sans rupture
Relecture critique des corpus antillais, caribéens, guyanais et québécois à partir de ces micro-phénomènes
Modalités de soumission
Les propositions de communication (environ 300 mots), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer à l’adresse suivante : marie-christine.seguin@ict-toulouse.fr
Langues: français (principalement), anglais / espagnol (acceptés)
Calendrier = Date limite d’envoi des propositions/résumés : 01 octobre 2026